Les obligations américaines offrent un rendement plus attrayant que les obligations en euro. Ainsi les bons du Trésor à dix ans (obligations publiques américaines) proposent-ils un rendement de 2%, contre 0% au plus pour les obligations publiques en euro d'émetteurs de solvabilité comparable. Reste à savoir s'il est indiqué de profiter de ce différentiel de rendement pour investir aujourd'hui, ou s'il est préférable d'attendre une hausse des taux... Et qu'en est-il du cours du dollar, qui aura également un impact important sur le rendement final en euro?
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Les obligations américaines offrent un rendement plus attrayant que les obligations en euro. Ainsi les bons du Trésor à dix ans (obligations publiques américaines) proposent-ils un rendement de 2%, contre 0% au plus pour les obligations publiques en euro d'émetteurs de solvabilité comparable. Reste à savoir s'il est indiqué de profiter de ce différentiel de rendement pour investir aujourd'hui, ou s'il est préférable d'attendre une hausse des taux... Et qu'en est-il du cours du dollar, qui aura également un impact important sur le rendement final en euro?Pour ce qui concerne la hausse des taux, il est apparu clairement l'an dernier que la normalisation de la situation sera beaucoup plus lente que prévu. L'économie américaine est en phase de reprise depuis huit ans, mais les taux ont à peine augmenté. Cette année ne devrait être marquée que par un seul relèvement des taux directeurs, alors qu'on en attendait quatre. La Réserve fédérale (Fed) ne devrait pas se hâter beaucoup plus l'an prochain, et peut-être faudra-t-il des années avant de retrouver un niveau de taux "normal". La courbe des taux restera encore longtemps plane, ce qui signifie que le rendement des obligations publiques à longue échéance ne sera pas beaucoup plus élevé que celui des titres à plus courte échéance.De plus, les taux ne retrouveront pas leurs niveaux d'avant la crise financière. En cause: une croissance économique - un indicateur important pour le niveau des taux - structurellement plus faible qu'auparavant. On s'attend à ce que l'économie américaine enregistre une croissance inférieure à 2% cette année, loin des 4% qui étaient la norme dans cette phase de la reprise. Cette croissance lente s'explique par le vieillissement de la population (même aux États-Unis), par une croissance de la productivité inférieure à la moyenne et un taux d'endettement élevé. En outre, l'excédent d'épargne mondiale, le besoin croissant de revenus fixes des pensionnés (et leur plus grand appétit pour les obligations publiques), la répression et la régulation financières, et la baisse de l'inflation pèsent également sur le rendement des obligations publiques américaines. La banque d'affaires JPMorgan prévoit par exemple qu'il faudra quatre ans au taux sur les liquidités pour se normaliser à 2,25%. Le taux des obligations publiques à dix ans aura besoin de cinq ans pour retrouver un niveau "normal" de 3,5%. L'argent restera donc "bon marché" beaucoup plus longtemps que prévu. Le rendement des titres mêmes n'est toutefois pas la seule préoccupation des investisseurs belges en obligations en dollar: le cours de change euro/dollar est au moins aussi important à leurs yeux. Une baisse du billet vert face à la monnaie unique est en effet à même d'anéantir complètement le surcroît de rendement qu'offre un coupon plus élevé sur une obligation en dollar (par rapport aux obligations en euro).Le dollar a connu sa plus forte appréciation il y a deux ans, lorsque la monnaie a gagné quelque 30% face à l'euro entre début mai 2014 et début mars 2015. À cette époque en effet, la croissance américaine était solide, le programme d'assouplissement qualitatif touchait à sa fin, un relèvement des taux américains était attendu, l'économie de la zone euro stagnait et la Grèce inquiétait. Depuis, sa valeur n'a cessé d'évoluer autour de 1,10dollar par euro. La hausse du dollar par rapport à l'euro de fin 2014 - début 2015 était clairement excessive. Certains investisseurs spéculaient même sur une parité à court terme entre les deux monnaies. La croissance plus faible que prévu aux États-Unis, la reprise économique de la zone euro, la sortie de la Grèce de sa tragédie et l'inertie de la Fed ont cependant eu raison de ces anticipations. Compte tenu de l'excédent commercial des pays membres de l'euro (par rapport au déficit commercial américain) et de la plus faible inflation dans la zone euro, d'aucuns estiment que le dollar est actuellement survalorisé par rapport à l'euro. Mais à présent qu'une incertitude politique (Brexit, élections en France et en Allemagne) s'est substituée à l'incertitude économique et que la Banque centrale européenne s'est engagée dans une fuite en avant dans sa politique d'argent gratuit, l'euro devrait se négocier encore longtemps sous sa juste valeur vis-à-vis du dollar (estimée à 1,3dollar par euro). Et puis il y a le facteur Trump. À un moment, l'élection de Donald Trump a semblé mettre en péril le relèvement des taux de décembre prochain et a entraîné une forte baisse du dollar face à l'euro. Pendant sa campagne, le candidat a affirmé haut et fort que, président, il ne confierait pas un deuxième mandat à la présidence de la Fed à Janet Yellen. Le ton conciliant de son discours de victoire a toutefois dissipé les doutes quant au relèvement des taux, ce qui a permis au dollar de rattraper rapidement le terrain perdu. Au cours des mois à venir, les marchés seront surtout attentifs aux projets économiques du président entrant. Baisse des impôts, dérégulation et investissements dans l'infrastructure pourraient relancer la croissance et raffermir le dollar. L'augmentation des déficits publics (et peut-être de l'inflation) qui en résulterait entraînerait une hausse des taux sur les obligations publiques. Les ambitions protectionnistes de Trump pourraient en revanche plonger le pays dans la récession. De notre point de vue, vous pouvez profiter de l'écart de taux non négligeable en faveur des obligations en dollar, mais préférez les obligations d'entreprises à relativement courte échéance. Évitez les bons du Trésor à longue échéance (dix ans ou plus) qui, aux cours actuels, entraîneront inévitablement des pertes importantes sur les cours en cas de normalisation des taux. Certaines entreprises sortiront gagnantes d'une présidence Trump _ si l'on se fonde sur ses intentions _, d'autres en pâtiront. Ses projets en matière de défense favoriseront les entreprises du secteur comme Lockheed Martin, Northrop Grumman et Raytheon. Les mines de charbon et les compagnies pétrolières et gazières bénéficieront de la préférence affichée par Trump pour ces sources d'énergie. L'industrie pharmaceutique attend avec impatience la fin des contrôles tarifaires démocrates à présent que les Républicains ont conquis à la fois la Maison-Blanche et le Congrès, alors que les projets protectionnistes de Donald Trump font saliver les entreprises sidérurgiques américaines. Les perdants potentiels sont le secteur de l'énergie renouvelable, les exploitants d'hôpitaux (si Trump abroge ou amende Obamacare) et les entreprises qui réalisent une grande part de leur chiffre d'affaires en dehors des États-Unis.