L'uranium est rarement évoqué sous un jour positif dans les médias. L'éventualité d'un conflit militaire dans le cadre duquel l'un des belligérants aurait recours à des armes nucléaires à base d'uranium enrichi fait frémir le monde entier. La production d'énergie nucléaire ne suscite pas davantage une adhésion généralisée. Plusieurs incidents du passé y ont indéniablement contribué.
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L'uranium est rarement évoqué sous un jour positif dans les médias. L'éventualité d'un conflit militaire dans le cadre duquel l'un des belligérants aurait recours à des armes nucléaires à base d'uranium enrichi fait frémir le monde entier. La production d'énergie nucléaire ne suscite pas davantage une adhésion généralisée. Plusieurs incidents du passé y ont indéniablement contribué. Nous ne traiterons ici que de l'uranium utilisé comme carburant pour les centrales nucléaires qui produisent de l'électricité. La dénomination scientifique correcte est donc l'octaoxyde de triuranium ou U3O8, plus généralement raccourcie en oxyde d'uranium. Quant à l'hexafluorure d'uranium ou UF6, il est le fruit d'une transformation de l'U3O8. L'énergie s'est considérablement appréciée ces derniers mois, avec des hausses des cours du pétrole brut et de ses produits dérivés, du gaz naturel et même du charbon. L'uranium, en revanche, est resté en retrait du complexe énergétique. La livre d'uranium (carburant nucléaire) est même retombée à moins de 18 dollars fin novembre 2016, son plus bas niveau depuis 2003. L'uranium s'est ensuite redressé en direction des 24-25 dollars au premier trimestre, un niveau où il s'est stabilisé ces dernières semaines. En raison de la faiblesse des volumes traités, le marché " spot " ou prix au comptant est cependant un indicateur peu précis de l'industrie de l'uranium. Le prix contractuel est beaucoup plus important pour les entreprises actives dans ce secteur. C'est le prix des contrats de livraison conclus entre producteurs et acheteurs, généralement des producteurs d'électricité. Malgré la faiblesse des cours, les compagnies d'électricité ont conclu relativement peu de contrats d'achat à long terme (typiquement jusqu'à 10 ans) l'an dernier. Elles ont préféré des contrats de deux à cinq ans tout au plus. La plupart des compagnies d'électricité disposent encore de réserves suffisantes et peuvent donc attendre des prix encore plus bas. Cette stratégie n'est pas dénuée de risques, mais la demande d'uranium présente une faible élasticité-prix. L'uranium ne représente qu'une fraction du coût total d'exploitation d'une centrale nucléaire. En outre, la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011 fait toujours sentir ses effets sur le niveau des stocks. Selon les estimations, les centrales nucléaires japonaises possèdent encore 120 millions de livres ou presque 60.000 tonnes d'uranium. En fonction du rythme auquel les centrales nucléaires seront remises en service - et il est actuellement très bas -, ces réserves suffiront encore jusqu'en 2030. La production minière représente l'offre primaire d'uranium. UxConsulting l'estime à 163 millions de livres en 2016. Il faut y ajouter l'offre secondaire provenant des réserves existantes et du recyclage de l'uranium contenu dans des armes nucléaires démantelées. Ce dernier composant est voué à diminuer au cours des années à venir. La demande fluctue actuellement autour de 160 millions de livres. Plusieurs observateurs et analystes s'attendent à ce que le marché se retrouve en déficit au plus tard en 2025. Pour certains d'entre eux, c'est à la fin de cette décennie que le basculement aura lieu. Ces prévisions se fondent sur une forte croissance de la demande, conjuguée à une contraction de l'offre. Selon une étude de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la demande globale d'électricité va augmenter de moitié au cours des vingt prochaines années. L'Agence d'information sur l'énergie (agence américaine EIA) prévoit même que la quantité totale d'énergie nucléaire produite aura doublé d'ici 2040. Une évolution bien moins imputable au cycle économique qu'à l'augmentation de la population mondiale et l'amélioration du niveau de vie. On aura donc besoin de centrales nucléaires plus nombreuses. Selon les chiffres de l'Association nucléaire mondiale (ANM), 447 réacteurs nucléaires étaient opérationnels au 1er mars. L'institution recense également, outre 59 centrales en construction, 164 centrales commandées ou planifiées. Rien qu'en Asie, on construit pour 800 milliards de dollars de nouveaux réacteurs. Environ deux tiers des réacteurs en construction seront mis en service au cours des cinq prochaines années. La plus forte croissance est à mettre à l'actif de la Chine, qui a 21 réacteurs en construction, lesquels s'ajouteront aux 36 déjà opérationnels. La Chine produit aujourd'hui 35 gigawatts (GW) d'électricité via l'énergie nucléaire ; ce chiffre doit atteindre 58 GW d'ici 2020. La Russie et l'Inde jouent également la carte du nucléaire. Au total, le nombre de centrales nucléaires opérationnelles augmentera de 155 unités à 602 en 2035, un tiers de plus qu'aujourd'hui. Selon les spécialistes, la consommation mondiale induite par les centrales supplémentaires atteindra 220 millions de livres d'uranium d'ici 2025. La production minière aura alors diminué à 140 millions de livres tout au plus. Le marché restera ensuite en déficit pendant au moins une décennie. En effet, on n'a guère investi dans de nouvelles capacités de production ces dernières années. C'est d'ailleurs logique, car le coût opérationnel marginal de production - le coût nécessaire pour produire une unité supplémentaire - fluctue aujourd'hui entre 40 et 50 dollars. Le coût de production total, y compris les investissements en capital, l'exploration et les frais généraux, est estimé à quelque 70 dollars. Il n'est donc absolument pas rentable de lancer de nouveaux projets dans les conditions actuelles. Plusieurs acteurs réduisent d'ailleurs leur production. C'est notamment le cas de Cameco, qui a diminué la production de plusieurs mines américaines et canadiennes. Paladin Energy en a fait de même dans la mine de Langer Heinrich en Namibie. Et récemment, Kazatomprom, l'entreprise d'État kazakhe, a également annoncé une réduction de la production. La république d'Asie centrale est devenue le premier producteur mondial d'uranium au cours de la décennie écoulée. En raison de la suroffre, le Kazakhstan veut réduire sa production d'uranium d'environ 10% cette année. Concrètement, il s'agit d'un peu plus de 5 millions de livres, soit environ 3% de la production minière mondiale.