Estimant que les cours du pétrole fluctueraient longtemps autour de 100 USD le baril, Total avait beaucoup investi dans l'augmentation de sa capacité de production de combustibles fossiles ces dernières années. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu ! La révolution du gaz et du pétrole de schiste aux Etats-Unis et surtout la réaction de l'Arabie saoudite, qui a ouvert grand les vannes, ont à ce point inondé le marché que même un groupe de l'envergure de Total a été contraint d'adapter sa stratégie à une nouvelle réalité : des cours du pétrole qui resteront longtemps bas. Les investisseurs craignent à présent que la baisse des revenus oblige plusieurs acteurs à porter le fer dans le dividende, alors précisément qu'ils avaient acheté ces actions pour leur rendement de dividend...

Estimant que les cours du pétrole fluctueraient longtemps autour de 100 USD le baril, Total avait beaucoup investi dans l'augmentation de sa capacité de production de combustibles fossiles ces dernières années. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu ! La révolution du gaz et du pétrole de schiste aux Etats-Unis et surtout la réaction de l'Arabie saoudite, qui a ouvert grand les vannes, ont à ce point inondé le marché que même un groupe de l'envergure de Total a été contraint d'adapter sa stratégie à une nouvelle réalité : des cours du pétrole qui resteront longtemps bas. Les investisseurs craignent à présent que la baisse des revenus oblige plusieurs acteurs à porter le fer dans le dividende, alors précisément qu'ils avaient acheté ces actions pour leur rendement de dividende stable - qui atteint d'ailleurs plus de 7% sur le secteur. Un niveau très alléchant en soi, mais aussi un signal que le marché tient compte d'un abaissement des dividendes. Total n'échappe pas à ces doutes : sur 12 des 16 dernières années, les cash-flows (EBITDA) après dépenses d'investissement n'étaient pas suffisants pour financer le dividende. Le trou doit alors être comblé par des ventes d'actifs ou de nouvelles dettes, ce qui n'est naturellement pas tenable à terme. Rebelote au premier semestre de cette année : Total a tiré 10 milliards USD des liquidités de ses activités opérationnelles, mais en a dépensé 10,5 milliards en investissements nets. Pourtant, le dividende de Total ne sera pas remis en cause au cours des années à venir. L'entreprise a en effet plusieurs fers sur le feu. Tout d'abord, le compte de résultats digère étonnamment bien l'effondrement du cours du pétrole, puisque le bénéfice net ajusté n'a baissé que de 13% au cours de la première moitié de l'année. Cette bonne tenue est notamment imputable à la hausse de la production de carburants fossiles, de 11% au total. Le programme d'investissement porte donc enfin ses fruits. Mais le principal bonus provient d'un triplement du bénéfice en aval, dans le raffinage. Il est fréquent que les marges de raffinage explosent lorsque le cours du pétrole diminue, ce qui protège les groupes intégrés comme Total de fluctuations trop importantes des bénéfices. On peut cependant se demander combien de temps durera cette haute conjoncture dans le raffinage, d'autant que le marché européen est toujours en surcapacité. Un effondrement des marges de raffinage n'est cependant pas envisagé. En outre, Total prend une série de mesures pour maintenir les cash-flows en équilibre. Les investissements seront encore réduits à 20- 21 milliards USD en 2016, contre encore 28 milliards USD en 2013. Et Total n'investira plus que 17 à 19 milliards USD par an à partir de 2017. Dans un premier temps, ce programme entraînera une hausse de la production de 6 à 7% par an, le rythme retombant ensuite à 5% à partir de 2017. Simultanément, le programme d'économies a encore été intensifié. L'entreprise veut avoir réduit ses coûts de 2 à 3 milliards USD par rapport à 2014 d'ici 2017. Grâce à ce paquet de mesures, les cash-flows permettront de payer le dividende d'ici 2017, même dans l'hypothèse d'un baril de pétrole à 60 USD. Total peut également se reposer sur un bilan solide pour garantir si nécessaire la stabilité du dividende via un financement par dette et surmonter une période plus longue de cours du pétrole bas. L'entreprise laisse également aux investisseurs la possibilité de se faire verser leur dividende en actions. Cela lui permet d'économiser des liquidités, mais entraîne une légère dilution de l'action.ConclusionTotal digère mieux que prévu l'effondrement des cours du pétrole, notamment grâce à ses excellentes performances dans l'activité de raffinage. Le rendement de dividende attrayant de 6% n'est pas remis en cause, même si le cours du pétrole restait faible encore longtemps. Nous reprenons donc cette valeur de dividende défensive en Sélection.Conseil: digne d'achatRisque: faibleRating: 1A