Apple, Amazon, Facebook, Google et Microsoft comptent parmi les entreprises les plus puissantes au monde. Mais les chinois Alibaba, Baidu, Tencent Holdings et Weibo, variante de Twitter, leur donnent de plus en plus de fil à retordre.
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Apple, Amazon, Facebook, Google et Microsoft comptent parmi les entreprises les plus puissantes au monde. Mais les chinois Alibaba, Baidu, Tencent Holdings et Weibo, variante de Twitter, leur donnent de plus en plus de fil à retordre.Apple vient d'être la première entreprise de l'histoire à franchir le cap des 1.000 milliards de dollars de capitalisation boursière (nombre d'actions x cours de Bourse). C'est un montant colossal. Or Amazon n'est qu'à quelques encablures de cet objectif. Alphabet, la maison-mère de Google, affiche une capitalisation boursière de 850 milliards de dollars, Microsoft, de 750 milliards. Toutes possèdent de surcroît un énorme trésor de guerre (il est question d'un montant cumulé de plus de 500 milliards de dollars), qui leur permet d'investir dans la recherche et développement mais aussi, histoire d'accélérer le mouvement, de racheter des concurrents ou des sociétés innovantes. Facebook l'a fait avec Instagram et Oculus, le fabricant de lunettes de réalité virtuelle; Google s'est offert YouTube et Waze, ainsi que le spécialiste de l'intelligence artificielle Deep Mind.Ces poids lourds sont quasi inébranlables en Occident. Mais le danger vient désormais d'Orient: les entreprises chinoises citées plus haut affichent une capitalisation boursière cumulée d'un millier de milliards de dollars, assortie d'une croissance foudroyante. Le dernier rapport trimestriel d'Alibaba (valeur boursière: 450 milliards de dollars) fait par exemple état d'une nouvelle progression de 61% du chiffre d'affaires du groupe. Il est donc légitime de se demander si l'on ne risque pas d'assister à la formation d'une bulle semblable à celle d'il y a vingt ans. Mais la situation est fondamentalement différente. Parmi les petites sociétés Internet qui se négociaient à l'époque à des montants absolument inimaginables, rares sont celles qui présentaient un bilan digne de ce nom - leur valeur boursière était exclusivement prévisionnelle. Apple a réalisé l'an dernier un bénéfice de 48 milliards de dollars; Alphabet, de 12 milliards; Facebook et Microsoft, de 16 milliards de dollars environ chacune: c'est autrement plus concret.Ces mastodontes n'oublient par ailleurs pas de se diversifier. Amazon fabrique les liseuses Kindle et les enceintes intelligentes Alexa, par exemple; il a même racheté, l'an dernier, la chaîne de supermarchés Whole Foods. Le modèle initial de plate-forme en ligne d'Alibaba fait place à une offre globale (en ligne et hors ligne) de biens et de services. Sans compter que l'entreprise n'est, depuis tout un temps, plus exclusivement centrée sur la Chine. Si Apple vit en grande partie du succès de l'iPhone, il propose désormais le deuxième service musical au monde. Il a d'ailleurs racheté fin août Shazam, célèbre application de reconnaissance musicale sur smartphone.Ces groupes semblent désormais voués à constituer le fondement stable de l'économie occidentale et orientale moderne. Qui plus est, leur potentiel de croissance demeure intact: ce qu'ils ne découvrent pas eux-mêmes, d'autres le font à leur place, qu'ils s'offriront ensuite pour ce qui est, à leur échelle, une bouchée de pain - songeons à l'intelligence artificielle, aux big data ou à la technologie cloud, autant de domaines dans lesquels ils sont d'ores et déjà extrêmement bien positionnés. Enfin, plusieurs de ces géants ont acquis des licences bancaires, qui leur permettront d'avoir sous peu un pied dans la place.Revenons-en au coeur d'activité. La plupart de ces sociétés tirent d'énormes revenus de la publicité virtuelle. Aujourd'hui, les ventes en ligne représentent quelque 10% du commerce de détail occidental - une part qui aura sans doute été multipliée par deux d'ici quelques années. Le milliard de consommateurs chinois devraient envahir le marché de l'e-commerce ces prochaines années. L'avenir sourit donc toujours à des CEO comme Jack Ma (Alibaba) et Ma Huateng (Tencent, la plus grande entreprise Internet au monde derrière Google, Amazon et eBay).Donald Trump est un facteur d'incertitude pour ces grands noms, qu'il a, pour diverses raisons, tendance à exécrer. Il accuse par ailleurs les Chinois d'imposer une concurrence déloyale aux produits américains, en appliquant des droits d'importation beaucoup trop élevés. Il a, par mesure de rétorsion, instauré de nouvelles taxes. Le secteur technologique n'a pour sa part aucun intérêt à ce que le conflit dégénère. C'est sans doute Apple qui pâtirait le plus d'une escalade: l'entreprise réalise 20% environ de son chiffre d'affaires en Chine, où les iPhone sont en outre assemblés par le taïwanais Foxconn. S'ils ralentissaient leurs livraisons ou boycottaient ses services, comme ils l'ont fait en 2016, les Chinois pourraient faire mal à l'entreprise à la pomme. Reste que les sociétés chinoises auraient elles aussi beaucoup à y perdre. Huawei achète les composants d'une grande partie de son hardware aux américaines Qualcomm et Intel. Le fabricant de smartphones et de télévisions Xiaomi serait tout aussi vulnérable. En revanche, les mesures américaines glissent sur Alibaba, Tencent, Weibo et Baidu, majoritairement centrés sur leur propre marché, lequel recèle toujours un potentiel suffisant. Ceci étant, les valorisations chinoises sont nettement inférieures aux américaines. Seul Apple affiche une valorisation raisonnable (ratio cash-flows opérationnels/valeur d'entreprise de 12), mais il présente à nos yeux un potentiel de croissance inférieur - en raison de son étroite dépendance à un seul produit, notamment.Les cours des géants orientaux ont souffert l'an dernier du repli généralisé des marchés d'actions chinois, qui craignaient une escalade du conflit commercial. Nous distinguons surtout des possibilités de redressement pour Alibaba, le pendant chinois d'Amazon. L'action s'échange à 31 fois le bénéfice annuel escompté. Cela peut sembler élevé mais pour une entreprise qui aligne de tels chiffres de croissance, ce n'est pas le cas. Alibaba est de surcroît nettement moins chère qu'Amazon, si l'on oppose valeur d'entreprise (EV) et cash-flows opérationnels (Ebitda - 22, contre 31). Après un sommet à 210 dollars, l'action est retombée à 175 dollars. Une limite d'achat opportuniste autour de 170 dollars, plancher que le titre a atteint à quatre reprises déjà ces douze derniers mois, pourrait être couronnée de succès.