Le premier week-end de mai marque le premier anniversaire de l'élection, à une large majorité, d'Emmanuel Macron à la présidence de la République française. Nous tenions là un prétexte tout trouvé pour nous pencher sur le CAC 40, l'indice boursier le plus suivi de l'Hexagone. Nous avons cherché à identifier les actions les plus rémunératrices des vingt dernières années.
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Le premier week-end de mai marque le premier anniversaire de l'élection, à une large majorité, d'Emmanuel Macron à la présidence de la République française. Nous tenions là un prétexte tout trouvé pour nous pencher sur le CAC 40, l'indice boursier le plus suivi de l'Hexagone. Nous avons cherché à identifier les actions les plus rémunératrices des vingt dernières années.L'idée n'était pas seulement de dresser la liste des rendements les plus élevés, mais aussi d'établir des classements à 5, 10, 15 et 20 ans et d'identifier les entreprises du CAC 40 qui ont le plus généreusement rétribué leurs actionnaires ces deux dernières décennies (hausse du cours + dividendes).Nous avons pour ce faire utilisé un système de points de pénalité. Par exemple, le groupe qui a enregistré le plus haut rendement sur cinq ans obtient un point, le deuxième, deux, etc. Nous avons répété l'exercice sur des durées de 10, 15 et 20 ans. Un nom se dégage, et de très loin: Safran. Malheureusement peu connu chez nous, Safran fait partie des leaders absolus de l'industrie aéronautique, spatiale et de la défense. Le groupe affiche de surcroît la meilleure performance de cours sur dix ans. Suivent Airbus et LVMH, qui nous sont beaucoup plus familiers. Avec le rendement le plus élevé sur dix ans et une place sur le podium à la fois à 15 et à 20 ans, Safran est l'action française de loin la plus performante du CAC 40 sur les deux dernières décennies. Acteur de premier plan dans l'industrie aéronautique, spatiale et de la défense, le groupe affiche aujourd'hui une valorisation boursière de 39 milliards d'euros (il fait également partie de l'indice Eurostoxx 50) et devrait enregistrer un chiffre d'affaires de plus de 19 milliards d'euros cette année. Il emploie 58.000 personnes dans le monde et a dépensé 1,4 milliard d'euros pour la recherche et développement l'an dernier. Avec parfois 850 nouveaux brevets accordés en un an, il figure depuis de nombreuses années dans le top 100 des entreprises les plus innovantes du monde, selon Thomson Reuters. C'est qu'il tient à conserver sa position de numéro 1 dans ses secteurs d'activité - nous nous limiterons à citer ici son leadership mondial dans les systèmes de câblage pour avions, les systèmes de freinage à l'atterrissage, les moteurs d'hélicoptères, les drones tactiques... autant de segments high-tech extrêmement rentables. Les cash-flows disponibles ont atteint l'an dernier 1,44 milliard d'euros (+32% par rapport à 2016), soit 8,7% du chiffre d'affaires, lequel s'établit à 16,5 milliards d'euros. L'intégration de son compatriote Zodiac Aerospace, dont l'acquisition est bouclée depuis février, constituera un défi pour Safran, qui devra non seulement digérer le prix de l'opération (3,6 milliards d'euros), mais aussi faire de cette entreprise déficitaire une enseigne rentable. Le groupe s'oriente par ailleurs de plus en plus vers l'industrie spatiale. Après avoir extraordinairement progressé plus tôt dans l'année, l'action stagne depuis l'automne. A 20 fois le bénéfice escompté pour 2018, 2 fois le chiffre d'affaires et 10,5 fois le rapport valeur d'entreprise (EV)/cash-flows opérationnels (Ebitda) attendus, la valorisation n'est pas extrêmement élevée. Mais compte tenu notamment du risque lié à l'intégration de Zodiac, mieux vaut ne pas se précipiter. Nous conseillons dès lors de conserver/attendre (rating: 2A). Les performances boursières d'Airbus prouvent qu'il y a plus d'argent à gagner en construisant des avions qu'en les exploitant - le titre Air France-KLM n'apparaît dans le top 10 des actions les plus performantes pour aucune des périodes examinées. La concurrence entre compagnies d'aviation est en effet acharnée. C'est beaucoup moins le cas dans le secteur de la construction d'appareils de ligne, que dominent Boeing, le leader, et Airbus, son excellent second. Tous deux brillent en Bourse depuis 10 ans, Airbus bien plus encore (27% de mieux) que son rival américain. La construction d'avions est un processus tellement long et complexe, qui exige tant de main-d'oeuvre et de capital, que l'on peut presque évoquer un oligopole naturel, qui n'est pas près d'être brisé. A cela s'ajoute le fait que le marché est en pleine croissance. Le nombre de passagers devrait augmenter de 4,4% l'an sur les 20 prochaines années, ce qui confirmerait du reste une tendance vieille de 30 ans, qui consiste à assister tous les 15 ans à une multiplication par deux du nombre de passagers. Airbus enregistre 1000 commandes environ par an depuis plusieurs années. En 2004, le groupe avait construit 320 appareils, contre 718 l'an dernier. Fin 2017, 7065 avions étaient en commande, ce qui représente, au rythme actuel, du travail pour 10 ans. Trente quatre mille nouveaux appareils devraient être commandés entre 2017 et 2036, essentiellement en Asie (40%). Airbus commercialise actuellement quatre modèles d'avion de ligne (A320, A330, A350 et A380), à quoi s'ajoutent des chasseurs (Eurofighter) et des hélicoptères. Il doit toutefois l'essentiel de son chiffre d'affaires à l'A320. Airbus, c'est - même si ses marges bénéficiaires pourraient augmenter davantage encore - l'histoire d'une croissance initiée il y a longtemps déjà. C'est aussi l'achat idéal en période de correction boursière généralisée, telle qu'elle pourrait bien survenir dans l'année. Après les excellents résultats enregistrés en début d'exercice, nous nous contenterons de conseiller de conserver/attendre (rating: 2A); la valorisation est en effet légèrement trop élevée par rapport à la moyenne des dernières années.Nous évoquions la semaine dernière le cas du géant du luxe français, propriété de Bernard Arnault, et ses résultats trimestriels impressionnants, qui mettent une fois de plus en évidence la position dominante du groupe - une position pour laquelle la Bourse est toujours prête à payer. Dans les pays émergents en général et en Chine en particulier, Louis Vuitton Moët Hennessy a bien compris ce désir de faire étalage de sa fortune en exhibant des produits de luxe. Dans ces régions, les Français, qui détiennent plusieurs dizaines de grandes marques, dominent le secteur et continuent d'enregistrer une croissance soutenue. Au cours actuel, l'action est cependant chère. Attendez donc un repli. Notre conseil: conserver/attendre (rating: 2A).