Les marchés des matières premières sont largement dans le vert - du pétrole au nickel (photo), de l'argent au soja, les courbes sont résolument orientées à la hausse. Les 27 principaux produits, toutes catégories confondues (métaux précieux, métaux industriels, agriculture, énergie) ont vu leurs cours augmenter ces six derniers mois. Un phénomène plutôt rare.
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Les marchés des matières premières sont largement dans le vert - du pétrole au nickel (photo), de l'argent au soja, les courbes sont résolument orientées à la hausse. Les 27 principaux produits, toutes catégories confondues (métaux précieux, métaux industriels, agriculture, énergie) ont vu leurs cours augmenter ces six derniers mois. Un phénomène plutôt rare.C'est pourquoi de plus en plus d'observateurs et de spécialistes, dont JPMorgan Chase ou Goldman Sachs, parlent désormais de nouveau "supercycle" des matières premières. D'autres en revanche, comme la banque privée suisse Julius Baer, estiment que la hausse est le résultat de la reprise en V qui suit la crise sanitaire. D'autant que les supercycles des matières premières sont assez exceptionnels: l'on n'en a recensé que quatre ces 100 dernières années. Le plus récent remonte à la période 2001-2011, quand la Chine, alors en phase de croissance hallucinante, avait besoin d'énormément de matières premières pour mener à bien ses projets d'infrastructure. Nous étions une décennie à peine après le supercycle précédent. D'où les doutes.La plupart des observateurs n'en démordent toutefois pas. La Chine, dont la croissance se normalise, reconstitue de nombreux stocks (stratégiques). A cela s'ajoute la remontée escomptée de l'inflation. Aux Etats-Unis, les attentes dans ce domaine n'avaient plus été aussi élevées depuis cinq ans - alors qu'ils avaient plongé à 0,5% en mars, les pronostics sont, pour la première fois depuis 2018, bien supérieurs à 2%. Sans encore être unanimes, de plus en plus d'économistes anticipent une nette accélération de l'inflation, un phénomène dont les matières premières bénéficient toujours.Enfin, pour les spécialistes, l'écart constaté depuis 10 ans entre les matières premières d'une part et les actions (le S&P 500 a produit un rendement de 280% supérieur à celui de l'indice CRB Commodity) et les obligations d'autre part, est lié à la nature même de la politique d'encouragement menée pendant cette période. Mais alors que tout a jusqu'ici dépendu des banques centrales, ce sont les mesures de relance décidées par les gouvernements (les grands travaux d'infrastructure, par exemple) qui vont désormais donner le ton. Ce qui laisse entrevoir de réelles possibilités de redressement des cours.Pour qu'il y ait supercycle, il faut aussi une problématique côté offre. Or les prix très bas en vigueur depuis plusieurs années ont contraint les opérateurs du secteur des matières premières à réduire considérablement leurs investissements, la crise sanitaire ayant, elle, étouffé la production. L'offre pourrait donc désormais se révéler insuffisante, en particulier dans le secteur de l'uranium, où l'écart entre offre et demande risque même de se creuser à outrance. La hausse des prix de l'uranium à laquelle nous assistons depuis plusieurs semaines n'a donc guère de quoi surprendre.