Colruyt a subi mi-juin la correction la plus sévère de son histoire: son titre a chuté de 67 à 50 euros, puis à 45 euros. La nervosité des investisseurs s'explique en partie par l'annonce de l'arrivée d'un nouveau concurrent, sur un marché belge déjà saturé.
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Colruyt a subi mi-juin la correction la plus sévère de son histoire: son titre a chuté de 67 à 50 euros, puis à 45 euros. La nervosité des investisseurs s'explique en partie par l'annonce de l'arrivée d'un nouveau concurrent, sur un marché belge déjà saturé.Depuis, le néerlandais Jumbo, dont le premier magasin de ce côté-ci de la frontière (à Pelt) ouvrira sous peu, a nié toute intention de se lancer dans une guerre des prix. C'est un soulagement pour les actionnaires de Colruyt, à qui ont en outre été annoncées, lors de leur assemblée générale, des prévisions supérieures au consensus pour l'exercice 2019-2020 (clôture le 31/3). Le cours s'est donc redressé, mais pas au-delà de 50 euros.Les analystes sont majoritairement négatifs à l'égard de l'action Colruyt qui, a compté Bloomberg, fait actuellement l'objet de 16 recommandations de vente et trois, de conservation. Nous aussi, nous privilégions une attitude attentiste. Cela fait des années en effet que chaque fois que la conjoncture se dégrade, Colruyt s'échange moyennant une prime: son caractère très défensif fait du titre un refuge, plus cher à mesure que la situation se détériore.Le discounter se porte pourtant bien. L'élargissement de son parc de magasins et sa croissance organique soutiennent son chiffre d'affaires (CA) et sa part de marché, en Belgique, progresse. Ses filiales OKay et BioPlanet enregistrent une croissance plus soutenue encore, mais Dreamland et Dreambaby souffrent. Les coûts d'amortissement relativement élevés biaisent légèrement le bénéfice. Mais ce sont les avertissements répétés à propos de la pression croissante sur les prix et sur les marges qui minent particulièrement l'action. Attendons donc de voir si l'optimisme récemment manifesté par Jef Colruyt suffira à détendre l'atmosphère. Contre toute attente, le CEO a en effet annoncé une légère hausse du bénéfice net pour l'exercice (372 millions d'euros au terme du précédent).Colruyt attire grâce à sa garantie des prix les plus bas, une stratégie qui s'est révélée porteuse pendant des années. Mais la concurrence jongle elle aussi désormais avec les prix cassés et autres actions spéciales, sur lesquelles Colruyt n'a d'autre choix que de s'aligner. Lidl et Albert Heijn sont particulièrement agressifs. Même si Peter Isaac, le CEO de Jumbo Belgique, n'a pas l'intention d'entrer dans la danse, Jumbo sera un concurrent de plus parmi les discounters: lui aussi va multiplier les actions, auxquelles Colruyt va devoir répliquer. En signant avec le cycliste professionnel Wout van Aert, Jumbo a trouvé une façon intelligente d'installer sa marque en Belgique à relativement peu de frais. Les Néerlandais espèrent avoir ouvert trois magasins d'ici à la fin de l'année (Pelt, donc, Rijkevorsel et Lanaken, c'est-à-dire à proximité de la frontière néerlandaise). Aux Pays-Bas, Jumbo exploite 662 magasins, pour une part de marché de près de 22%.La plus grande chaîne de supermarchés néerlandaise est cependant Albert Heijn (966 magasins; détenu par Ahold Delhaize), qui compte avoir ouvert une petite centaine de magasins chez nous cette année encore. Delhaize, de son côté, possède quelque 800 supermarchés en Belgique, sous son nom ou sous diverses enseignes. Il est actif dans 11 autres pays encore, essentiellement outre-Atlantique (Food Lion, notamment).Parmi les trois distributeurs cotés en Bourse, c'est Ahold Delhaize qui affiche les meilleurs résultats. Food Lion progresse depuis 27 trimestres d'affilée. L'évolution est tout aussi exemplaire aux Pays-Bas - seules les activités belges, en fait, sont à la traîne. Le groupe devrait achever l'exercice sur un CA de 66 milliards d'euros (1,5 euro par action), en hausse de 5% en un an. Il aurait fait mieux encore si des grèves n'avaient paralysé un temps sa chaîne Stop & Shop. Dans la lutte qui l'oppose à Amazon, la croissance d'Ahold Delhaize dans l'e-commerce aux Etats-Unis est cruciale. Elle dépassera les 20% cette année et peut-être les 30% l'an prochain. Ahold est régulièrement cité lorsque l'on parle mariage - avec Kroger, l'un des plus grands distributeurs américains, par exemple. Il est un fait que l'e-commerce met le secteur sens dessus dessous, si bien que des économies d'échelle vont s'imposer. Ahold pronostique une hausse de ses parts de marché cette année. Il continue de croître en Belgique et aux Pays-Bas, au détriment des petits commerçants. En raison de la contribution importante des activités américaines au CA et au bénéfice, le rapport euro/dollar exerce une influence significative sur les résultats du groupe; pour l'instant, il leur est profitable.Deuxième distributeur au monde, Carrefour est aussi numéro 1 en Europe (15.000 magasins dans 30 pays). Il a clos le dernier exercice sur un bénéfice opérationnel de 1,9 milliard d'euros. S'il marque le pas en France, son marché domestique, il n'en a pas moins maintenu son dividende à 0,46 euro par action. Annoncé en début d'année par Alexandre Bompard, le plan de transformation Carrefour 2020 repose sur quatre piliers: organisation simplifiée, gains de productivité, combinaison de boutiques virtuelles et d'enseignes de proximité et offre de produits plus pertinente. Il doit accélérer la croissance en France et soutenir le développement des ventes en ligne; car Carrefour souffre face à Leclerc, son éternel rival, et à Amazon. L'entreprise de Jeff Bezos fait déjà très mal aux distributeurs américains et tout porte à croire qu'elle tentera de réitérer l'exploit en Europe. Carrefour opère sur un marché concurrentiel, dont la croissance est désormais très lente. Des études le qualifient de plus cher que la plupart de ses concurrents. Il aurait des vues sur Casino, numéro 3 en France, également actif à l'étranger, mais qui ploie sous les dettes. Carrefour envisagerait de mettre entre 4 et 4,2 milliards d'euros, sinon plus, sur la table. Ces bruits circulaient l'an dernier déjà, mais les deux parties les réfutent obstinément. Une fusion devrait pourtant accroître la rentabilité du groupe - à condition, évidemment, d'être approuvée par les autorités de la concurrence.