Les sondages étaient clairs: Joe Biden remporterait haut la main le Bureau ovale. Mais on a vu, il y a quatre ans, à quel point Donald Trump est un adversaire coriace, ce qu'il est à l'évidence demeuré. Par ailleurs, alors que Washington baignait dans le chaos, Wall Street, elle, gardait le sourire. Il est vrai qu'avoir le démocrate (modéré) Joe Biden à la Maison-Blanche et un Sénat (de justesse) dominé par les républicains permettrait de garder sous contrôle l'aile gauche du camp "bleu" (Bernie Sanders, Elisabeth Warren...), voire de la paralyser. D'où les performances des ...

Les sondages étaient clairs: Joe Biden remporterait haut la main le Bureau ovale. Mais on a vu, il y a quatre ans, à quel point Donald Trump est un adversaire coriace, ce qu'il est à l'évidence demeuré. Par ailleurs, alors que Washington baignait dans le chaos, Wall Street, elle, gardait le sourire. Il est vrai qu'avoir le démocrate (modéré) Joe Biden à la Maison-Blanche et un Sénat (de justesse) dominé par les républicains permettrait de garder sous contrôle l'aile gauche du camp "bleu" (Bernie Sanders, Elisabeth Warren...), voire de la paralyser. D'où les performances des Big Tech (moins de craintes que les positions dominantes soient mises en cause) et des Big Pharma (moins d'inquiétudes à propos des prix des médicaments). Dans une perspective historique, cette réaction initiale n'est de toute façon pas un indicateur fiable des résultats des marchés au cours des années qui viennent. Il suffit pour s'en convaincre d'observer l'évolution des Bourses en 2008 et en 2012: alors que la première investiture de Barack Obama avait été plutôt mal accueillie (le Standard & Poor's 500 avait plongé de 5%, faisant partir en fumée quelque 2.000 milliards de dollars de capitalisation boursière à l'échelon mondial), Wall Street avait un an plus tard grimpé de 12%. Le même scénario s'est produit en 2012, à l'issue du scrutin suivant (-3,6%, puis +26%). Et que dire de la réaction à l'improbable victoire de Donald Trump contre Hillary Clinton en 2016? A la grogne des premières heures avait succédé un redressement rapide et très net de la confiance. En 2017, l'annonce de la réduction de l'impôt des sociétés avait carrément fait s'envoler les marchés. Autrement dit, quelle qu'elle soit, la réaction à l'issue d'une élection n'a quasi aucune valeur prédictive.Lors des 23 élections présidentielles organisées depuis 1928, l'indice S&P 500 a reculé 16 fois, de 1,8% en moyenne, à l'annonce des résultats. Dans 10 de ces cas, il avait (sensiblement) remonté 12 mois plus tard. Les investisseurs réagissent donc impulsivement, en surestimant généralement l'influence du gagnant sur les marchés et l'économie. Une influence plus réduite encore aujourd'hui, étant donné le rôle crucial joué par les banques centrales, comme nous l'avons expliqué la semaine dernière.La seule chose qui soit à peu près sûre, c'est que les élections et les référendums rendent les marchés plus volatils. Chaque fois que les Américains sont appelés à élire un nouveau président, le mois de novembre se caractérise par une volatilité de 22% plus élevée que d'habitude. Précisons enfin que depuis 1928, les Bourses, pendant les mandats démocrates, ont progressé de 27,7%, contre 27,3% sous les présidences républicaines. Bref, quelle que soit sa couleur, l'occupant du Bureau ovale ne change pas fondamentalement la donne pour l'investisseur.