Deux mil vingt aura été à bien des égards une année boursière tout aussi spectaculaire qu'imprévisible. La plongée provoquée par l'éclatement de la pandémie de Covid-19 a été suivie, vers l'été, d'une extraordinaire reprise. L'on assiste aujourd'hui à un deuxième rebond.
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Deux mil vingt aura été à bien des égards une année boursière tout aussi spectaculaire qu'imprévisible. La plongée provoquée par l'éclatement de la pandémie de Covid-19 a été suivie, vers l'été, d'une extraordinaire reprise. L'on assiste aujourd'hui à un deuxième rebond.Ces deux envolées sont toutefois très différentes l'une de l'autre. Celle qui avait suivi l'effondrement du printemps avait été résolument dominée par les valeurs de croissance en général, et par les géants de la tech en particulier. Cela fait il est vrai plus d'une décennie que ceux-ci tirent les marchés vers le haut, mais cette domination n'avait jamais été aussi nette que ces six derniers mois. Les technologiques sont les grandes gagnantes de la crise sanitaire. Alors que les entreprises et magasins "traditionnels" ont été forcés de fermer leurs portes ou à tout le moins, de ralentir leur activité, commerce électronique, services cloud, protection informatique, jeux, etc., ont profité du confinement et du recours massif au télétravail pour battre tous les records, conférant au secteur un poids sans précédent au sein des indices. Le grand est devenu encore plus grand - et le petit, encore plus petit. A l'amorce de la hausse actuelle, le Nasdaq devançait de 30% (!) l'indice Dow Jones, qui comprend surtout des valeurs industrielles, classiques, et de 40%, même, la plupart des indices européens. Le redémarrage en cours est, au contraire, résolument dominé par les valeurs classiques, que l'annonce de l'arrivée d'un vaccin, laquelle permet d'espérer un retour progressif de l'économie à la normale dès l'an prochain et rend des perspectives d'avenir à de nombreuses entreprises, porte littéralement. Pour les géants de la technologie, en revanche, le phénomène pourrait ralentir leur croissance jusqu'ici effrénée. Certes, aucune hausse franche ne saurait s'envisager sans eux; reste que depuis la très encourageante nouvelle, le Nasdaq n'a plus établi de record, alors que les autres indices les accumulent. On notera également l'énorme différence sur le plan des résultats des entreprises: si les technologiques vont devoir comparer l'an prochain leurs chiffres aux résultats exceptionnellement bons de 2020, le chiffre d'affaires et les bénéfices de la plupart des firmes traditionnelles devraient pouvoir afficher une appréciable reprise comparative. Alors, cette remontée: phénomène temporaire ou vrai retour de balancier? Nous pensons en tout cas que l'extrême domination de la progression des marchés par le secteur technologique a pris fin. La tendance va probablement s'atténuer, mais l'on note une rotation sectorielle marquée (passage des actions de croissance aux actions value) en phase finale du mouvement haussier. Les indices classiques ne sont plus en retrait; pour le dire autrement, l'année prochaine, la "vieille" économie cessera de se laisser dominer par la "nouvelle".