Parmi les adjectifs lus et entendus à propos de la position de la banque centrale américaine (Réserve fédérale, ou Fed) au lendemain de sa dernière réunion, nous épinglerons "agressive", "assertive" et "déterminée". Des termes auxquels nous n'étions plus habitués, tant les banquiers centraux gâtent depuis des années les investisseurs en leur concoctant des politiques monétaires extrêmement accommodantes. Mais pour Jerome Powell, à la tête de la Banque centrale américaine, tout cela appartient désormais au passé: le programme de relance puis, ensuite, les taux d'intérêt...

Parmi les adjectifs lus et entendus à propos de la position de la banque centrale américaine (Réserve fédérale, ou Fed) au lendemain de sa dernière réunion, nous épinglerons "agressive", "assertive" et "déterminée". Des termes auxquels nous n'étions plus habitués, tant les banquiers centraux gâtent depuis des années les investisseurs en leur concoctant des politiques monétaires extrêmement accommodantes. Mais pour Jerome Powell, à la tête de la Banque centrale américaine, tout cela appartient désormais au passé: le programme de relance puis, ensuite, les taux d'intérêt nuls, seront bientôt abandonnés.L'homme a déclaré le 26 janvier que la Fed annoncerait un premier relèvement de taux lors de sa réunion du 16 mars. Il n'y a pas si longtemps, cette perspective ne pouvait être envisagée avant la fin de 2023 (vous lisez bien). Le premier relèvement interviendra donc 21mois plus tôt que prévu. Il est vrai que l'inflation change la donne depuis 2021. Il est vrai aussi que Jerome Powell ne s'était, longtemps, pas soucié de la question. Le voilà donc "déterminé" à freiner une inflation dont il avait sous-estimé la persistance pendant des mois.En vérité, l'inflation complique à tel point les prévisions en matière de politique monétaire que les estimations actuelles comportent sans doute une importante marge d'erreur. C'est une première raison de ne pas craindre à l'excès les hausses de taux, dont les conséquences pourraient bien être plus positives que négatives. Deuxième raison pour laquelle la nervosité des marchés est sans doute injustifiée: l'histoire. JP Morgan a établi un graphique particulièrement éloquent des quatre dernières décennies. Six cycles de hausse des taux ont eu lieu en près de 40 ans. En 1983-1984, sept relèvements ont été opérés en 14 mois. L'indice Standard & Poor's 500 (principal indicateur du marché boursier américain) avait alors cédé 2,2% entre le premier et le dernier. L'anxiété est donc justifiée, conclurez-vous.Non: historiquement, cette hypothèse ne tient pas. Car ce cycle de hausse a été le seul au cours duquel l'indice S&P 500 a (légèrement) reculé. Les années 1988-1989 ont connu 10 hausses en 11 mois, or l'indice a progressé de 15,4% entre le premier et le dernier ajustement. Même chose en 1994-1995 où, alors que les taux grimpaient à sept reprises en 12 mois, le S&P 500 s'appréciait de 7,4%. En 1999-2000, six relèvements en 11 mois: +4,7%. Mieux encore: en 2004-2006, 17 relèvements en 24 mois: +15,5%. Enfin, en 2015-2019, neuf épisodes en 38 mois: +40,8%.En moyenne, le Standard & Poor's 500 a progressé de 13,6% entre la première et la dernière augmentation des taux d'intérêt. Car, rappelons-le: les marchés financiers anticipent et leurs prévisions, lorsqu'elles se concrétisent, sont intégrées dans les cours depuis longtemps, si bien que le mal est déjà derrière. Pour l'heure, l'histoire se répète.