Il n'est pas rare que l'on nous suggère de nous intéresser davantage à la Bourse allemande, au motif que les marchés d'actions d'outre-Rhin sont les plus performants et que l'indice allemand le plus suivi, le DAX, bat record après record.
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Il n'est pas rare que l'on nous suggère de nous intéresser davantage à la Bourse allemande, au motif que les marchés d'actions d'outre-Rhin sont les plus performants et que l'indice allemand le plus suivi, le DAX, bat record après record. Rappelons avant tout que le DAX est un indice de rendement : outre l'évolution des cours, il prend en compte les dividendes versés. Et s'il est vrai que le baromètre de la Bourse allemande surperforme systématiquement de larges indices tels l'Eurostoxx50 et le Stoxx600, une nuance s'impose donc cependant. Lorsque l'on considère également les dividendes versés par les sociétés qui composent les indices des pays voisins, le Bel20, l'AEX et le CAC40, force est de constater que leurs performances se rapprochent de celle du DAX. Mais, c'est incontestable, le DAX arrive généralement en tête. La Bourse allemande est donc assurément digne d'intérêt. Nous nous sommes demandé quelles actions allemandes ont procuré les rendements les plus élevés au cours des deux décennies écoulées. Il aurait été facile de dresser la liste de celles qui ont livré les rendements les plus élevés sur les 20 dernières années. Mais pour être le plus précis possible, nous avons établi des classements à 5, 10 et 20 ans, puis identifié les membres du DAX qui ont rétribué le plus leurs actionnaires (en nous fondant non seulement sur les hausses des cours mais aussi sur les distributions de dividendes) sur ces périodes. Nous avons attribué des points (de pénalité) aux sociétés. Ainsi, l'entreprise qui a obtenu le rendement le plus élevé sur cinq ans s'est vu décerner un point ; la deuxième du classement, deux points, et ainsi de suite. Nous avons procédé de la même manière pour chacun des classements. C'est Fresenius qui l'emporte, haut la main. Injustement, le numéro un mondial du secteur médical est méconnu chez nous. Dans le classement à 10 ans comme à 20 ans, il occupe la première place. Le podium est complété par des valeurs qui nous sont beaucoup plus familières : Adidas et Henkel. Le spécialiste des produits et services médicaux s'articule autour de quatre activités. Avec tout d'abord Fresenius Medical Care, également cotée en Bourse, le plus grand spécialiste mondial de l'équipement médical et de la dialyse. La dialyse est indispensable pour maintenir en vie des patients souffrant de défaillance rénale, dans l'attente ou non d'une transplantation. Le nombre de patients ayant besoin d'une dialyse dans le monde s'accroît de 5 à 6% par an. Aujourd'hui, il s'agit de plus de 2,5 millions d'individus. L'opérateur de soins prenait à son compte 55% du chiffre d'affaires (CA) de Fresenius SE en 2016. La deuxième filiale du point de vue du CA est Fresenius Kabi (21% du CA du groupe). Elle est spécialisée dans les produits destinés au traitement et aux soins de patients en phase aiguë ou malades chroniques (administration de médicaments génériques par voie intraveineuse, transfusion sanguine, traitement par perfusion et fourniture de dispositifs médicaux). Fresenius Helios (20% du CA du groupe) est le plus grand gestionnaire d'établissements de soins médicaux en Allemagne. Enfin, il y a Fresenius Vamed (4% du CA du groupe), un prestataire de services (autrichien) engagé dans la conception, la construction et l'exploitation de projets de santé. Le groupe enregistre une croissance constante. En 2010, son CA combiné s'élevait à 16 milliards d'euros. Cette année, il devrait s'établir à proximité de 34 milliards d'euros. Les actionnaires ont perçu un dividende de 0,62 euro (brut) par action en mai dernier. C'était la 24e hausse successive du dividende. En 2007, il ne dépassait pas 19 centimes par action. On notera que l'action est moins performante cette année. Elle accuse une perte de 10% par rapport au 1er janvier, contre un gain de 12% pour l'indice DAX. En cause : l'annonce, en avril, de l'acquisition, pour 4,3 milliards de dollars, du groupe américain Akorn Inc., qui produit et vend des produits sans prescription. Comme Akorn a récemment publié de très mauvais résultats trimestriels, le marché craint que Fresenius ait payé trop cher son aventure américaine. Une évolution intéressante qui nous incite à suivre plus activement l'action. Pour l'instant, la note est " conserver/attendre " (rating 2A), mais elle pourrait évoluer rapidement. L'histoire des frères Dassler est connue : Adi fondait le groupe Adidas tandis que Rudolf créait Puma. Adidas a le vent en poupe depuis deux ans. La croissance de son CA comme de son bénéfice ne cesse de s'accélérer. On a beau dire que tout est " bigger" aux Etats-Unis, Adidas n'y est pas aussi présent en Amérique du Nord (15% du CA du groupe). C'est bien pour cela que le groupe a embauché Kasper Rorsted, l'ancien dirigeant de Henkel. S'il a introduit avec succès Schwarzkopf comme Persil sur le marché américain, il rééditera ce tour de force avec les articles de sport Adidas. Notamment les chaussures de sport rétro, comme la Stan Smith et la Superstar, dont la jeunesse branchée est fan. Mais aussi les Boost, dotées d'une semelle médiane spéciale grâce à laquelle l'amorti est supérieur, particulièrement appréciées des amateurs de course à pied. La Chine est un débouché très rentable pour la marque aux trois bandes. Une forte croissance des résultats est attendue au cours des années à venir, mais cet optimisme nous semble déjà intégré dans le cours. Nous recommandons dès lors d'acter les bénéfices (rating 3A).Voici une machine à produire de la croissance. Henkel repose sur trois piliers. La moitié de son CA provient des Technologies adhésives (adhésifs, produits d'étanchéité et de traitement de surface), une activité qui s'adresse surtout aux clients industriels. Les principales marques industrielles sont Loctite, Technomelt et Teroson. Les particuliers connaissent surtout Pritt et Pattex. La deuxième division s'agissant du CA est spécialisée dans les détergents et produits d'entretien de la maison (Persil, Purex, Dixan, Bref...). Dans ce domaine, Henkel se heurte à d'autres géants, comme Procter&Gamble, Unilever ou ReckittBenckiser. La plus petite division est celle des cosmétiques (Schwarzkopf, Syoss, Fa, Diadermine, Theramed...), où Henkel est à nouveau aux prises avec Procter&Gamble et Unilever, mais aussi avec Beiersdorf (Nivea) et L'Oréal. Le groupe qui emploie 51.000 personnes est le symbole de l'efficacité de la Gründlichkeit ou rigueur allemande (recherche de l'excellence opérationnelle, organisation solide, communication claire et soignée...). Et ses dirigeants ne seraient pas Allemands s'ils n'avaient pas non plus l'ambition constante de battre la concurrence. En 2016, un peu moins de la moitié du CA (42%) provenait des marchés émergents. La croissance souffre cependant d'un léger ralentissement ces dernières années. D'où la note " conserver " (rating 2A).