Comme on s'y attendait, la Banque centrale américaine (Fed) a préféré laisser ses taux inchangés. Par cette attitude, elle reconnaît implicitement que l'économie du pays ne tourne pas encore parfaitement rond. Cette semaine-ci, tous les regards seront tournés vers la Grande-Bretagne. Pourtant, il n'y a pas que le référendum anglais qui risque de perturber les marchés. Un autre événement aura lieu: la Cour constitutionnelle allemande va rendre sa décision sur la légalité des OMT (Outright Monetary Transactions), une facilité créée par la Banque centrale européenne (BCE).
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Comme on s'y attendait, la Banque centrale américaine (Fed) a préféré laisser ses taux inchangés. Par cette attitude, elle reconnaît implicitement que l'économie du pays ne tourne pas encore parfaitement rond. Cette semaine-ci, tous les regards seront tournés vers la Grande-Bretagne. Pourtant, il n'y a pas que le référendum anglais qui risque de perturber les marchés. Un autre événement aura lieu: la Cour constitutionnelle allemande va rendre sa décision sur la légalité des OMT (Outright Monetary Transactions), une facilité créée par la Banque centrale européenne (BCE).Cette facilité a été introduite en août 2012 pour permettre à la BCE d'acquérir des emprunts à court terme d'États membres sollicitant une aide financière dans le cadre du FESF/MES. Même si les États qui y font appel doivent répondre à de strictes conditions, l'Allemagne a toujours réfuté cette facilité, la considérant comme un soutien direct aux États. Si la Cour décide que la facilité est inconstitutionnelle selon le droit allemand, l'euro (EUR) risque d'être fortement chahuté. Et comme toujours, les instances européennes n'ont pas prévu de plan B.Il est clair cependant que la décision de cette Cour sera totalement éclipsée par le Brexit. Il n'empêche qu'elle constituera un facteur dérangeant susceptible d'amplifier le résultat référendaire. À l'approche du référendum, on constate qu'au niveau politique les deux parties en lice n'ont qu'un argumentaire négatif. Les partisans du Brexit soulignent les injustices sociales que l'Union leur impose, tandis que les opposants invoquent des catastrophes économiques pour la Grande-Bretagne comme pour l'Union. On se demande franchement si les électeurs se laisseront persuader par tant de négativisme. De toute façon, personne ne peut prédire le résultat.La réaction des marchés durant la semaine écoulée dénote cependant une grande anxiété. Politiques et dirigeants d'entreprise osent espérer un dénouement favorable (un maintien de l'Angleterre dans l'Union). Force est de constater qu'au fil des sondages, les partisans du 'oui' gagnent inexorablement du terrain. En fait, peu importe le résultat. Une chose est acquise, l'Union sera différente après ce 23juin.Si la marge entre les deux camps est minime, il ne fait aucun doute que le camp perdant se renforcera politiquement et réclamera davantage de concessions, sans quoi un nouveau référendum devra être envisagé, et pas nécessairement en Angleterre. Mais si la marge est substantielle, le choc du résultat déséquilibrera temporairement les marchés.Un rejet manifeste du Brexit engendrera naturellement une euphorie générale. Mais les problèmes politiques que le référendum aura soulevés subsisteront. Il reviendra aux instances européennes de les résoudre rapidement. Connaissant la manière dont ces instances ont résolu les problèmes antérieurs, on peut dès à présent affirmer qu'elles bâcleront une nouvelle fois l'affaire. Pour les marchés, le résultat engendrera une plus forte volatilité. Essentiellement parce que bon nombre d'investisseurs se sont couverts ou ont spéculé sur un résultat particulier. D'après une estimation faite en milieu de mois, les spéculateurs ont pris des positions contre la devise pour plus de 6milliards de livres (GBP) !Si le Brexit l'emporte, la panique gagnera tous les marchés jusqu'au jour où le nouveau gouvernement anglais aura précisé le calendrier de la sortie du pays. Dans l'intervalle, les officines juridiques feront des affaires en or. Elles seront effectivement sollicitées pour adapter les contrats existants à la nouvelle donne. On ne doit pas perdre de vue que la grande majorité des produits financiers sont établis selon le droit britannique avec, par-ci, par-là, des renvois au droit européen. Il est évident que ces contrats devront être revus. La loi du plus fort primera à cette occasion.Sur le front des taux d'intérêt, il ne faut pas s'attendre à beaucoup de changements. Le marché deviendra sans aucun doute plus sélectif. La qualité primera partout. Et vu que nos économies demeurent moroses, la tendance des taux d'intérêt restera orientée à la baisse. Tous ne profiteront pas nécessairement de cette baisse. Les titres industriels en seront les premières victimes, leur qualité ne les protégera pas nécessairement. Leur dépendance géographique deviendra primordiale. Car c'est essentiellement sur le marché des changes que les plus forts mouvements sont à craindre.Grâce aux largesses monétaires de ces dernières années, énormément de capitaux circulent dans le monde. Quand les temps sont incertains, c'est au Japon et en Suisse qu'ils s'amassent. La devise de ces pays se redressera substantiellement _ c'est déjà le cas pour le yen (JPY) _ et contraindra leurs autorités monétaires à des représailles. D'autres pays réagiront à leur tour, ne fut-ce que pour conserver leurs parts de marché. Tout cela se déroulera de façon très chaotique. D'importants soubresauts en résulteront, qui pourraient fragiliser les couvertures financières et partant, affaiblir pas mal d'entreprises et d'institutions. Aujourd'hui déjà, avant même le Brexit, du fait d'oscillations intempestives des prix du pétrole, une quantité grandissante de compagnies pétrolières, essentiellement nord-américaines, font faillite. Des milliards de créances disparaissent ainsi.Toutes ces craintes ont fortement perturbé le marché des capitaux. Beaucoup de mouvements s'y effectuent vers des titres de qualité. Ce qui a pour effet de faire fléchir les courbes de rendement. Le mouvement était certes moins prononcé que celui de la semaine précédente. Les titres à long terme ont été les plus grands bénéficiaires, et ceci dans toutes les devises. Il faut dire que ce sont les seuls titres qui offrent encore un rendement positif. Les titres bancaires, en revanche, ont cédé du terrain, affligés une fois de plus par le scandale de manipulations des taux d'intérêt.Sur le marché des changes, la GBP a perdu 1,35%. Son recul était plus prononcé face à l'USD, celui-ci s'étant raffermi de 0,1% face à l'EUR. Le JPY a progressé de 0,8%. Les oscillations du prix du baril ont pesé sur les devises qui en dépendent. Le dollar canadien (CAD) s'est tassé de 0,2%, le peso mexicain (MXN) de 1% et le rouble (RUB) de 1,5%. Les autres devises liées aux matières premières ont mieux résisté, gagnant partout du terrain. En tête, le dollar néo-zélandais (NZD) qui a progressé de 1,8%, suivi de l'australien (AUD) de 0,6% et du rand (ZAR) de 0,4%.Le nombre de nouvelles émissions était en baisse la semaine dernière. C'est en raison des tensions politiques et des difficultés que rencontrent les émetteurs pour couvrir leurs emprunts. Ils lancent néanmoins de nouvelles émissions avec lesquelles ils remboursent anticipativement d'anciennes. C'est le cas d'Eutelsat(Ba1). L'entreprise de construction et génie civil italienne Salini (BB+) sollicite rarement des fonds sur le marché international. Sa dernière émission a été chaleureusement accueillie. Elle offre 3,7% de plus que la moyenne du marché. Le brasseur canadien Cott (sans notation) fait ses débuts en EUR et offre 5,3% de plus que la moyenne du marché. Son emprunt est toutefois remboursable prématurément dès 2019 et est de surcroît assorti de la clause Spens qui garantit un rendement à peine supérieur de 0,5% au-dessus du Bund de durée équivalente. La seule émission accessible aux petits porteurs est celle de Sysco Corp (BBB+), la société d'alimentation et de restauration américaine. L'émission offre 1,2% de plus que la moyenne du marché, ce qui est conforme aux conditions prévalant actuellement.