La baisse significative des monnaies asiatiques trouve son origine dans la fuite actuelle des capitaux en direction des États-Unis. Les investisseurs sont convaincus que les projets ambitieux du président élu en matière d'investissements publics et de réforme fiscale provoqueront non seulement un regain de croissance économique, mais aussi une hausse de l'inflation et une augmentation des taux plus rapide que prévu. Et si les taux sont plus élevés, les obligations américaines n'en seront que plus attrayantes. Les investisseurs craignent en outre que les intentions protectionnistes de Trump portent préjudice aux exportations asiatiques. Durant sa campagne, Trump n'a pas été avare de critiques concernant le libre-échange, en particulier avec la Chine, et a déjà annoncé le retrait des États-Unis du Partenariat transpacifique (TPP) - une zone de libre-échang...

La baisse significative des monnaies asiatiques trouve son origine dans la fuite actuelle des capitaux en direction des États-Unis. Les investisseurs sont convaincus que les projets ambitieux du président élu en matière d'investissements publics et de réforme fiscale provoqueront non seulement un regain de croissance économique, mais aussi une hausse de l'inflation et une augmentation des taux plus rapide que prévu. Et si les taux sont plus élevés, les obligations américaines n'en seront que plus attrayantes. Les investisseurs craignent en outre que les intentions protectionnistes de Trump portent préjudice aux exportations asiatiques. Durant sa campagne, Trump n'a pas été avare de critiques concernant le libre-échange, en particulier avec la Chine, et a déjà annoncé le retrait des États-Unis du Partenariat transpacifique (TPP) - une zone de libre-échange entre les pays qui entourent le Pacifique - dès son entrée en fonction. D'autres mesures similaires devraient suivre. Ainsi, les exportateurs asiatiques craignent que l'administration Trump les accuse officiellement de manipuler leurs cours de change, ce qui justifierait l'introduction de droits d'importation élevés. Lesquels pourraient gravement handicaper l'économie asiatique. Le modèle économique des grands pays asiatiques est toujours fondé sur les investissements et les exportations. Ainsi, la Chine affichait l'an dernier un excédent commercial de 366milliards de dollars sur les États-Unis, le Japon de 69milliards de dollars et la Corée du Sud de 28milliards de dollars. De peur d'une poursuite de la détérioration de leurs cours de change, les banques centrales asiatiques ne sont pas restées les bras croisés. La banque centrale indonésienne est intervenue sur les marchés des changes et la chinoise a fait appel aux banques d'État pour empêcher les spéculateurs de faire plonger le yuan sous son cours officiel. Celle du Japon a réaffirmé aux investisseurs qu'elle ne tolérerait pas que les taux sur les obligations publiques à court terme redeviennent positifs. Quant à la malaisienne, elle a essayé de convaincre les banques de ne pas spéculer sur une baisse du ringgit, tandis que la banque centrale singapourienne s'en est tenue à une mise en garde orale. Il est très peu probable que ces actions aient des effets durables. On a déjà pu constater par le passé que rien ne pouvait s'opposer à une fuite des capitaux.Le recul marqué des monnaies asiatiques a fait resurgir le spectre de la crise asiatique de 1998, lorsque l'endettement élevé combiné à la hausse des taux aux États-Unis avait entraîné l'effondrement des devises de ces pays et une crise profonde. Une réédition de cette crise est cependant peu probable. Bien que les banques centrales régionales veuillent éviter tout excès de volatilité, les cours de change sont aujourd'hui flottants (au contraire des années 1990). En principe, les banques centrales asiatiques n'utilisent donc plus leurs réserves de devises étrangères pour défendre un cours de change fixe. Même si les pays asiatiques se sont constitué des réserves considérables pour amortir les chocs durant ces 18dernières années de croissance soutenue. De plus, la région est toujours en croissance. Mais tandis que sa position d'endettement externe s'est améliorée, son taux d'endettement intérieur est en hausse significative depuis 2007. Les entreprises, en particulier, sont endettées, surtout en Chine et en Inde. À cet égard, toute la région devrait tirer les leçons de l'histoire japonaise: une attitude trop attentiste accroît le risque de stagnation et de déflation.Tant que plane l'incertitude autour de la politique que mènera Trump, la forte volatilité peut se poursuivre sur les marchés obligataires et de change asiatiques. Il est dès lors déconseillé d'investir aujourd'hui dans ces monnaies, lesquelles pourraient plonger en cas d'accès de panique. À court terme, les perspectives de croissance restent favorables pour cette région dynamique, même s'il faudra suivre de près la manière dont sera géré l'endettement des entreprises. Enfin, le protectionnisme de Trump pourrait constituer pour les pays asiatiques moins une contrainte qu'une réelle opportunité, en définitive, d'abandonner un modèle économique basé sur l'exportation pour privilégier une croissance fondée sur la consommation intérieure.