La livre turque s'est encore dépréciée face au dollar et à l'euro. Elle a perdu un quart de sa valeur en 2017. La banque centrale turque essaie d'infléchir la tendance, mais le relèvement de taux, de 0,5% à peine, est insuffisant, si l'on en croit la réaction des marchés des devises.
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La livre turque s'est encore dépréciée face au dollar et à l'euro. Elle a perdu un quart de sa valeur en 2017. La banque centrale turque essaie d'infléchir la tendance, mais le relèvement de taux, de 0,5% à peine, est insuffisant, si l'on en croit la réaction des marchés des devises.L'économie a besoin d'une banque centrale plus volontariste. Le produit intérieur brut (PIB) a enregistré une croissance de 11,10% au troisième trimestre. L'accélération du PIB devrait atteindre 7,50% pour l'ensemble de l'année 2017. Mais l'inflation s'élève à 11,7%, ce qui est loin des 5% visés. Le pays est donc exposé à un risque de surchauffe. Les taux devraient pour bien faire être relevés.Sauf que le président Recep Tayyip Erdogan s'en mêle... d'une manière bien peu orthodoxe. Il est opposé à une politique monétaire trop stricte qui pèserait sur la consommation et les investissements. Selon lui, des taux élevés favoriseraient l'inflation. Cette interprétation pour le moins étrange a été baptisée " Erdoganomics ". Tous les économistes du monde ou presque sont convaincus qu'il se trompe.La banque centrale affirme sa volonté de lutter contre toute nouvelle augmentation de l'inflation. Elle a manié l'arme des taux à plusieurs reprises déjà depuis la tentative de coup d'Etat de l'an dernier. Mais elle se montre excessivement modérée pour ne pas offenser le président. Dans l'intervalle, la livre continue de s'affaiblir. Elle pâtit des tensions entre la Turquie et l'Occident, du manque de confiance envers la banque centrale et d'un important déficit commercial. Cette situation pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l'économie en 2018. De plus, la constante dépréciation de la devise favorise l'inflation ; elle ralentit l'activité économique et freine les investissements turcs et étrangers.Le cours actuel - 4,5 livres pour un euro - est légèrement supérieur à la moitié du niveau atteint il y a cinq ans. Aussi longtemps que l'inconséquent président continuera à se mêler de domaines qu'il ne maîtrise pas, la confiance ne se rétablira pas.Selon plusieurs experts récemment consultés par Bloomberg, la monnaie cédera 8 à 10% encore de sa valeur en 2018. Ceci étant, il suffirait de quelques bonnes nouvelles pour amorcer un redressement.