Une chose est sûre, les banques centrales occidentales sont d'accord sur un point : la croissance économique est particulièrement fragile. Les quatre principales banques centrales, la japonaise, l'anglaise, l'européenne et l'américaine, ont toutes revu leurs prévisions à la baisse. Il n'y a que l'américaine (Fed) qui croit encore à une accélération de l'inflation, bien qu'elle ait dû admettre que celle-ci restait en dessous de ses attentes. Les investisseurs ont dans un premier temps été réconfortés par ces annonces. Ils se persuadent que la politique monétaire ne changera pas de sitôt. Après réflexion, ils se rendent compte que l'affaire est plus ardue. Que faire maintenant ?
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Une chose est sûre, les banques centrales occidentales sont d'accord sur un point : la croissance économique est particulièrement fragile. Les quatre principales banques centrales, la japonaise, l'anglaise, l'européenne et l'américaine, ont toutes revu leurs prévisions à la baisse. Il n'y a que l'américaine (Fed) qui croit encore à une accélération de l'inflation, bien qu'elle ait dû admettre que celle-ci restait en dessous de ses attentes. Les investisseurs ont dans un premier temps été réconfortés par ces annonces. Ils se persuadent que la politique monétaire ne changera pas de sitôt. Après réflexion, ils se rendent compte que l'affaire est plus ardue. Que faire maintenant ?Les banques centrales occidentales se retrouvent toutes sur la voie de garage. Chacune espère qu'une de leurs collègues trouve un moyen efficace pour se sortir de l'ornière, leur permettant de lui emboîter le pas par la suite. Malheureusement, elles semblent toutes à court d'idées. Les marchés, quant à eux, réagissent dans le sens opposé de ce qu'elles attendent. Il en était ainsi jeudi passé.La Banque centrale européenne (BCE) ne l'a jamais caché : elle souhaite l'effritement de l'euro (EUR) face aux devises principales. Cela ne fonctionne pas, malheureusement. Quand le comité monétaire de la Fed a décidé jeudi dernier de maintenir ses taux directeurs inchangés, l'EUR a immédiatement perdu du terrain. La chute a été de courte durée. C'est que dans sa conférence de presse, Janet Yellen, le gouverneur de la Fed, a indiqué qu'elle n'envisageait que deux ajustements des taux directeurs pour cette année, et non pas quatre. Et ils ne surviendront que si elle est convaincue de la résilience de l'amélioration de l'emploi dans le pays. L'EUR a dès lors recouvré le terrain perdu.La probabilité que les taux d'intérêt remontent prochainement est quasi nulle. Et depuis que les autres banques centrales jonglent avec des taux négatifs, la marge de manoeuvre de la Fed s'amenuise. Tout relèvement des taux engendrerait une hausse du dollar (USD) qui, à son tour, hypothéquerait la reprise économique. Pour l'heure tout tourne à l'envers : dès que les taux directeurs sont abaissés, la monnaie se redresse, et s'ils sont relevés, elle s'effrite. Pour endiguer la hausse de l'EUR, le chef économiste de la BCE, Peter Praet, a dû contredire ce que son patron, Mario Draghi, avait affirmé la semaine précédente : la baisse des taux n'est pas révolue. Le redressement de l'EUR a momentanément été stoppé.Tout ceci démontre que nous sommes bel et bien en guerre des devises. Les cours sont continuellement manipulés, tantôt oralement, par des menaces, parfois par des actions. Chaque action engendre cependant une réaction des banques adverses. A la longue, le rapport entre les devises ne change dès lors pratiquement pas. Certes, des écarts temporels perturbent les investisseurs qui ne savent plus comment se couvrir contre les risques de change. Ces perturbations dérangent les autres marchés, où les incertitudes prennent souvent le dessus.Suite à son annonce d'acheter davantage d'obligations sur le marché, la BCE y a chamboulé les cotations. Les titres à long terme ont tous progressé. Banques et entreprises se bousculent pour placer leurs émissions. La semaine passée a été dominée par l'émission jumbo d'Anheuser-Busch InBev (A-). Le brasseur a émis six obligations pour un montant total de 13,25milliards EUR. Leur placement a rencontré un franc succès et plus aucun titre n'est accessible aux conditions de souscription. Tous s'échangent déjà largement au-dessus de ce prix sur le marché gris. Quiconque a réussi à souscrire à l'émission à vingt ans enregistre déjà un profit de 6% !Les émetteurs de qualité moindre ont également pu profiter de l'engouement ambiant, alors que leurs titres n'entrent pas en considération pour les achats effectués par la BCE. Il en allait ainsi du producteur de papier autrichien Sappi (BB-) qui a placé sans encombre une émission à 7ans de 350millions d'EUR. Les conditions de l'emprunt sont toutefois peu attrayantes - elles comportent une clause Spens qui garantit à l'emprunt un rendement supérieur de 0,5% au-dessus du Bund allemand de durée équivalente - ce qui ne l'empêche pas d'être négocié au-dessus du pair (100%) sur le marché gris. Même rengaine pour le loueur de maisons finlandais Sato Corp (Baa3), ainsi que le fournisseur français de pièces automobiles Faurecia (Ba2). Plus surprenant est le fait que le cours acheteur que les teneurs de marchés pratiquent pour ces trois émissions se situe sous leur prix de souscription. Nous conseillons de ne jamais agir avec précipitation. Vous ne raterez aucune occasion : le marché obligataire est actuellement sous pression et ses cotations sont souvent irréalistes. Dans un environnement économique incertain, il est insensé d'accepter une diminution des primes de risque.Les opérateurs ne savent vraiment plus à quel saint se vouer. Sur le marché des changes, aucune devise n'a échappé à la tourmente. Les oscillations y étaient légion. L'USD, par exemple, s'est redressé avant la tenue de la conférence de presse de la Fed. Mais dès que celle-ci était en cours, il s'est subitement effondré. En fin de semaine et par rapport à sa clôture de la semaine d'avant, il a perdu 1,7% face à l'EUR. Celui-ci se rapproche à nouveau de sa limite de 1,14USD. Le yen (JPY) s'est raffermi de 0,3% après que le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, a affirmé qu'il pouvait pousser les taux directeurs plus bas encore. La livre a quant à elle cédé 0,3% maintenant que le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney, hésite à changer de cap et durcir sa politique.Le redressement continu des prix des matières premières a soutenu les devises qui en dépendent, hormis le rand (ZAR) et le réal (BRL) qui toutes deux sont chahutées en raison de remous politiques dans ces deux pays. Le rouble (RUB) a progressé de 1,85%, le peso mexicain (MXN) de 1,1%, le dollar canadien (CAD) de 0,5%, la couronne norvégienne (NOK) de 0,3% et le dollar néo-zélandais (NZD) de 0,2%. Le dollar australien (AUD) a perdu en fin de semaine toute l'avancée accumulée jusque-là. Il termine la semaine en léger recul de 0,3%.Les émissions souveraines ont affiché d'excellents résultats sur le marché obligataire, ce qui a pesé sur toutes les échelles des taux d'intérêt. Elles ont fléchi tout en se raidissant légèrement : les taux à court terme ont davantage baissé que les longs. Le mouvement a dépassé les 10points de base (0,1%). Un phénomène nouveau a fait son apparition : l'écart entre le cours acheteur et le cours vendeur que les teneurs de marché pratiquent se rétrécit sensiblement pour ce qui concerne les obligations d'émetteurs de renom, tandis qu'il s'élargit pour ceux de qualité médiocre. Cette nouvelle tendance résulte directement de la baisse des taux d'intérêt causée par la politique monétaire actuelle.