Danny Reweghs

Le Brésil, gagnant de la guerre en Ukraine

Danny Reweghs Journaliste

Le plus grand pays d’Amérique latine possède pétrole, gaz, minerai de fer, acier, café, sucre, céréales, etc., à peu près toutes les matières premières dont le cours flambe ces derniers temps. Pour l’heure, la Bourse brésilienne a le vent en poupe.

A toute guerre ses perdants, mais aussi ses gagnants. La semaine dernière, nous évoquions ici le regain d’intérêt envers le secteur de la défense. Plusieurs pays et régions bénéficieront eux aussi de la guerre en Ukraine. L’Amérique latine, et le Brésil en particulier, seront de ceux-là. Le Brésil est malheureusement dans le top 5 mondial en termes de nombre de décès causés par le Covid-19 – son président, le très controversé Jair Bolsonaro, a longtemps nié la gravité de la pandémie, ce qui n’a pas aidé à la combattre. Les questions climatiques ne préoccupent pas beaucoup non plus celui que l’on surnomme le “Trump des tropiques”.

Alors qu’elle n’est même pas entièrement terminée, la crise sanitaire fait aujourd’hui place à une guerre. Mais cette fois, le plus grand pays d’Amérique latine part gagnant: il possède en effet pétrole, gaz, minerai de fer, acier, café, sucre, céréales, etc., à peu près toutes les matières premières dont le cours flambe ces derniers temps, et en lesquelles la guerre entre la Russie et l’Ukraine menace de rendre l’approvisionnement plus tendu encore qu’il ne l’était déjà. Tout cela rappelle dans une certaine mesure l’année 2018, quand le conflit commercial qui opposait les Etats-Unis à la Chine avait incité celle-ci à acheter à des pays d’Amérique latine, comme l’Argentine et le Brésil, des produits agricoles qu’elle importait auparavant des Etats-Unis.

Décennie mouvementée

Politiquement et économiquement, le Brésil sort d’une décennie mouvementée. Ses présidents successifs ont fait long feu. Emprisonnés ou destitués pour corruption, Luiz Lula da Silva et Dilma Rousseff ont ouvert une voie royale au populiste Bolsonaro. Malgré tout le potentiel qu’offrent l’économie brésilienne et sa classe moyenne émergente, le nombre d’émigrants a augmenté de 35%.

Sur le plan financier, le pays a beaucoup souffert l’an dernier de la politique de sa banque centrale. Pour lutter contre l’inflation et pour soutenir le réal, Roberto Campos, le président de l’institution, a en effet joué sur le levier du taux directeur, passé de 2% à l’origine à 10,75% récemment; il s’agit sans doute du resserrement le plus agressif pratiqué dans le monde occidental au cours de l’année écoulée.

Plus 10%

C’est la raison pour laquelle la Bourse brésilienne a chuté l’an dernier, alors que les marchés américains et européens brillaient. Mais aujourd’hui que les indices américains et européens plongent dans le rouge, l’iBovespa progresse de plus de 10%: il profite pleinement de l’escalade guerrière en Ukraine et de l’annonce selon laquelle le cycle de hausses des taux toucherait à sa fin. L’élection présidentielle d’octobre pourrait provoquer un nouveau regain de volatilité mais pour l’instant, la Bourse brésilienne a le vent en poupe.

Les trackers sur le Brésil, comme l’iShares MSCI Brazil ou le Lyxor Brazil, pourront intéresser l’investisseur.

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