En d'autres termes : ces banques centrales doivent-elles se baser sur les chiffres macroéconomiques ou se laisser guider par les Bourses ? Car les deux évoluent actuellement de façon contradictoire. Si l'on prend les statistiques économiques américaines, la conjoncture semble florissante. Le chômage se trouve à l'un de ses plus bas niveaux historiques, les salaires progressent légèrement et la croissance s'accélère. Sur ces constats, on se dit qu'il est temps de mettre un terme à la politique laxiste du moment. Et pourtant. Quand on analyse les chiffres, on observe que la croissance provient principalement de stockages et de revalorisations. Les salaires ne sont pas plus élevés qu'il y a 40 ans. Les secteurs de l'industrie et de l'agriculture n'embauchent toujours pas. Seuls les secteurs des services et d'assistance sociale engagent. Or ces secteurs tertiaires ne créent pas de richesses nouvelles, ils se contentent de redistribuer la richesse existante.
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En d'autres termes : ces banques centrales doivent-elles se baser sur les chiffres macroéconomiques ou se laisser guider par les Bourses ? Car les deux évoluent actuellement de façon contradictoire. Si l'on prend les statistiques économiques américaines, la conjoncture semble florissante. Le chômage se trouve à l'un de ses plus bas niveaux historiques, les salaires progressent légèrement et la croissance s'accélère. Sur ces constats, on se dit qu'il est temps de mettre un terme à la politique laxiste du moment. Et pourtant. Quand on analyse les chiffres, on observe que la croissance provient principalement de stockages et de revalorisations. Les salaires ne sont pas plus élevés qu'il y a 40 ans. Les secteurs de l'industrie et de l'agriculture n'embauchent toujours pas. Seuls les secteurs des services et d'assistance sociale engagent. Or ces secteurs tertiaires ne créent pas de richesses nouvelles, ils se contentent de redistribuer la richesse existante.Sur la base de ces chiffres et pour autant que la Banque centrale américaine (Fed) soit persuadée de leur durabilité, il est probable que la Fed relèvera ses taux directeurs dès ce 17 septembre. Une décision qui affectera certes les marchés. Un relèvement, aussi faible soit-il, poussera le dollar (USD) vers le haut, tandis que les Bourses s'effriteront. La hausse du billet vert, vu son statut international, influencera d'autres devises, surtout celles des pays émergents. Le prix des matières premières sera à son tour sous tension. Ce qui affectera la position des multinationales qui agissent principalement en USD.Bulles spéculativesQuelle que soit la décision de la Fed, les marchés réagiront avec violence. Depuis le début de la crise en 2007, les banques ne remplissent plus leur fonction économique. Par crainte de risques supplémentaires, elles refusent de transférer l'argent reçu des banques centrales vers l'économie réelle. Elles préfèrent utiliser les sommes à leur convenance, manipulant les prix de tout ce qui se négocie sur un marché. Elles créent ainsi de nouvelles bulles spéculatives. On n'a jamais dénombré autant de nouveaux produits spéculatifs qu'aujourd'hui. Le pire, c'est que ces banques ne les maîtrisent pas, comme les péripéties de ces deux dernières semaines le démontrent. Si un dérapage survient et si les filets de sauvetage en place ne remplissent pas leur tâche, la crise qui surviendra alors sera nettement plus dévastatrice que ce que nous avons connu jusqu'à présent.La zone euro connaît des problèmes similaires. La Banque centrale européenne (BCE) n'a d'autre option que de poursuivre son assouplissement monétaire, voire l'élargir. Cette politique n'a toujours pas donné de résultats convaincants. La reprise reste absente et toutes les prévisions sont revues à la baisse. Et ici non plus, le secteur bancaire ne remplit pas son rôle de transmission. La politique monétaire menée en zone euro crée elle aussi de nouvelles bulles spéculatives et favorise les manipulations des prix.En poursuivant sur cette voie, les banques centrales alimentent indirectement la guerre des devises. Un pays réagira par prévoyance, tandis qu'un autre ne tolérera pas de subir un désavantage concurrentiel. La faiblesse des taux d'intérêt engendre une spéculation via le carry trade. La volatilité sur les marchés augmente, ce qui réduit la marge de manoeuvre des banques centrales. En fait, leur situation est sans issue.Recul de l'euroDans ce contexte, il est normal que les marchés aient réagi en sens dispersé. Sur celui des changes, les cotations ont oscillé durant toute la semaine. L'euro (EUR) qui servait de pendant durant les deux semaines écoulées, a cédé tous ses gains vendredi passé face à une majorité de monnaies. L'USD s'est raffermi de 1,2%. Le yen (JPY), qui assume maintenant le rôle que remplissait l'EUR, a progressé de 2,5%. Les devises liées aux matières premières ont offert une image mitigée. Celles qui ne sont pas assaillies par des mouvements spéculatifs, se sont redressées. Il en allait ainsi du peso (MXN) qui a gagné 1,6%, du dollar canadien (CAD), qui s'est raffermi de 1,5%, de la couronne norvégienne (NOK) qui a progressé de 1,3% et du rouble (RUB) qui a gagné 0,5%. Parmi les perdantes, on trouve le dollar australien (AUD) cédant 1%, le rand (ZAR) fléchissant de 1,7% et le real (BRL) perdant 4,5%. La lire turque (TRY) reste chahutée et a cédé 0,75%.Emprunts souverainsD'importants glissements affectent toujours le marché des capitaux. Les porteurs obligataires ne se font manifestement pas trop de bile pour ce qui concerne l'évolution des taux d'intérêt, contrairement aux autres investisseurs. Les titres pourris ont repris du poil de la bête la semaine dernière. Mais le redressement le plus spectaculaire était sans conteste celui des emprunts souverains à très long terme. A croire que plus personne ne craint le retour de l'inflation et que tout le monde reste persuadé du danger de la déflation. La tendance générale s'est légèrement améliorée, on comptait un peu plus de valeurs à la hausse qu'inversement. Les échelles des taux d'intérêt ont glissé vers le bas, la branche à long terme menant la danse.Emissions pour tous les goûtsLes vacances estivales sont bel et bien révolues. Les nouvelles émissions se succèdent frénétiquement et chacun trouvera des titres à son goût. Les banques occupent toujours les avant-postes, lançant des émissions d'envergure. Elles sont rarement intéressantes pour les petits porteurs. KBC (A) et BNP Paribas Fortis (A) émettent des emprunts spéculatifs qu'on ne peut raisonnablement recommander. Celui de la KBC en USD et celui de la BNP en AUD paient un coupon fixe les trois premières années de respectivement 3% et 3,8%, ce dernier étant semestriel. Ensuite il correspondra à trois fois la différence du taux swap à 10 et 2 ans pour les deux devises concernées, avec un minimum de 1% pour KBC et 0% pour BNP. Le taux maximum est de 4,5% pour les deux émissions. Quant à l'émission en NOK de BNP, elle est subordonnée.SATO (sans notation), la société immobilière finlandaise, offre plus de 2% de plus que la moyenne du marché. L'émission est assortie d'une clause spens permettant le remboursement de l'emprunt à tout moment à un prix garantissant un rendement de 0,35% supérieur à celui du Bund allemand. L'émission de Kerry Group (Baa2), le groupe alimentaire irlandais, est également assortie d'une telle clause. Le surrendement par rapport au Bund est de 0,25%. L'émission est bien accueillie et s'échange déjà à 101% sur le marché gris. Heineken (BBB+), le brasseur hollandais, est aussi assorti d'une telle clause garantissant un surrendement de 0,16% par rapport au Bund. Suez Environnement (A3) porte un dernier coupon court. Le coupon annuel est réglé le 10 septembre de chaque année, sauf le dernier qui le sera le 10 juin 2025. Le groupe hôtelier français Accor (BBB-) rencontre aussi le succès auprès des investisseurs et se négocie au-dessus de 101% sur le marché gris. Toutes ces émissions s'adressent aux plus fortunés d'entre nous.