Pour l'investisseur, la prochaine décennie pourrait être très différente de celle qui vient de s'écouler. En termes obligataires, 40 ans d'augmentation nous paraissent avoir fait place à un marché baissier de long terme, assorti de taux d'intérêt en hausse progressive, dont l'étiage a très probablement été atteint pour plusieurs dizaines d'années.
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Pour l'investisseur, la prochaine décennie pourrait être très différente de celle qui vient de s'écouler. En termes obligataires, 40 ans d'augmentation nous paraissent avoir fait place à un marché baissier de long terme, assorti de taux d'intérêt en hausse progressive, dont l'étiage a très probablement été atteint pour plusieurs dizaines d'années.Aussi longtemps que l'augmentation des taux d'intérêt ne constituera pas une menace réelle et que la progression des résultats des entreprises continuera de soutenir les cours, les actions pourraient profiter de quelques années fastes encore. Mais là aussi, les préférences se sont inversées: alors que pendant 10 ans, la croissance l'a emporté sur la valeur (autrement dit, la technologie a fait mieux que les secteurs traditionnels), les choses ont selon nous radicalement changé et les cours des géants de la tech ne se démarquent plus par rapport à la moyenne. Wall Street n'est dès lors plus en tête du peloton, et l'Europe et les marchés émergents (en particulier) ont gagné du terrain. Les émergents profitent depuis plusieurs mois de la faiblesse du dollar, de la jeunesse et de la croissance régulière du pouvoir d'achat de leur population, de l'efficacité de la lutte contre la pandémie (en Asie) et de la hausse spectaculaire qu'affichent les matières premières (surtout extraites et produites dans les pays émergents). Nous constatons également un revirement impressionnant à l'échelon planétaire entre performances des small caps (petites capitalisations boursières) et des big caps (grandes capitalisations, qui servent souvent à la composition des principaux indices boursiers). Entre 2010 et 2020, l'indice Standard & Poor's 500 a affiché un rendement (évolution des cours + dividendes) de 189%, contre 104% pour le Russell 2000, l'indice phare des petites capitalisations à Wall Street. Ces 12 derniers mois en revanche, le Russell 2000 a nettement battu (+82%) le S&P 500 (+50%). Une comparaison du rendement de l'indice MSCI World avec celui du MSCI World Small Caps aboutit à une constatation similaire: entre 2010 et 2020, les petites valeurs sont restées dans l'ombre des grandes (+82% et +108% respectivement), ce qui ne s'est plus vérifié durant l'année écoulée (+74% et +51%). Même chose, enfin, pour le MSCI Emerging Markets et le MSCI Emerging Markets Small Caps. La situation est toutefois différente en Europe. Le MSCI Europe Small Caps a certes surclassé le MSCI Europe ces 12 derniers mois (+55%, contre +34%), mais le phénomène n'a rien de nouveau (+117% contre +68% entre 2010 et 2020). En Belgique aussi, les small caps font bien mieux que l'indice Bel 20. Epinglons à cet égard des valeurs comme Deceuninck et Greenyard, dont le cours a progressé de moitié depuis le début du mois de janvier. Loin d'être une flambée passagère, la tendance nous paraît structurelle et appelée à durer plusieurs années.