Quiconque osait suggérer, il y a un an, que l'inflation allait perdurer et que nombre des facteurs de nature à la contrer avaient disparu, était pris pour un farfelu. Même les banques centrales, comme la Réserve fédérale (Fed) et la Banque centrale européenne, n'avaient pas saisi l'ampleur du phénomène. Mais à les entendre aujourd'hui, la fin du monde serait proche.
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Quiconque osait suggérer, il y a un an, que l'inflation allait perdurer et que nombre des facteurs de nature à la contrer avaient disparu, était pris pour un farfelu. Même les banques centrales, comme la Réserve fédérale (Fed) et la Banque centrale européenne, n'avaient pas saisi l'ampleur du phénomène. Mais à les entendre aujourd'hui, la fin du monde serait proche.Les investisseurs en obligations ont accusé au premier trimestre des pertes auxquelles ils n'étaient plus habitués depuis longtemps. Rappelons par ailleurs que les marchés des actions et des obligations ne sont plus nécessairement corrélés: avant que les banques centrales n'expérimentent leur stratégie d'assouplissement monétaire, les obligations se portaient généralement bien lorsque les actions marquaient le pas, et inversement. Or les fonds mixtes (mélange d'obligations et d'actions) souffrent eux aussi considérablement depuis le début de l'année.A l'automne 2020, époque où chacun était convaincu que la crise sanitaire allait peser sur la croissance pendant des années, les taux américains à 10 ans atteignaient 0,6% encore. Mais ils remontent depuis plusieurs semaines, pour flirter désormais avec les 2,8%. Cette hausse s'explique en partie par le passage, bien au-delà de la barre des 2,5%, des taux courts. Cela fait un certain temps que l'Europe - et même l'Allemagne - ne parle plus non plus de taux à 10 ans négatifs. Cette situation n'était-elle du reste pas totalement absurde, compte tenu notamment de l'état des finances publiques de la plupart des pays occidentaux ?Tout le monde ou presque part dès lors du principe que les taux vont continuer à remonter. En réalité, il est tout aussi probable que les taux longs baissent, voire chutent, dans le courant de l'année. Tout d'abord, parce que l'inflation pourrait bien avoir atteint un sommet: les prix sont principalement déterminés par les cours de l'énergie, dont il n'est pas exclu qu'ils aient culminé à leur niveau le plus élevé dès les premiers jours de l'invasion de l'Ukraine. Le prix de 140 dollars atteint par le baril de Brent au début du printemps est en fait aussi aberrant que le cours négatif en vigueur il y a deux ans, quand la pandémie a éclaté.En outre, la Fed pourrait décider de resserrer la vis et d'annoncer, lors de sa réunion de mai, une deuxième hausse des taux, dont l'ampleur pourrait atteindre pour la première fois depuis une éternité 50 points de base (0,50%). Selon nous, les investisseurs en obligations, en particulier, attendent depuis longtemps de l'institution qu'elle prenne l'inflation au sérieux et montre son intention de la maîtriser. Ce qui pourrait ramener le calme sur les marchés obligataires et provoquer, après des mois de nets rebonds, une baisse des taux (longs). Une bonne surprise, susceptible de rendre le deuxième semestre beaucoup plus intéressant pour les investisseurs en actions et en obligations.