Tandis que les marchés boursiers fêtaient la victoire électorale de Donald Trump, la panique s'emparait des marchés obligataires. Au cours des quelques jours qui ont suivi la publication des résultats des élections, le Bank of America Merrill Lynch Global Broad Market Index a vu sa valeur amputée de plus de 1000milliards de dollars. En cause: le brutal rebond du taux américain _ la plus forte hausse depuis 2013, lorsque Ben Bernanke, alors président de la Fed, avait effrayé les marchés financiers en annonçant la fin du programme de rachat d'obligations (quantitative easing ou QE). Pour la première fois depuis janvier, le taux des obligations publiques américaines à 10ans (Treasuries) a franchi la barre des 2%. Il a entraîné dans son sillage celui des obligations publiques européennes. Or une hausse des taux se traduit par une baisse de cours des obligations.
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Tandis que les marchés boursiers fêtaient la victoire électorale de Donald Trump, la panique s'emparait des marchés obligataires. Au cours des quelques jours qui ont suivi la publication des résultats des élections, le Bank of America Merrill Lynch Global Broad Market Index a vu sa valeur amputée de plus de 1000milliards de dollars. En cause: le brutal rebond du taux américain _ la plus forte hausse depuis 2013, lorsque Ben Bernanke, alors président de la Fed, avait effrayé les marchés financiers en annonçant la fin du programme de rachat d'obligations (quantitative easing ou QE). Pour la première fois depuis janvier, le taux des obligations publiques américaines à 10ans (Treasuries) a franchi la barre des 2%. Il a entraîné dans son sillage celui des obligations publiques européennes. Or une hausse des taux se traduit par une baisse de cours des obligations. Un redressement des taux à long terme était inévitable avec la normalisation de la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed). L'élection de Trump a cependant accéléré le mouvement (et de manière complètement inattendue). Le président nouvellement élu a de grands projets pour l'Amérique, et c'est surtout son intention de réduire les impôts tout en injectant des centaines de milliards de dollars dans l'infrastructure obsolète du pays qui fait se cabrer les détenteurs d'obligations. Une telle politique va inévitablement creuser les déficits budgétaires et accroître la dette publique, ce qui entraînera une hausse de taux des Treasuries. De plus, le risque existe que cet ambitieux programme d'investissement provoque une surchauffe de l'économie américaine _ qui est en croissance depuis sept ans _, laquelle donnerait lieu à une flambée inflationniste. Le point mort de l'inflation sur les Treasuries à 10ans indexés sur l'inflation ou TIPS (pour mémoire, le point mort est le niveau d'inflation auquel ces TIPS rapportent autant que les Treasuries à 10ans ordinaires) a progressé à un peu moins de 2%, son plus haut niveau en deux ans. Une hausse significative de taux qui s'apparente à un coup de semonce pour inciter Trump à revoir ses projets. Exactement comme dans les années 1990, lorsque le président de l'époque, Bill Clinton, avait dû renoncer à son plan de baisse des impôts après que les investisseurs lui eurent signifié leur désapprobation par le biais d'une forte hausse de taux.La flambée des taux et la révision à la hausse des anticipations inflationnistes exercent une pression supplémentaire sur la Fed, qui relèvera en principe son taux directeur en décembre. Les investisseurs évaluent pour leur part désormais la probabilité d'un relèvement à près de 100%. De plus, il est de plus en plus probable que la Fed procède à plusieurs relèvements de taux l'an prochain. Certains proclament déjà la fin d'un marché haussier obligataire de plus de 30ans, et prévoient une "Big Rotation" des obligations vers les actions. Leur raisonnement: une accélération de la croissance et de l'inflation chasserait les investisseurs des marchés obligataires au profit des actions. La hausse se terminera naturellement un jour. Et avec Trump, il semble bien que ce moment arrivera plus vite qu'attendu. Ceci dit, la fin de la hausse a déjà été annoncée à plusieurs reprises ces dernières années... La peur est mauvaise conseillère. Inutile de tout vendre maintenant, sous l'effet de la panique. Les investisseurs ne doivent pas non plus se laisser endormir par les discours selon lesquels tout ira bien sous le président Trump. Une augmentation des déficits budgétaires, de l'inflation est des taux d'intérêt aux États-Unis _ qui contaminerait en partie aussi l'Europe _ est un risque à ne pas exclure. Pour vos dollars américains, évitez donc les longues échéances, de manière à ce que vous puissiez réagir le plus vite possible à une hausse des taux. Ou optez pour des Treasuries indexés sur l'inflation (TIPS).En cas de hausse plus rapide que prévu du taux américain, le taux sur les obligations publiques européennes suivra le mouvement. Les investisseurs vendront leurs obligations publiques européennes à plus faible rendement pour acheter des obligations publiques américaines plus lucratives, ce qui pèsera sur les cours des premières. En outre, le 4décembre, un référendum se tiendra en Italie sur une réforme de la constitution, et le Premier ministre Matteo Renzi a lié son destin politique à un "oui". Si la population vote "non" _ ce que laissent présager les sondages _, des élections seront organisées l'an prochain dans la botte, comme en France et en Allemagne. Et si les partis populistes, portés par la vague Trump, les remportaient, l'avenir de la zone euro serait à nouveau en jeu. Fuyez dès lors les obligations publiques des pays "périphériques", comme l'Italie, l'Espagne, le Portugal...