Les croisières sont le segment du marché des vacances qui enregistre la plus forte croissance. Un peu moins de 30 millions de passagers auront été transportés cette année. Les 600.000 lits qui équipent les 440 navires sont régulièrement occupés et leur nombre va augmenter de 200.000 unités au moins d'ici cinq ans.
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Les croisières sont le segment du marché des vacances qui enregistre la plus forte croissance. Un peu moins de 30 millions de passagers auront été transportés cette année. Les 600.000 lits qui équipent les 440 navires sont régulièrement occupés et leur nombre va augmenter de 200.000 unités au moins d'ici cinq ans.Mais tout n'est pas rose pour autant. Les clients, de plus en plus sélectifs, exigent toujours davantage de luxe et de confort. Le secteur souffre en outre d'un problème d'image: il serait élitiste et, beaucoup plus grave, il pollue. Les armateurs font bien de s'atteler à trouver des solutions car le public, de plus en plus sensible à la question, abhorre ces bâtiments énormes, qui émettent des quantités insensées de CO2 - une véritable catastrophe environnementale. D'après la Fédération européenne pour le transport et l'environnement, les 47 bateaux de l'américain Carnival Cruise Lines, le numéro 1 mondial, émettent plus de 10 fois plus de vapeurs de soufre que les 260 millions de voitures qui constituent le parc automobile européen; à cela s'ajoute l'oxyde d'azote, qui aggrave le phénomène de l'effet de serre.Renouveler ou moderniser la flotte serait extrêmement onéreux. Or comment répercuter l'investissement sur les clients, quand les prix des billets ne cessent de baisser? Le secteur, en Europe, n'en est qu'à ses balbutiements. Les Américains, eux, sont particulièrement friands de ce type de vacances: l'on ne s'étonnera donc pas que les principaux armateurs viennent de là-bas. Leurs navires sillonnent les mers du monde entier, mais l'Europe est une de leurs destinations favorites. Barcelone, Rome, Venise et, depuis le succès de Game of Thrones, Dubrovnik, souffrent de l'affluence de ces villes flottantes. Plusieurs municipalités ont désormais limité le nombre d'accostages quotidiens. Le récent heurt d'un quai puis d'un bateau de touristes par le MSC Opera, à Venise, n'est pas fait pour redorer le blason du secteur.Un secteur dont MSC est un des grands noms. Il n'est pas coté en Bourse, mais il émet des obligations. Celle dont l'échéance est la plus éloignée (14 juillet 2023) porte un coupon de 3%; libellée en franc suisse, elle est disponible à 103,25% de sa valeur nominale, ce qui ramène le rendement à 1,60%. Norwegian Cruises, Carnival et Royal Caribbean sont cotés. Les meilleures performances sont à mettre au crédit de Royal: le titre a bondi d'un peu plus de 10% l'an passé, allant même jusqu'à doubler de valeur en cinq ans. Avec un chiffre d'affaires (CA) de quelque 12 milliards de dollars, Royal est environ deux fois plus important que Norwegian Cruise, mais moitié moins que Carnival. En termes de rapport cours/bénéfice, c'est Caribbean qui affiche la valorisation la plus élevée (près de 12, ce qui reste acceptable). Ce qui, au vu de ses performances boursières, n'a rien d'étonnant. Il réalisera cette année un bénéfice net de 2 milliards de dollars; il a bien l'intention de conserver sa première place, pour profiter de l'intérêt croissant que suscitent les croisières de luxe.Comme son nom ne l'indique pas, Caribbean Cruises est le fruit de la fusion de trois entreprises norvégiennes. C'est le seul armateur au monde à être propriétaire de deux îles (l'une au nord de Nassau, aux Bahamas, l'autre au large de la côte septentrionale d'Haïti), que ne fréquentent que ses navires. Caribbean suscite la controverse. A la fin des années 1990, le Sovereign of the Seas avait été surpris en train de déverser des huiles usées en pleine mer. Le cas n'était sans doute pas isolé - Carnival s'est lui aussi adonné à de telles pratiques. Chez Caribbean, un passager était tombé (tombé?) à la mer en 2005. En 2014, près de 700 personnes ont été malades simultanément sur l'Explorer of the Seas. Il y a quelques années, ce sont 680 passagers indisposés que Carnival avait recensés lors d'un seul voyage.Norwegian Cruise Line est le petit de la famille des armateurs cotés. Il exploite les marques Norse Cruise Line, Oceania Cruises et Regent Seven Seas Cruises. Il ne possède que 25 navires, pour quelque 55.000 lits, mais 11 nouveaux bateaux seront mis en service d'ici à 2027. Son parcours est exemplaire. Son bénéfice augmente progressivement, et régulièrement, depuis des années. En 2015, le bénéfice par action tournait autour de 3 dollars; il aura doublé en 2020. Le groupe a achevé le dernier exercice sur un CA de 6 milliards de dollars (7,2 milliards environ l'an prochain). Le bénéfice net avoisine 1,1 milliard de dollars, un chiffre qui se sera accru de 10% environ en 2020. La croissance est donc stable et raisonnable. L'action s'est appréciée d'un peu plus de 10% ces 12 derniers mois, et de près de 60% en cinq ans. L'investisseur que le secteur intéresse dispose là d'une excellente opportunité, mais l'armateur ne distribue pas de dividende.Carnival, en revanche, table pour cette année sur un rendement de 4,5%, moins grâce à ses résultats qu'à la chute, de près de 20%, du cours de son action ces 12 derniers mois. Le bénéfice est passé de 3.029 à 3.009 millions de dollars, toujours trois fois plus que celui de Norwegian en termes absolus. Mais il ne s'élève qu'à 4,34 dollars par action, contre près de 6 pour celui de Norwegian. Carnival vient d'émettre son deuxième avertissement sur bénéfice en trois mois. En cause: la baisse des prix des billets et l'interdiction américaine de voyager à Cuba. Les réservations en Europe et en Asie sont décevantes elles aussi, ce qu'échoue à compenser suffisamment l'augmentation des revenus aux Etats-Unis et en Australie. L'action a été lourdement sanctionnée. Comme les autres, Carnival se voit reprocher d'exploiter ses équipages, dont certains membres travailleraient pour moins d'un dollar l'heure. Le secteur s'est doté d'une déclaration relative au refus de l'esclavage. Carnival a beau être un géant, son action n'est pas aussi performante que les autres. Son CA s'établira autour de 21 milliards de dollars cette année. Le groupe possède plus de 100 navires qui opèrent sous 10 marques, dont Costa, P&O, Holland America Line et Seabourn, la plus exclusive. Le boycott de Cuba nuit très gravement à Costa Lines. Carnival emploie 120.000 personnes et transporte 11,5 millions de passagers par an. Comme les autres, il produit énormément de déchets et comme les autres, il s'efforce d'améliorer son image. Il a récemment annoncé, avec trois ans d'avance sur le calendrier établi en 2017, une réduction d'un quart des émissions de carbone de ses navires. Le premier bâtiment au gaz naturel liquéfié a été inauguré l'an dernier. Le groupe déploie également d'importants efforts pour réduire les déversements dans les océans, économiser l'énergie et épurer et recycler l'eau.Carnival a émis une obligation qui arrivera à échéance le 22 février 2021. Porteuse d'un coupon de 1,625%, elle coûte aujourd'hui 102,7% environ de sa valeur nominale et est disponible en coupures de 100.000 euros. Le groupe est noté BBB+ chez S&P, soit un investissement relativement sûr. Il génère des cash-flows considérables et ses actionnaires aiment qu'il procède régulièrement à des rachats d'actions propres (4,4 milliards de dollars ces trois dernières années).