Les nombreuses acquisitions de ces dernières années dans le secteur brassicole ne sont pas étrangères à l'embellie actuelle. Les brasseurs resteront néanmoins attentifs aux coûts, et pour certains cela passera par de nouvelles mesures d'économies. Le marché continuera lui à s'intéresser à leur croissance organique, abstraction faite, donc, des acquisitions et des investissements.
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Les nombreuses acquisitions de ces dernières années dans le secteur brassicole ne sont pas étrangères à l'embellie actuelle. Les brasseurs resteront néanmoins attentifs aux coûts, et pour certains cela passera par de nouvelles mesures d'économies. Le marché continuera lui à s'intéresser à leur croissance organique, abstraction faite, donc, des acquisitions et des investissements. L'acquisition de SABMiller par AB InBev a réveillé la concurrence. Leurs rivaux européens tels Heineken et Carlsberg ont fait plus que passer à la vitesse supérieure. Et ce n'est pas fini. Les brasseurs lorgnent surtout vers l'Asie. À juste titre. La consommation de bière est encore très faible dans de nombreux pays asiatiques, et le potentiel de croissance y est donc considérable. De plus, de nombreux pays, comme le Vietnam, sont ouverts aux investisseurs étrangers. En revanche, dans nombre de pays occidentaux la consommation de bière accuse un léger repli, même si les consommateurs semblent disposés à payer des prix plus élevés, surtout pour des bières de luxe. D'autres pays tiennent énormément à leurs propres saveurs et placent l'accent sur les bières locales. Dans cette optique, SABMiller, spécialiste des bières locales, et AB InBev se complètent à merveille. En acquérant SABMiller, AB InBev est également devenu l'acteur dominant en Afrique. En Asie, le brasseur belgo-brésilien arrive en deuxième position derrière China Resources Beer. Dans la mesure où la croissance proviendra avant tout des pays émergents en Asie, en Amérique latine et en Afrique, AB InBev est mieux placé que jamais pour se développer dans ces régions au cours des années à venir. Parmi les marques que le groupe produit, citons notamment Budweiser, Corona, Stella Artois, Beck's, Leffe, Hoegaarden et des champions locaux comme Bud Light, Skol, Brahma, Sibirskaya Korona, Chernigivske ou Cass, ainsi que, bien entendu, notre Jupiler.On notera que la croissance organique d'AB InBev s'est établie à 3,7% au cours des trois premiers mois de l'année, alors que les analystes avaient prévu en moyenne 2,8%. Ce, en dépit des difficultés persistantes sur son " marché domestique ", le Brésil. Sur l'ensemble de l'année, les analystes tablent sur un bond du chiffre d'affaires de 45,5 à 56,9milliards d'euros, ou une hausse de 25%. Mais ce qui compte surtout, outre la croissance organique, c'est que la rentabilité s'améliore. Car AB InBev avait déçu sur ce plan à l'exercice passé. La marge d'EBITDA (cash-flow opérationnel/chiffre d'affaires) avait baissé à 36,7%, contre encore 38,5% en 2015. La rentabilité s'est toutefois redressée au premier trimestre écoulé. L'EBITDA a gagné 5,8%, de sorte que la marge a progressé de 36,8% au premier trimestre 2016 à 37,2% au terme des trois premiers mois de cette année. Les analystes attendent en moyenne une amélioration de la marge à 38,4% pour l'ensemble de l'exercice. À proximité du niveau de 2015, en définitive. À cet égard, l'objectif de réduction des coûts d'un peu moins de 3 milliards de dollars qu'a annoncé la direction n'est pas à négliger. La tâche ne sera d'ailleurs pas aisée. Le CEO brésilien CarlosBrito et son équipe sont certes connus pour leur capacité à procéder à des économies agressives et à accroître la rentabilité. Mais ces exercices n'ont pas tous été couronnés de succès ces dernières années. L'an dernier, les dirigeants du groupe ont manqué une série de bonus faute d'avoir atteint certains objectifs. Ils veilleront assurément à ne pas reproduire ce scénario. L'année 2016 s'étant révélée décevante s'agissant des bénéfices, l'action avait sous-performé la moyenne du secteur. La réaction aux premiers résultats trimestriels a été positive cette année. Heineken est le deuxième brasseur mondial. Le groupe a d'abord semblé ne pas prendre toute la mesure de la vague de consolidation qui a déferlé sur le secteur. Elle a ainsi laissé plusieurs proies à ses concurrents. Mais le brasseur néerlandais a très rapidement rattrapé son retard en procédant à une série d'acquisitions _ Scottish&Newcastle, FEMSA Cerveza, Asia Pacific Breweries. Heineken et Amstel sont les marques de bière les plus connues. Avec un chiffre d'affaires annuel attendu de 21,8 milliards d'euros, le groupe est nettement plus petit qu'AB InBev. Les Néerlandais sont également à la traîne en matière de marge d'EBITDA (24,3% contre 36,7%). Mais Heineken ne s'avoue pas vaincu pour autant, même au pays d'AB InBev par excellence, le Brésil. Le groupe néerlandais a en effet trouvé un accord avec Kirin Holdings Company pour l'acquisition de Brasil Kirin Holding. Il deviendra ainsi le principal concurrent d'AB InBev sur le très lucratif marché brésilien. Si la Heineken n'est pas la bière préférée des amateurs de houblon en Belgique, elle est toujours la marque la plus vendue au monde. Et c'est en Europe que le brasseur réalise la moitié de son chiffre d'affaires alors qu'il est actif dans 190 pays. C'est donc ailleurs que son expansion doit se faire.Plus que les autres brasseurs, Heineken mise sur de nouveaux produits pour répondre à l'évolution des habitudes de consommation. Il a notamment développé les Strongbow Apple Ciders, à base de jus de pomme agrémenté de miel, de groseilles rouges ou de fleurs de sureau. Les cidres, Radlers et autres boissons à base de malt suscitent un intérêt grandissant. Les bières peu ou non alcoolisées sont aussi de plus en plus appréciées, des jeunes consommateurs essentiellement. Les investisseurs ont repris confiance en Heineken ces dernières années, et l'action a rapidement retrouvé son niveau record de fin 2015. L'évolution de l'action Carlsberg présente de nombreuses similitudes avec celle de Heineken. Elle a également été soutenue par des résultats favorables au premier trimestre. Le chiffre d'affaires ajusté a progressé de 4% alors que les analystes avaient tablé en moyenne sur un gain de 2,8%. Il y a quelques mois, après l'annonce d'une baisse du chiffre d'affaires et du bénéfice, l'action avait traversé un creux. Mais les perspectives se sont nettement améliorées, a confirmé le directeur du groupe danois Cees 't Hart.Plusieurs désinvestissements ont entraîné un recul du chiffre d'affaires de 65,3 à 62,6 milliards de couronnes danoises (DKK) l'an dernier. La marge d'EBITDA du brasseur a cependant progressé de 19,5 à 20,2% - loin de celle d'AB InBev. Cette année, le chiffre d'affaires devrait se redresser à 65,1 milliards de couronnes, et des réductions de coûts devraient porter la marge d'EBITDA à 20,5%.Pour sa croissance, Carlsberg a concentré ses efforts sur l'Europe de l'Est, y compris la Russie, sans pour autant négliger l'Asie. L'Asie a d'ailleurs dépassé l'Europe de l'Est (où les ventes sont en baisse) en termes de chiffre d'affaires, même si la Russie demeure le premier débouché pour la Carlsberg. Les amateurs de bière russes raffolent des bouteilles PET d'un litre et demi de Carlsberg. Et ce sont précisément ces bouteilles que le gouvernement a interdites à partir du 1er janvier. Le groupe craint ainsi un recul du chiffre d'affaires de 4 à 5% cette année dans le pays. Mais le brasseur envisage de mettre sur le marché russe des bouteilles de 1,4 litre, et espère que le gouvernement de Poutine s'en satisfera et n'annoncera pas de nouvelles mesures anti-bière au moins jusqu'à la Coupe du monde de football de 2018.