Le pétrole refait parler de lui. L'augmentation de l'offre (guerre des prix entre l'Arabie Saoudite et la Russie avec, à l'arrière-plan, la production de pétrole de schiste américain) combinée au ralentissement de la demande (crise sanitaire) a fait chuter son prix, qui est passé, en un mois, de 70 dollars le baril (159,24 litres) de Brent (gisement en mer du Nord) à un peu plus de 20 dollars, avant de remonter à 30 dollars en l'espace d'une semaine. Un remake de l'année 2015... et une période traumatisante pour le secteur, tout particulièrement pour les entreprises de services pétroliers.
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Le pétrole refait parler de lui. L'augmentation de l'offre (guerre des prix entre l'Arabie Saoudite et la Russie avec, à l'arrière-plan, la production de pétrole de schiste américain) combinée au ralentissement de la demande (crise sanitaire) a fait chuter son prix, qui est passé, en un mois, de 70 dollars le baril (159,24 litres) de Brent (gisement en mer du Nord) à un peu plus de 20 dollars, avant de remonter à 30 dollars en l'espace d'une semaine. Un remake de l'année 2015... et une période traumatisante pour le secteur, tout particulièrement pour les entreprises de services pétroliers.L'Arabie Saoudite a autorisé sa compagnie nationale Aramco à porter sa capacité de production à 13 millions de barils par jour, contre 12 à 12,3 millions en moyenne précédemment. La Russie a accru la sienne d'un demi-million de barils et les Emirats arabes unis envisagent de passer de 3,1 à 4 millions quotidiennement. Tout cela, au moment où la demande s'éteint. Au plus fort de la crise financière, la consommation avait reculé de 1 million de barils par jour; aujourd'hui, la quarantaine quasi mondiale pénalise à raison de plus de 60% le trafic aérien, et de 90% à 95% les déplacements en voiture et en transport en commun dans les grandes villes. Ce qui pourrait se traduire, d'après Morgan Stanley, par un tassement de 14 millions de barils par jour, sur un total d'une centaine de millions d'unités. Pour autant que l'économie redémarre progressivement, la situation pourrait se "normaliser" à -5 millions de barils par jour au deuxième semestre.Bref, le monde va baigner dans le pétrole, et les capacités de stockage seront mises à rude épreuve. L'excédent escompté de 3,6 millions de barils par jour ne pourra pas être intégralement entreposé dans les terres, où il ne resterait, selon les estimations, de place que pour 1,7 million de barils par jour. Ce qui explique que les tarifs des navires pétroliers, désormais loués à des fins de stockage, ont repris la direction des 60.000 à 70.000 dollars par jour. De même que l'envolée du titre Euronav, dans un contexte boursier pourtant morose.La pression sur les prix est telle que les principales maisons de Bourse revoient quasi quotidiennement à la baisse leurs prévisions à court et même, à moyen terme. Les pronostics fluctuent entre 20 et 30 dollars pour le deuxième trimestre, et entre 30 et 35 dollars pour la fin de l'année. Les prix ne devraient pas dépasser 40-45 dollars l'an prochain car lorsque l'économie repartira, il faudra commencer par écouler les stocks, ce qui retardera la normalisation des cours en direction des 50 à 60 dollars qui constituent la moyenne de long terme.Alors qu'investir en actions du secteur n'était déjà pas nécessairement rentable, le contexte a fait chuter à des niveaux oubliés depuis des dizaines d'années les cours des majors également. Le titre Royal Dutch Shell, qui cotait à 17 euros pendant la crise du secteur bancaire, de même qu'au début de 2016, époque où l'or noir tournait autour de 28 dollars, avait atteint un sommet à plus de 31 euros au début de 2018. Il a plongé sous les 11 euros le mois dernier.Les rendements en dividende de maintes compagnies pétrolières s'inscriront par conséquent avec deux chiffres (11% pour Shell, dernièrement)... si dividende il y a. Tout comme en 2015-2016, le débat à propos de leur révision fait rage, mais les géants ne sont aucunement disposés à accepter ce qu'ils considèrent comme un véritable sacrilège. En 2016, ils avaient envers et contre tout réussi à préserver l'actionnaire. Aujourd'hui, ils suspendent leurs programmes de rachat d'actions, cèdent des actifs (non stratégiques) et revoient (drastiquement) à la baisse investissements et dépenses opérationnelles pour tenter de répéter ce tour de force.Il est clair que les bénéfices et les cash-flows disponibles des majors vont souffrir cette année, et douteux, au vu de l'offre excédentaire, que les bénéfices renouent avec des niveaux normaux dès l'an prochain. Vu sous cet angle, le maintien des dividendes est donc peu probable. Mais l'on sait ces groupes prêts à beaucoup de choses pour ne pas en arriver là. En 2016, ils ont financé les distributions aux actionnaires par un accroissement du ratio de la dette, lequel put heureusement être ramené à 28% en moyenne à l'échelon du secteur par la suite, grâce notamment à des cessions d'actifs. Ils disposent donc d'une marge de manoeuvre. Selon nous toutefois, le dividende ne pourra - peut-être - être préservé que si le cours de l'or noir remonte à 35 dollars en fin d'année et à 45 en moyenne en 2021. S'il ne devait pas dépasser 30 dollars cette année et 35 l'an prochain, la préservation des dividendes nous paraîtrait irréaliste et injustifiable.Cet attachement aux dividendes est une menace pour les entreprises de services pétroliers qui, contrairement aux majors, ne s'étaient toujours pas remises du choc d'il y a cinq ans. Leurs bénéfices ne se sont jamais vraiment rétablis car bien que les carnets de commandes se soient dans une certaine mesure étoffés, les prix n'ont pas suivi. La situation actuelle est un désastre pour ces sociétés, que les géants ne vont pas hésiter à sacrifier sur l'autel des dividendes.Schlumberger, de loin le plus grand acteur du segment des services pétroliers au monde, avait achevé l'exercice 2014 sur un chiffre d'affaires de 48,6 milliards de dollars, un cash-flow opérationnel (Ebitda) de 13,7 milliards (marge d'Ebitda: 28,2%) et un bénéfice de 5,61 dollars par action (20,5% de marge bénéficiaire); cinq ans plus tard, son chiffre d'affaires était inférieur d'un tiers, sa marge d'Ebitda, de 50% et sa marge bénéficiaire, de 70%. Autant dire que tous les espoirs de reprise sont désormais définitivement envolés. Pire: le bénéfice est plus que menacé.