L'acronyme FANG a fait son apparition dans la presse financière (américaine) il y a quelques années. Il désignait Facebook, Amazon, Netflix et Google, quatre entreprises du secteur de l'Internet qui enregistraient une croissance rapide. La transformation de Google en Alphabet Holding (le holding faîtier) n'y a rien changé. Pour notre part, nous préférons FAANG, car Apple, la plus grande capitalisation boursière au monde, a pleinement sa place parmi ces géants du Net. Les performances fantastiques de ces actions - Amazon et Alphabet tutoient depuis peu la barre magique des 1000 dollars l'action - rappellent cependant, inévitablement, la bulle du début du siècle.
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L'acronyme FANG a fait son apparition dans la presse financière (américaine) il y a quelques années. Il désignait Facebook, Amazon, Netflix et Google, quatre entreprises du secteur de l'Internet qui enregistraient une croissance rapide. La transformation de Google en Alphabet Holding (le holding faîtier) n'y a rien changé. Pour notre part, nous préférons FAANG, car Apple, la plus grande capitalisation boursière au monde, a pleinement sa place parmi ces géants du Net. Les performances fantastiques de ces actions - Amazon et Alphabet tutoient depuis peu la barre magique des 1000 dollars l'action - rappellent cependant, inévitablement, la bulle du début du siècle. Les actions FAANG s'étaient déjà montrées très performantes l'an dernier. Mais ce n'est que depuis cette année 2017 que la différence par rapport au reste du marché commence réellement à prendre de l'ampleur. Rien qu'entre janvier et mai, la valeur boursière des cinq entreprises s'est accrue de plus de 560 milliards de dollars. Leur valeur boursière combinée dépasse à présent les 2300 milliards de dollars. Un montant proche du produit intérieur brut de la France, la sixième économie mondiale.L'accélération de la surperformance des entreprises technologiques à la fin de l'an dernier ne doit rien au hasard. C'est en effet à cette époque que, fraîchement élu, Donald Trump a présenté son nouveau projet de réforme fiscale. Celui-ci comprend notamment un taux favorable pour le rapatriement de liquidités. Or les entreprises technologiques réalisent l'essentiel de leur chiffre d'affaires et de leurs bénéfices en dehors des États-Unis. Et la réforme fiscale de Trump prévoirait une réduction drastique de l'impôt des sociétés. Les investisseurs espèrent que les liquidités qui refluent aux États-Unis seront utilisées pour gâter les actionnaires à grands coups de dividendes et de rachats d'actions propres. Depuis plusieurs années, l'industrie technologique est un secteur à deux vitesses. Il y a d'une part les entreprises en forte croissance, comme les FAANG et autres groupes similaires, et d'autre part les entreprises technologiques classiques comme IBM, Cisco, Oracle et Microsoft. Compte tenu de l'essor du cloud computing, ces dernières doivent repenser totalement leur modèle d'affaires, basé encore sur les ventes, au profit d'un modèle d'abonnements. Cisco et Oracle compensent leur manque de croissance par des acquisitions. IBM cherche son salut dans le rachat d'actions propres. Mais c'est assurément Microsoft qui est la plus avancée dans la transformation : le fabriquant de logiciels classique devient un acteur dominant dans le domaine du cloud computing.Les FAANG, qui ne sont pas confrontés à cet héritage du passé, peuvent adapter leur modèle d'affaires sans tenir compte de leurs activités précédentes. Fondamentalement, Facebook et Google sont des entreprises de publicité qui utilisent leur technologie pour vendre des espaces publicitaires. L'entreprise de streaming Netflix fournit des films et séries télévisées à la demande, concurrençant ainsi les chaînes de télévision classiques. Financièrement saine, Netflix est parfois citée comme une proie potentielle pour Apple.Initialement une simple librairie en ligne, Amazon s'est peu à peu étendue à une foule d'autres produits. Il y a quelques années, le groupe a également sauté dans le wagon du cloud computing pour devenir, par le biais de sa filiale Amazon Web Services (AWS), un des plus grands fournisseurs au monde de services cloud. Amazon est toujours une entreprise d'e-commerce, mais c'est désormais AWS qui contribue le plus au bénéfice. Fin mai, son action a franchi pour la première fois le cap des 1000 dollars. Son fondateur et principal actionnaire Jeffrey Bezos est devenu le deuxième homme le plus riche au monde - après Bill Gates et devant Warren Buffett.Après plus de huit ans de hausse des cours presque ininterrompue, Wall Street affiche des valorisations pour le moins corsées. Le ratio CAPE ou C/B de Shiller, soit l'indice cours/bénéfice basé sur les bénéfices moyens des dix dernières années corrigés en fonction de l'inflation, frôle les 30 points. Depuis la fin du XIXe siècle, cet indice n'a atteint des niveaux plus élevés que deux fois, en 2001 et en 1929. Il s'en est chaque fois ensuivi un krach retentissant. L'histoire ne doit pas nécessairement se répéter. Tant que l'orchestre jouera, les investisseurs continueront à danser. Mais il est évident qu'il y a peu de marge pour de mauvaises surprises. De plus, il est intéressant de comparer les valorisations des entreprises FAANG à celles du marché au sens large. Seule Alphabet (Google) affiche une valorisation conforme à la moyenne boursière. En faisant preuve de largesse, le cours/bénéfice attendu de Facebook peut également être considéré comme acceptable. Mais Amazon et surtout Netflix affichent des valorisations plus élevées. Ce n'est certes pas anormal vu leur croissance plus rapide, mais ces deux entreprises se traitent à des niveaux astronomiques selon les critères de valorisation classiques. La valorisation d'Apple n'est pas extrême compte tenu de la valeur moyenne boursière (d'autant que la société à la pomme verse un dividende), mais elle est nettement plus élevée que la moyenne de ces dernières années. Malgré les valorisations tendues, les analystes restent positifs vis-à-vis des actions FAANG. Ils manifestent un peu plus de réserves pour Netflix, avec un objectif de cours à peine supérieur au niveau actuel. Le passé nous apprend cependant que les prévisions des analystes ne se réalisent pas toujours. Car on peut noter aussi que le short ratio des actions FAANG - le rapport entre le nombre d'actions shortées (vendues dans le but de les racheter à moindre prix) et le nombre total des actions en circulation - est en nette hausse. Ce ratio a déjà augmenté de 30 % cette année. Une telle évolution indique que de plus en plus d'investisseurs sont pris de vertiges face à l'évolution des cours des actions FAANG. Et objectivement, aux valorisations actuelles, une (lourde) correction est inévitable à court ou moyen terme. Netflix et Amazon y sont particulièrement vulnérables, mais Apple, Facebook et Google ne sortiront pas indemnes d'un repli général du marché des actions.