En dépit de l'abondance de moyens monétaires qui résulte de l'assouplissement décidé par les banques centrales afin de financer leur secteur bancaire, les cotations n'ont jamais autant oscillé que maintenant. Le moindre prétexte suffit pour les faire changer de direction. La masse de produits dérivés et structurés amplifie le mouvement et les marchés sont désorientés. On a pu constater ce phénomène la semaine passée. Dès que les négociateurs avaient trouvé un accord avec l'Iran, le prix des matières premières a chuté, entraînant bon nombre de devises dans leur sillage ainsi que les marchés financiers.
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En dépit de l'abondance de moyens monétaires qui résulte de l'assouplissement décidé par les banques centrales afin de financer leur secteur bancaire, les cotations n'ont jamais autant oscillé que maintenant. Le moindre prétexte suffit pour les faire changer de direction. La masse de produits dérivés et structurés amplifie le mouvement et les marchés sont désorientés. On a pu constater ce phénomène la semaine passée. Dès que les négociateurs avaient trouvé un accord avec l'Iran, le prix des matières premières a chuté, entraînant bon nombre de devises dans leur sillage ainsi que les marchés financiers.Baisse du roubleLes économies occidentales chancelantes et le ralentissement conjoncturel en Chine ont ensuite bouleversé la plupart des marchés. Certains pays ont profité de cette aubaine pour renforcer leur position concurrentielle. C'était le cas, par exemple, de la Russie. Dès que le prix du baril s'est effondré, la banque centrale russe a stoppé toute intervention sur le marché des changes, laissant filer le rouble (RUB). Ce dernier s'est naturellement effrité, perdant en une semaine 4,4% par rapport à l'euro (EUR), soit le double de la baisse du prix du baril. Aujourd'hui, les exportations de pétrole et de gaz russes exprimées en USD rapporteront davantage au pays.Baisse du billet vertLe marché des changes peine toutefois à encaisser ces mouvements intempestifs. L'USD qui s'était passablement redressé dans ces circonstances, a cédé tous ses gains suite à la déconvenue économique diffusée vendredi dernier. La présidente de la Banque centrale américaine (Fed), Janet Yellen, avait indiqué qu'elle relèverait les taux directeurs dès que la croissance serait durablement revenue. Comme cela ne semble pas être le cas, bon nombre d'investisseurs ont changé leur fusil d'épaule, accélérant la baisse du billet vert. Il a perdu 0,3% par rapport à la semaine précédente.Certaines monnaies liées aux matières premières ont limité les pertes, voire se sont redressées. Le real brésilien (BRL) a perdu 1,4% tandis que le peso mexicain (MXN) gagnait 0,3%. Le rand sud-africain (ZAR) cédait 0,7% alors que le dollar canadien (CAD) progressait de 0,1%. L'australien (AUD) a reculé deux fois plus vite que le yuan chinois (CNY), 0,5% contre 0,25% respectivement.En attendant le 20/08Outre ces événements, l'incertitude concernant la suite de la crise grecque a pesé sur les marchés. La discorde au sein des membres de la troïka augmente au fil des jours. Il est donc peu probable qu'on trouvera une solution avant le 20 août prochain. Ces remous perturberont non seulement l'EUR, mais déstabiliseront aussi les taux d'intérêt au sein même de la zone euro. Ce qui ne sera pas sans conséquence sur le marché obligataire. On assiste déjà aux premières secousses. Les investisseurs tablent sur la qualité et échangent leurs titres douteux contre d'autres jugés plus fiables. Le plus surprenant était que les souveraines à long terme attiraient de nouveau l'attention des investisseurs. Toutes les souveraines européennes et équivalentes, hormis bien sûr les grecques, se sont redressées. Les titres pourris, par contre, ont fléchi. En USD, les pétrolières de renom ont progressé alors que les autres et toutes les industries du secteur, dont celles de schiste, ont baissé.Différentiels élevésAutre fait marquant, l'augmentation du différentiel entre les cours acheteur et vendeur. Ce différentiel représente la marge bénéficiaire des courtiers (généralement des banques) et dépasse rarement 0,5%. Aujourd'hui, on en rencontre de plus en plus dépassant 1%. La théorie veut qu'un manque de liquidités explique le phénomène. Mais vu l'expansion monétaire continue, la raison est à chercher ailleurs. Elle se trouve auprès des teneurs de marché qui sont de moins en moins enclins à assurer le négoce de ces titres. Ils pratiquent alors des différentiels exagérés pour dissuader les investisseurs potentiels.Emissions : trois règlesLe marché primaire reste inondé de nouvelles émissions provenant d'émetteurs de renom. Quantité d'émissions sont en attente. De nouveaux venus font régulièrement leur apparition. Aussi est-il bon de rappeler quelques règles simples pour ceux qui désirent souscrire à ce genre de titres. C'est que le marché obligataire croît actuellement beaucoup trop rapidement, ce qui est contradictoire en période de stagnation, voire de récession conjoncturelle.La première règle concerne l'utilisation du produit de la vente de l'émission. Le produit doit avoir un but économique précis, comme le financement de nouvelles lignes de production - le cas échéant, par de nouvelles acquisitions - ou le remplacement, mais non le prolongement, d'emprunts antérieurs à de meilleures conditions. Les émissions destinées à rehausser les dividendes ou à racheter des actions (cf.Telenet, Apple) sont déconseillées.La deuxième règle concerne la rémunération. Le coupon doit être conforme à la qualité de l'émetteur. S'il est inférieur à la normale, c'est que l'émission est structurée. Dans ce cas, vous n'achetez pas un emprunt de l'émetteur en tant que tel, mais obtenez une promesse de remboursement adossée à quelques actifs financiers. La qualité de l'emprunt dépendra donc de la qualité de ces actifs financiers. Du moins en théorie, car en pratique il en va tout autrement. Si ces actifs financiers sont peu négociables, le jour où on devra les libérer, on constatera qu'ils n'auront aucune valeur effective. Comme on a pu le remarquer lors de l'éclatement de la crise en 2007.La troisième règle concerne l'émetteur en soi. Favorisez toujours les entreprises ou institutions générant des revenus par elles-mêmes et non tributaires d'éléments extérieurs. Des entreprises qui produisent, extraient ou manufacturent sont à préférer celles d'utilité publique et autres entreprises de service, à moins que ces dernières ne jouissent d'un monopole. Vérifiez que l'obligation n'est pas affublée d'une clause " bail-in ", comme celles des banques. Une clause pareille permet à l'émetteur de stopper séance tenante tout amortissement dès que des difficultés financières surgissent. Evitez les titres bancaires, précisément parce qu'ils comportent pareille clause ou parce que les emprunts dits " séniors " pourront prochainement être assimilés à ceux comportant cette clause.Cognita Financing (B) est une institution anglaise gérant plus de 60 établissements scolaires à travers le monde. Une telle institution ne génère pas de revenus propres. Son émission en livre (GBP) est par conséquent très spéculative, qui plus est pourrie. Elle paie un coupon semestriel. Pour l'instant, les teneurs de marché chargés de son placement soutiennent le cours sur le marché gris. Verallia (B+), la firme française d'emballage, est très généreuse aussi. Ses deux émissions en EUR sont remboursables anticipativement dès 2018. Elles portent des coupons semestriels. Elles rencontrent pas mal de succès et cotent déjà largement au-dessus de leur prix de souscription sur le marché gris. Notez cependant que le différentiel entre les cours acheteur et vendeur atteint déjà 0,7%.