On le savait, mais la Réserve fédérale américaine l'a formellement annoncé cet été: les banquiers centraux veulent davantage d'inflation. L'objectif d'une augmentation moyenne de 2% des prix, très souvent loupé, en particulier en Europe, au cours de la décennie écoulée, peut être dépassé. Ces 2% se muent en une moyenne de long terme qui, puisqu'elle a rarement été atteinte ces dernières années, pourrait être franchie sans que les banques centrales ne relèvent leurs taux directeurs.
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On le savait, mais la Réserve fédérale américaine l'a formellement annoncé cet été: les banquiers centraux veulent davantage d'inflation. L'objectif d'une augmentation moyenne de 2% des prix, très souvent loupé, en particulier en Europe, au cours de la décennie écoulée, peut être dépassé. Ces 2% se muent en une moyenne de long terme qui, puisqu'elle a rarement été atteinte ces dernières années, pourrait être franchie sans que les banques centrales ne relèvent leurs taux directeurs.Cela fait un certain temps déjà que les banques centrales tentent de combiner taux d'intérêt bas et hausse de l'inflation pour alléger "proprement" la gigantesque dette mondiale. Trois grandes tendances brident toutefois l'inflation. La première est le vieillissement de la population planétaire, un problème de plus en plus aigu en Europe et au Japon surtout. Après avoir atteint un sommet dans la zone des 45 à 50 ans, la consommation moyenne diminue, au détriment de la demande de biens et de services. La deuxième est la surcapacité mondiale dans de nombreux secteurs de base, comme l'acier - la politique accommodante des banques centrales contribue à la survie des entreprises. La troisième est la migration mondiale: davantage de gens briguent les mêmes emplois et en cas de pénurie, le recours aux travailleurs étrangers limite l'inflation salariale.La lutte contre ces trois mégatendances a jusqu'ici été perdue. Une de ses composantes essentielles est le soutien "indirect" (rachat d'obligations auprès d'institutions financières), par les banques centrales, de l'économie, pour tenter de créer de l'inflation. L'expérience en cours depuis 10 ans montre que ces mesures ont bel et bien engendré de l'inflation "quelque part"... c'est-à-dire sur les marchés financiers. Voire, plus largement, parmi les actifs financiers - actions et obligations ne sont en effet pas les seules à afficher des prix élevés à très élevés: l'immobilier, l'art, les ancêtres, etc., sont aujourd'hui tout aussi chèrement valorisés.Savoir que la politique monétaire extrêmement souple sera maintenue longtemps encore, même quand l'économie redémarrera, même quand l'inflation repartira à la hausse, encourage en définitive à épargner moins et à investir davantage. Alors que l'inflation grignote l'épargne, les investissements en actions pourraient bien, eux, se révéler extrêmement rémunérateurs ces prochaines années. A condition de franchir d'abord le cap difficile de l'élection présidentielle américaine, de maîtriser la crise sanitaire et d'éviter les dérapages géopolitiques. Les tentatives de créer de l'inflation dans le monde réel généreront d'abord davantage d'inflation encore dans l'univers financier. Nous restons donc convaincus qu'au ralentissement actuel succéderont, dès 2021, de belles années sur les marchés boursiers. Ce n'est que par la suite que l'ascension séculaire enclenchée en 2009 prendra fin.