Nous qualifierions la performance du marché boursier américain sur la décennie écoulée de spectaculaire: l'indice Standard&Poor's 500 a produit un rendement de 14,8% l'an, en moyenne. Et que dire alors de celle des géants de la tech, qui ont vu leur pondération dans les indices boursiers augmenter sensiblement sur la période? Le contraste avec les marchés boursiers du Vieux Continent est frappant. Le rendement de l'indice Euro Stoxx 50 s'est élevé à 6,3% l'an, en moyenne, sur la période.
...

Nous qualifierions la performance du marché boursier américain sur la décennie écoulée de spectaculaire: l'indice Standard&Poor's 500 a produit un rendement de 14,8% l'an, en moyenne. Et que dire alors de celle des géants de la tech, qui ont vu leur pondération dans les indices boursiers augmenter sensiblement sur la période? Le contraste avec les marchés boursiers du Vieux Continent est frappant. Le rendement de l'indice Euro Stoxx 50 s'est élevé à 6,3% l'an, en moyenne, sur la période. C'est qu'en Europe, le "spectacle" se jouait ailleurs: dans l'industrie du private equity, ou capital-risque, qui consiste à investir du capital dans des sociétés non cotées en Bourse. Un nombre croissant d'opérations et de plus-values juteuses sur la revente de leurs participations par les grands acteurs y ont été réalisées; l'investisseur particulier, lui, n'a pu en jouir que par le biais de sociétés holdings. Si Sofina et Brederode ont produit un rendement supérieur à celui de l'indice Bel 20 sur les cinq dernières années, c'est principalement parce que ces sociétés ont investi dans ce segment du marché, tantôt directement, tantôt via des fonds spécialisés. Si le phénomène des SPAC (Special Purpose Acquisition Companies), ces sociétés sans activité opérationnelle, par le biais desquelles l'on investit dans des entreprises non cotées, n'est pas nouveau, il a connu en 2020 un formidable essor outre-Atlantique (près de 100 SPAC à Wall Street ont levé au total 33 milliards de dollars), et ces véhicules d'investissement sont de plus en plus populaires en Europe. Les fondateurs de SPAC, souvent des investisseurs de premier plan, appelés sponsors, lèvent des fonds en Bourse dans le seul but de procéder à des acquisitions. Le plus riche des Européens, Bernard Arnault, entend fonder la SPAC Pegasus Europe (Euronext Amsterdam) afin de racheter des sociétés financières. Des SPAC sont aussi créées dont le projet est d'acquérir des entreprises durables, une thématique très en vogue. Lors de la levée, il n'est pas rare que les sponsors ignorent encore quelles seront les entreprises cibles; les investisseurs ne connaissent généralement que le secteur visé - mais pas toujours: les sponsors de la SPAC Just Another Acquisition Company, que compte Wall Street depuis peu, n'avaient pas la moindre idée de ce dans quoi ils investiraient les fonds levés... Les SPAC ont le mérite de ne pas mentir aux investisseurs. Sans connaître le projet précis, ces derniers injectent néanmoins des fonds, raison pour laquelle les SPAC sont aussi appelées "sociétés blanc seing". L'engouement pour les SPAC ne nous surprend pas vraiment. Nous y voyons une nouvelle indication que la tendance haussière des marchés boursiers touche à sa fin. La cible des SPAC - des entreprises non encore cotées mais prometteuses - est naturellement séduisante, mais nous vous invitons à être très sélectifs.