Les répercussions du Brexit sont difficilement calculables. C'est qu'elles sont sujettes aux réactions politiques. Il s'est avéré qu'aucun parti directement impliqué dans cette affaire n'avait programmé quoi que ce soit, tant ils étaient tous persuadés que la consultation se solderait par un échec. Il est dès lors présomptueux de prédire la direction que prendra l'affaire. Le simple fait que les partis opposés refusent de dialoguer ne présage rien de bon.
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Les répercussions du Brexit sont difficilement calculables. C'est qu'elles sont sujettes aux réactions politiques. Il s'est avéré qu'aucun parti directement impliqué dans cette affaire n'avait programmé quoi que ce soit, tant ils étaient tous persuadés que la consultation se solderait par un échec. Il est dès lors présomptueux de prédire la direction que prendra l'affaire. Le simple fait que les partis opposés refusent de dialoguer ne présage rien de bon.Du côté britannique, il faut attendre la formation du nouveau gouvernement pour y voir plus clair. Il devra élaborer son plan de sortie de l'Union et le soumettre à l'approbation du parlement. Il est probable que les discussions dureront des semaines. En fonction des arguments soulevés, les marchés financiers tangueront régulièrement. La principale victime de ces empoignades sera la livre (GBP). Elle oscillera continuellement et transmettra ces tensions au reste du monde.Dès que le plan de sortie sera adopté, le gouvernement enclenchera la procédure prévue par l'article50 du Traité de Lisbonne. À partir de ce moment, les parties engagées auront deux ans pour aboutir à un accord. Cela supposera que ces parties travaillent de concert. Or, vu l'attitude des instances européennes depuis ce scrutin, il est peu probable que les pourparlers se dérouleront sereinement. Avec de néfastes conséquences pour les marchés.En théorie, le Royaume-Uni a trois issues. Dans la première, la Grande-Bretagne demanderait à faire partie de l'Espace Économique Européen. Cela supposerait qu'elle en adopte les règles. Or cette issue est en totale contradiction avec la teneur du référendum qui visait précisément à s'en débarrasser. Il est inconcevable que l'Angleterre suive cette voie, mais tout est toujours possible en politique. La deuxième solution consisterait à conclure un accord bilatéral avec l'Union, où les deux parties conviendraient de leur rapport mutuel. C'est sans doute la solution la plus évidente pour les insulaires, mais la moins recherchée par les continentaux. Elle menacerait en effet la cohésion parmi les membres de l'Union en leur offrant une solution plus commode.La troisième voie, la plus dure, pousserait le Royaume-Uni à imposer sa vision. C'est probablement vers cette solution qu'on s'acheminera, et ce, pour plusieurs raisons. Cette approche évite toute immixtion étrangère dans l'affaire. La Grande-Bretagne peut se permettre d'emprunter cette voie car elle dispose encore d'un haut degré d'influence à travers sa participation au Commonwealth et son expérience financière à travers la City. On peut certes craindre que certains pays réduiront leurs contacts avec la City. Celle-ci dispose toutefois d'un réseau efficace qui permettra aux institutions qu'elle héberge d'outrepasser ces restrictions. Les banques et fonds d'investissement localisés à Londres pourront toujours agir par l'intermédiaire de leurs filiales locales. En clair, c'est le Royaume-Uni qui détient les meilleures cartes pour l'instant. Le tout est de savoir si le nouveau gouvernement pourra les battre convenablement.Pour ce qui est de l'Union, les choses se présentent nettement moins favorablement. Le Brexit vient de démontrer qu'aucune instance européenne n'est capable de faire face à un problème épineux. La crise bancaire, la crise migratoire et maintenant le Brexit en sont les exemples les plus flagrants. Les instances n'ont toujours pas compris que l'Union n'offre aucune perspective décente à ses citoyens, hormis la devise commune et la libre circulation des gens dans la zone Schengen. Le social est totalement absent. L'Union a été décrite comme un havre de paix et de bien-être. Il n'en est rien. L'arrogance de ses dirigeants est aussi très mal perçue. L'Union rime chaque jour davantage avec une union asociale et adémocratique de quelques États.Le simple fait que la Commission exige la remise du plan de sortie avant même d'entamer les concertations ne favorise pas la sérénité. Cette attitude intransigeante affectera le résultat des scrutins qui se dérouleront en octobre. Ce mois-là, les Hongrois se prononceront par voie référendaire sur la politique migratoire de l'Union. Les Autrichiens éliront leur président. Les Italiens exprimeront leur volonté quant à une révision de leur constitution. Il y a fort à parier qu'aucune de ces trois consultations ne réconfortera la position de l'Union. À cet égard, le référendum italien est sans conteste le plus préoccupant.Matteo Renzi, le Premier ministre italien, a d'ailleurs mis son avenir politique en jeu. Il avait décidé de cela avant la tenue du Brexit. Depuis, pour sauver sa tête, il a lancé un ultimatum à l'Union. Il réclame de sa part une assistance financière en vue de renflouer ses banques. À défaut, il agira de sa propre autorité, faisant fi des directives européennes. Sa menace place l'Union devant un problème insoluble. Si elle accepte, elle renie ses propres directives. Si elle refuse, elle laisse le libre arbitre à l'État membre. Et ne rien faire condamne les banques italiennes à leur triste sort. Les discussions seront houleuses durant tous les mois d'été.L'incompétence de la part des instances européennes est du pain bénit pour les partis eurosceptiques. Car outre les trois consultations énoncées ci-avant, 2017 sera une année chargée d'élections importantes. L'Europe telle que nous la connaissons deviendra un argument électoral extrêmement contreproductif dans les débats à venir. On y soulignera essentiellement les lacunes des différents traités. Ainsi l'article50 du traité de Lisbonne fait-il déjà l'objet de critiques. Cet article autorise tout État membre à se retirer de l'Union sans en définir la procédure. Cela revient à offrir une totale liberté d'action aux États désireux de quitter l'Union.L'Union risque donc de chavirer après le mois d'octobre. La Banque centrale européenne (BCE) se verra contrainte de tout mettre en oeuvre pour sauvegarder l'euro (EUR) et les banques. Pour ce faire, il faudra augmenter les largesses déjà concédées par les programmes actuels. Or cette politique ne marche malheureusement pas. Pour la simple raison qu'une économie qui fonctionne sur la base du crédit ne peut pas évoluer quand les taux d'intérêt sont négatifs. Plus ces taux s'enfonceront en dessous de zéro, plus le danger d'une récession prendra forme.Les banques seront de moins en moins enclines à octroyer du crédit quand les taux sont négatifs. D'autant moins qu'elles doivent augmenter leurs réserves en fonction des crédits alloués. Ces réserves sont essentiellement constituées d'emprunts d'État déposés auprès de leur banque centrale. Mais depuis que la BCE, dans le cadre de sa politique d'assouplissement monétaire, rafle l'essentiel de ces emprunts, poussant leur rendement sous zéro et refusant des titres dont le rendement est inférieur à son taux le plus bas (-0,4%), ce système s'auto-détruit.La BCE achète pour l'équivalent de 80milliards d'emprunts chaque mois. Principalement des emprunts d'État et, depuis peu, des titres industriels. Elle crée ainsi un manque artificiel sur les marchés, lequel complique la vie des institutions qui vivent de leur rente, comme les fonds de pension, les compagnies d'assurance et autres organismes similaires. Ces institutions ne trouvent plus de titres à des prix abordables. Cette politique affecte aussi l'épargne traditionnelle. Les épargnants recherchent aujourd'hui des solutions qui ne favoriseront pas nécessairement la reprise conjoncturelle. Si les capitaux ne fuient pas la zone euro, leur mouvement attise la chute des taux d'intérêt. Signalons que peu avant de proférer son ultimatum, l'Italie figurait parmi le club des pays connaissant des taux négatifs. La Belgique en fait régulièrement partie aussi.Les contraintes d'austérité imposées par l'Europe conduiront à une récession généralisée. Car sans croissance, le rapport entre l'endettement et le PIB se détériorera, obligeant les États membres à plus d'austérité encore. Un cercle vicieux s'installe de cette manière. L'Espagne et le Portugal ont été rappelés à l'ordre récemment parce qu'ils ne réalisaient pas les buts assignés. Si la Commission continue obstinément à imposer ses diktats de la sorte sans tenir compte des conditions ambiantes, elle se condamne irrémédiablement.Les perspectives de l'euro (EUR) sont particulièrement sombres. La monnaie commune sera fortement chahutée sur le marché des changes. La politique monétaire de la BCE enclenchera régulièrement des réactions de la part des autres pays. Le Brexit a déjà donné un aperçu de ce qui nous attend. Ce scrutin a en effet accéléré la baisse des taux d'intérêt de par le monde. Et ce, parce que les plus fortunés transfèrent leurs capitaux vers des cieux jugés plus cléments en investissant essentiellement dans des emprunts d'État.Suite à la généralisation des taux négatifs, certains marchés ne fonctionnent plus convenablement. On ne parvient plus à valoriser les produits dérivés, par exemple. Certains contrats swaps sont devenus caducs, de sorte que les couvertures qui existaient jadis ont disparu. Leur disparition affecte d'autres activités financières qui, si elles ne cessent pas, seront fortement contrariées. Les banques en sont les principales victimes. Le Brexit l'a magistralement prouvé. Et ce n'étaient pas uniquement les banques anglaises qui se sont effondrées en Bourse, mais toutes les banques occidentales. Celles qui sont le plus impliquées dans le négoce de produits dérivés ont le plus souffert (Deutsche Bank, par exemple).Les temps sont particulièrement durs pour les petits porteurs obligataires. Il est devenu impossible de réaliser un flux de revenus à partir des coupons. Cela n'empêchera pas les obligations d'exceller encore un bon bout de temps, aussi longtemps que la crise sévit et que la politique monétaire maintient le cap. Seules les obligations de qualité irréprochable résisteront. Mais comme une obligation est limitée dans le temps, les fortes plus-values qu'elles engrangent aujourd'hui disparaîtront irrémédiablement. Sans modification notable de la situation, les porteurs seront tôt ou tard confrontés au problème du réinvestissement des titres échus.Les titres à long terme sont les plus sensibles aux variations des taux d'intérêt. Ce sont aussi les plus chers, toutes proportions gardées. Mais aussi longtemps qu'ils fournissent un rendement positif, ils restent intéressants. La prudence est par contre de mise pour les obligations industrielles, et toutes celles dont le rendement est négatif doivent être ignorées. Quant aux titres bancaires, même s'ils offrent des conditions attrayantes, ils doivent être impérativement bannis. Nous soulignons une dernière fois que la situation des banques reste précaire et qu'on ne pourra pas les sauver indéfiniment en les gavant d'argent frais couvert par rien.