Nous terminons aujourd’hui la série “monnaies” par un gros plan sur la lire turque: son évolution en 2020 avec notamment l’influence du relèvement des taux et de la géopolitique, et ce que nous pouvons attendre pour 2021.

La lire turque a perdu environ 50% de sa valeur par rapport à l’euro depuis le début de cette année, une dégringolade dont la banque centrale turque (CBRT) est largement responsable. Le président Recep Tayyip Erdogan voyait dans les taux bas la solution aux maux du pays, à savoir une croissance atone et une accélération de l’inflation. Il n’était donc pas question de les relever. Mais sous l’impulsion du nouveau gouverneur, Naci Agbal, la CBRT a récemment viré de bord. La monnaie turque a rebondi, mais cet élan n’a pas duré.

La récente hausse des taux porte le taux directeur à 15%, un niveau enfin supérieur à l’inflation. Le fait que ce taux soit resté longtemps inférieur à la hausse des prix a provoqué une érosion structurelle de la lire. En effet, il n’était plus intéressant pour les investisseurs internationaux de conserver des actifs en TRY.

Qu’attendre de 2021?

L’inflation est proche de 12%, soit plus du double de l’objectif, fixé à 5%. La banque centrale a relevé ses prévisions d’inflation pour fin 2020 et 2021 à 12,1% et 9,4% respectivement. Après la décision de la CBRT, le taux réel est à nouveau positif. Le contexte géopolitique n’épargne pas non plus l’économie. Les relations sont tendues avec de nombreux autres pays. La guerre turco-russe au Haut-Karabakh pèse sur l’activité économique.

Comment évoluera la TRY?

Un taux réel négatif n’est pas vraiment un atout pour la monnaie d’une économie émergente souffrant d’une balance courante en déficit quasi permanent. La banque centrale y a remédié, mais la lire turque suscite toujours une grande méfiance; il semble difficile de prédire où sa dépréciation va s’arrêter, la monnaie semblant être tombée dans un puits sans fond. Le pays a perdu son statut investment grade chez S&P et Moody’s.

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