L'Union européenne est confrontée à une nouvelle crise, cette fois provoquée par un cygne noir - une cause inattendue - nommé Covid-19. Et une fois de plus, les investisseurs boudent le secteur bancaire européen. Nous-mêmes nous en tenons prudemment à l'écart depuis 2007. Les chiffres nous donnent aujourd'hui raison: jamais dans l'histoire (récente), les actions des banques européennes n'ont affiché des résultats aussi médiocres par rapport au reste du marché; et jamais au cours des dernières décennies, elles n'ont été valorisées à des niveaux aussi bas.
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L'Union européenne est confrontée à une nouvelle crise, cette fois provoquée par un cygne noir - une cause inattendue - nommé Covid-19. Et une fois de plus, les investisseurs boudent le secteur bancaire européen. Nous-mêmes nous en tenons prudemment à l'écart depuis 2007. Les chiffres nous donnent aujourd'hui raison: jamais dans l'histoire (récente), les actions des banques européennes n'ont affiché des résultats aussi médiocres par rapport au reste du marché; et jamais au cours des dernières décennies, elles n'ont été valorisées à des niveaux aussi bas.Si cette fois, les banques ne sont pas à l'origine de la crise économique, elles sont priées de contribuer à la résoudre. Au grand dam des actionnaires, qui voient les dividendes (finaux) supprimés pour l'exercice 2019, alors même que ces dividendes, souvent généreux, étaient quasi la seule raison pour laquelle ils restaient investis.Nos confrères de Trends l'annonçaient récemment en couverture: cette fois, c'est au tour des banques de nous venir en aide. Pour le ministre des Finances Alexander De Croo, il leur appartient de rendre ce qu'elles ont reçu en 2008. Et de quelle manière! La Belgique a mis en place un système de garantie des prêts de 50 milliards d'euros, qui contraint les banques, d'une part, à accorder un moratoire de six mois (jusqu'au 30 septembre) sur les remboursements des crédits hypothécaires au profit des emprunteurs que la crise mettra en difficulté et d'autre part, à consentir des prêts-relais de 12 mois tout au plus aux indépendants et aux entreprises "viables" (sans arriérés ou presque). Si les choses tournent mal, les banques prendront à leur charge les trois premiers pour cent de pertes, soit 1,5 milliard d'euros au maximum. Elles assumeront de surcroît les pertes avec l'Etat; dans le pire des cas, la facture s'élèvera donc, pour les banques belges, à 11,5 milliards d'euros, hors pertes sur les prêts hypothécaires et autres qu'il leur faudra éventuellement passer au bleu. Or à en juger par la valorisation du secteur, l'investisseur anticipe de lourdes pertes sur les crédits. Les actions des banques européennes, dont les bilans n'étaient pas encore totalement assainis - notamment en Italie, un des pays les plus touchés, justement, par l'épidémie -, étaient déjà bon marché. Même certaines enseignes allemandes, comme la Deutsche Bank et la Commerzbank, n'étaient plus en odeur de sainteté: les cours de ces deux "grandes" institutions (qui n'en sont plus, en termes de capitalisation boursière) incapables de renouer avec un modèle commercial rentable s'étaient effondrés. En outre, la Banque centrale européenne pénalise désormais les dépôts de liquidités excédentaires et a imposé un certain nombre de réglementations et de mesures nouvelles, notamment en matière de conservation des fonds propres. Tout cela a hypothéqué la rentabilité des banques, qui risquent de surcroît aujourd'hui de subir des pertes colossales, si les emprunteurs devaient se montrer défaillants.La perception vis-à-vis du secteur est très logiquement négative. Le modèle d'entreprise classique est sous pression et les établissements sont très faiblement valorisés. Les 47 noms qui composent le Stoxx 600 Banks (indice qui regroupe les principales actions bancaires européennes cotées) se négocient à moins de 0,5 fois la valeur comptable en moyenne (1,3 fois en moyenne, pour les actions du Stoxx 600), un plus bas historique. En mars, au creux de la vague, les titres de maintes banques s'échangeaient à 0,3 fois leur valeur comptable, ce qui correspond à des milliards d'euros de pertes. C'est la plus faible valorisation jamais atteinte par rapport à la moyenne non seulement du marché, mais aussi du secteur sur ces 10 dernières années. En termes de capitalisation boursière par rapport à l'actif total (3,6% en moyenne; près de 27% encore en 2007), les actions des banques n'ont, de même, jamais été aussi bon marché qu'aujourd'hui.Alors que plus de 10 ans se sont écoulés depuis l'éclatement de la crise financière, le ciel n'est toujours pas totalement dégagé. Malgré des dividendes souvent généreux, un investissement dans l'indice Stoxx 600 Banks a généré un rendement (hausse du cours + dividendes) de -47% (-6,2% par an en moyenne), principalement parce que la valeur moyenne des actions des banques européennes est inférieure de 63% encore à ce qu'elle était à l'époque. L'indice Stoxx 600 affiche, lui, un rendement de 64% sur 10 ans (5,1% par an), soit une différence de plus de 110%. Sur cinq ans, le rendement moyen des banques européennes est de -53%. Celui du Stoxx 600 Banks s'établit à -62%, contre -7% pour le Stoxx 600, soit un écart de 46%. Depuis le début de cette année, la performance des valeurs bancaires est largement inférieure à la moyenne du marché: -42% pour le Stoxx 600 Banks, contre -24% pour le Stoxx 600. Ce qui fait à nouveau des banques l'un des secteurs les moins performants d'Europe.Dans ce contexte, il faut espérer que le confinement n'affectera pas trop les particuliers et les entreprises, de manière à ce que les défauts de paiement soient aussi limités que possible. Ceci étant, nous nous en voudrions de dresser un tableau entièrement négatif de la situation même si, malgré leurs cours (extrêmement) bas, nous garderions nos distances à l'égard des enseignes allemandes, italiennes et espagnoles, entre autres. Car cette fois, les banques centrales ont réagi extrêmement rapidement et décidé d'injecter des milliards pour éviter une nouvelle crise des crédits et donc, du secteur.Examinons donc les enseignes proches de chez nous. Les titres ABN Amro, BNP Paribas, ING et KBC ont lourdement chuté ces derniers mois, même s'ils se redressent légèrement depuis peu. Les valorisations s'étant effondrées elles aussi, nous choisissons d'étudier le rapport cours/valeur comptable, car donner une estimation du bénéfice des banques pour cette année et l'an prochain est loin d'être simple et le risque d'erreur est considérable. Avec des rapports cours/valeur comptable compris entre 0,3 et 0,4 à leur point le plus bas, ABN Amro, BNP Paribas (dont la filiale belge BNP Paribas Fortis est, elle, très rentable) et ING sont éminemment bon marché. Mais en cette période particulière, l'on ne saurait être trop prudent: c'est pourquoi notre favorite est KBC, qui, même si elle compte au nombre des actions bancaires européennes les plus chères, est aussi une des plus solides. Elle peut de surcroît s'acquérir à un cours nettement plus bas par le biais du holding KBC Ancora, qui se négocie actuellement moyennant une décote de quelque 30% - et qui est, bien sûr, la première victime de la suppression du dividende de KBC.