Rien n'a changé depuis l'analyse consacrée à l'eau, publiée par l'Initié de la Bourse il y a un peu plus d'un an: le monde souffre d'une grave pénurie d'eau douce potable, que les habitudes de production et de consommation occidentales intensifient d'une façon exponentielle. Des centaines de milliards d'investissements vont être nécessaires ces prochaines années pour assurer l'approvisionnement permanent de ménages et d'entreprises en eau potable. L'eau est un des nombreux risques systémiques susceptibles d'avoir des effets délétères à l'échelon mondial. Mais elle est aussi une opportunité pour les entreprises et les investisseurs.
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Rien n'a changé depuis l'analyse consacrée à l'eau, publiée par l'Initié de la Bourse il y a un peu plus d'un an: le monde souffre d'une grave pénurie d'eau douce potable, que les habitudes de production et de consommation occidentales intensifient d'une façon exponentielle. Des centaines de milliards d'investissements vont être nécessaires ces prochaines années pour assurer l'approvisionnement permanent de ménages et d'entreprises en eau potable. L'eau est un des nombreux risques systémiques susceptibles d'avoir des effets délétères à l'échelon mondial. Mais elle est aussi une opportunité pour les entreprises et les investisseurs.Il existe plusieurs façons de tirer parti de ce thème. L'indice S&P Global Water est composé de 43 sociétés, surtout américaines (58%), actives de près ou de loin dans le secteur. L'iShares Global Water UCITS ETF (code ISIN IE000CFH1JX2), entre autres, cherche à en répliquer l'évolution. De par sa très forte corrélation avec le marché mondial des actions, le S&P Global Water n'a pas l'avantage de la diversification; il a subi ces 12 derniers mois les mêmes pertes que le MSCI World.MSCI et Solactive ont chacun un indice largement axé sur les entreprises actives dans le traitement de l'eau et le développement durable. Ces indices comprennent davantage de petites entreprises et sont plus exposés à l'Asie que le S&P Global Water. Le Lyxor MSCI Water ESG Filtered (DR) UCITS ETF (code ISIN FR0010527275) réplique l'indice MSCI, le Global X Clean Water UCITS ETF (IE000BWKUES1), le Solactive.Aux ETF s'ajoutent maints fonds d'investissement, dont les frais de gestion sont toutefois élevés et les rendements, inférieurs à la moyenne. Nous avons sélectionné cinq entreprises - trois matures et deux en croissance -, que nous commentons ici.L'américain Advanced Drainage Systems (ADS) est spécialisé dans les buses d'égout en plastique, la collecte des eaux usées et d'autres solutions de gestion. Il dessert une clientèle très diversifiée dans les secteurs résidentiel, non résidentiel et des travaux d'infrastructure. Il opère principalement aux Etats-Unis. Ses produits en plastique remplacent le béton et l'acier - le plastique offre plusieurs avantages en termes de développement durable, de longévité, de rapidité d'installation et de sécurité. Le chiffre d'affaires (CA) annuel d'ADS est passé de 1 à 2,5 milliards de dollars et son bénéfice opérationnel, de 40 à 400 millions de dollars, en huit ans.L'action a cédé 25% en novembre, après la publication de résultats conformes aux attentes, mais aussi d'une révision à la baisse des perspectives pour cette année. Le pôle résidentiel marque le pas. Reste que le cours a été trop sévèrement sanctionné au regard des perspectives que l'entreprise et les analystes entrevoient pour les années qui viennent. La croissance significative du CA, des bénéfices et des cash-flows enregistrée ces dernières années devrait se prolonger. Avec une trésorerie nette et des cash-flows disponibles qui lui permettent de continuer à financer sa croissance, ADS dispose en outre d'un excellent bilan.La finlandaise Uponor produit des tuyaux destinés à l'approvisionnement en eau et à l'évacuation des eaux usées, au chauffage par le sol et à d'autres solutions de plomberie pour le secteur de la construction, en Europe et en Amérique du Nord. Elle fabrique également des conduites destinées aux travaux d'infrastructure. Ses marges opérationnelles, son cash-flow disponible et le rendement des capitaux investis ont tellement augmenté ces dernières années qu'elle a mis la barre plus haut encore pour les deux années qui viennent. Malgré l'inflation galopante et la hausse des taux d'intérêt, Uponor a réussi à faire grimper au cours des trois premiers trimestres de 2022 son CA de 13% et son bénéfice opérationnel, de 7%, en glissement annuel.L'action décline toutefois depuis quelques mois, ce qui la rend intéressante. La direction annonce un 4e trimestre de 2022 et un début de 2023 difficiles encore. Le secteur de la construction souffrant de la hausse des taux d'intérêt, hypothécaires notamment, la faiblesse du cours pourrait durer un certain temps. Mais à ce prix, l'action vaut la peine d'être achetée, pour longtemps. D'autant qu'elle offre un rendement en dividende de 4% brut.L'allemand Norma Group, qui produit des raccords pour tuyaux, a subi le même genre de déconvenue l'an dernier - mais plus sérieusement encore, puisque son action a chuté de 47%, contre 21% pour celle d'Uponor. L'envolée des coûts a fait baisser en rythme annuel les marges opérationnelles et les cash-flows disponibles des trois premiers trimestres de 2022.Les difficultés du secteur de la construction pourraient peser un temps encore sur les marges de Norma, dont l'action se négocie actuellement à des niveaux historiquement bas. Elle peut donc être acquise. La direction a adopté un plan stratégique, dont les premiers résultats devraient être visibles dans le courant de 2023. A partir de là, le titre pourrait se redresser de manière structurelle.Cotée au Danemark depuis un an et demi seulement, la start-up Aquaporin mise sur une technologie de purification innovante, pour laquelle elle utilise des protéines naturelles présentes au niveau membranaire chez l'humain. Le pompage de l'eau à travers ces membranes n'ayant pas à se faire sous haute pression, la méthode est moins énergivore que bien d'autres. Elle peut être utilisée pour un usage domestique, dans l'industrie (alimentaire, notamment) et dans le secteur médical.Aquaporin fait ce qu'une jeune entreprise doit faire: croître, innover et commercialiser. Son CA est passé de 2,9 millions à 13 millions de couronnes au 1er semestre de 2022. Le CA du 3e trimestre est de 500% plus élevé que celui du 3e trimestre de 2021. Réagissant intelligemment aux tendances sociétales porteuses, Aquaporin commercialise en outre des produits qui intègrent sa technologie brevetée. Ainsi mettra-t-elle cette année sur le marché un module de purification domestique qui filtre les alkyls perfluorés et polyfluorés (les "PFAS") présents dans l'eau du robinet. Elle a des clients dans le monde entier, dont en Chine, en Turquie et en Europe.L'inconvénient d'être une start-up, c'est que l'on brûle du cash tout en étant encore loin d'avoir atteint une rentabilité structurelle. Plusieurs autres augmentations de capital devraient suivre mais jusqu'à présent, la stratégie est parfaitement exécutée. Le titre mérite à tout le moins d'être suivi par l'investisseur actif, qui doit certes faire preuve d'une tolérance au risque suffisante. La belge Ekopak a beau n'être qu'une start-up, elle réalise des bénéfices d'exploitation décents. Son produit phare est sa solution Water-as-a-Service (WaaS), qui place des conteneurs modulaires équipés de technologies et de solutions de traitement des eaux sur mesure (Ekopak installe aussi des stations d'épuration classiques). En 2021, WaaS représentait 6% du CA total, pour 16% au 1er semestre de 2022. A terme, l'entreprise espère qu'il assurera 50% de ses revenus. L'intérêt de l'approche WaaS réside dans ses marges bénéficiaires, qui peuvent atteindre 65%, sinon plus. Le fait qu'Ekopak soit propriétaire de ses installations alourdit son bilan.Le CA de WaaS a bondi de 336% et le CA consolidé, de 67%, entre le 1er semestre de 2021 et 2022. Ekopak devrait clore l'exercice 2022 sur un CA de 15-20 millions d'euros, qu'elle espère faire passer à 50 millions en 2026. Elle s'est étendue à la France et a multiplié ses effectifs par deux l'an dernier. Son grand chantier est la station Waterkracht, qu'elle va construire à Anvers. Waterkracht purifiera les eaux usées des ménages anversois pour en faire de l'eau utilisable par les entreprises chimiques du port d'Anvers. L'usine, dont Ekopak assurera la maintenance, sera versée dans une joint-venture créée avec la société de traitement des eaux Water-Link et la société d'investissement PMV. Le projet offre de belles perspectives de croissance, mais les investissements sont non négligeables. Pour l'investisseur à long terme conscient du risque. L'achat initial pourra être étoffé par la suite.