La Turquie a régulièrement retenu l'attention de la communauté internationale ces dernières années. Et en particulier le président et ex-Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, l'homme fort de l'AKP, le parti au pouvoir. Il est désormais l'un des dirigeants les plus connus au monde et même en Belgique, la presse lui accordant un plus grand intérêt qu'à de nombreux autres chefs d'État et de gouvernement d'Europe occidentale. À une (légère) majorité de 51,4% (plus de 25,1 millions de voix), les Turcs ont dit " oui " au référendum du 11 avril dernier concernant une série de réformes constitutionnelles qui étendent le pouvoir du président. Selon ses opposants, Erdogan se rapproche ainsi d'un pouvoir totalitaire dans un régime présidentiel.
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La Turquie a régulièrement retenu l'attention de la communauté internationale ces dernières années. Et en particulier le président et ex-Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, l'homme fort de l'AKP, le parti au pouvoir. Il est désormais l'un des dirigeants les plus connus au monde et même en Belgique, la presse lui accordant un plus grand intérêt qu'à de nombreux autres chefs d'État et de gouvernement d'Europe occidentale. À une (légère) majorité de 51,4% (plus de 25,1 millions de voix), les Turcs ont dit " oui " au référendum du 11 avril dernier concernant une série de réformes constitutionnelles qui étendent le pouvoir du président. Selon ses opposants, Erdogan se rapproche ainsi d'un pouvoir totalitaire dans un régime présidentiel.La victoire d'Erdogan au référendum est le point d'orgue d'une longue série de mesures destinées à renforcer sa position depuis qu'il s'est maintenu au pouvoir en été 2016 (15 juillet) après l'échec d'un coup d'État fomenté par une partie de l'armée, selon lui à l'instigation du mouvement Gülen de Fethullah Gülen, un prédicateur réfugié aux États-Unis. C'était en tout cas l'occasion pour Erdogan de procéder à une purge à grande échelle et de mettre de côté de présumés opposants dans l'ensemble de l'appareil de l'État (armée, enseignement, justice, etc.). En fait, l'étoile Erdogan pâlit depuis 2013. Il y a d'abord eu l'opposition de nombreux citoyens à la disparition du parc Gezi à Istanbul. La manifestation a été réprimée par la force. Quand la durée maximale de son mandat de Premier ministre s'est terminée en 2013, Erdogan s'est fait élire président en 2014. Normalement une fonction honorifique, mais Erdogan a longtemps continué à présider les réunions du gouvernement et de l'AKP en violation de la constitution. La destruction d'un avion de chasse russe à la limite de l'espace aérien turc à l'automne 2015 fut l'énième incident à présenter sous un jour négatif le pays qui fait le lien entre l'Europe et l'Asie. Mais Erdogan reste un brillant stratège, comme le révèle le fameux accord qu'il a conclu avec l'Union européenne sur l'accueil des réfugiés ; depuis, il peut tout se permettre, y compris insulter des pays et dirigeants d'Europe occidentale uniquement pour soigner sa popularité en Turquie. Dans ces circonstances, on peut se demander comment le président peut toujours bénéficier du soutien de la population et rester populaire. En fait, Erdogan est un enfant de la profonde crise économique et financière qui a secoué la Turquie au début du siècle. C'est cette crise qui l'a porté au pouvoir, et ses premières années de mandat ont été impressionnantes. Erdogan a réformé l'économie et fut le grand inspirateur du " miracle économique turc " avec, pour la première fois dans l'histoire du pays, à la fois une discipline budgétaire, une inflation sous contrôle, un recul de la pauvreté, une forte augmentation des investissements étrangers et le remboursement des crédits au FMI. Alors que 30,3% de la population turque vivait toujours sous le seuil de pauvreté international en 2002, ce taux était retombé à 1,6% à peine en 2015. La dette publique est retombée de 77% du produit intérieur brut (PIB) en 2001 à 32% du PIB en 2016. Le déficit budgétaire a plongé de 13% en 2001 à 1% - 2% ces dernières années. Entre 2002 et 2017, la Turquie comptait parmi les pays qui enregistraient la croissance la plus rapide au monde, ce qui a permis au pays de grimper de la 26e à la 15e place au classement des plus grandes économies au monde. La Turquie est également membre du G-20, le club qui rassemble les vingt plus grandes économies au monde, et a été reprise par Goldman Sachs en 2005 dans les " Next 11 ", le groupe de onze pays qui affichent les perspectives les plus prometteuses parallèlement aux BRIC. Les Nations unies classent la Turquie parmi les pays à fort développement humain. Le principal problème aujourd'hui reste un déficit significatif, et le réduire sera un défi important pour Erdogan et son gouvernement. La méfiance croissante que suscitent la politique et l'économie turques se reflète dans le recul presque constant de la livre turque par rapport au dollar américain et à l'euro ces cinq dernières années. Le taux de change est ainsi passé de 2,25 TRY pour 1 EUR en 2012 à 4,14 TRY pour 1 EUR au début de cette année. Par rapport au dollar américain, le taux de change a explosé de 1,75 TRY pour 1 USD à un peu moins de 4 TRY pour 1 USD au début cette année. La TRY a donc perdu plus de la moitié de sa valeur par rapport au billet vert. La publicité négative, le ralentissement de la croissance économique (le tourisme aussi a souffert des chamailleries entre Erdogan et la Russie ou l'Union européenne), les déficits courants élevés, les attentats constants et sanglants du PKK et de l'IS à Istanbul et dans d'autres villes ainsi que la baisse des investissements ont incité les investisseurs à éviter la monnaie turque. Même si on note un léger redressement ces dernières semaines (de 3,95 à 3,57 TRY pour 1 USD et de 4,14 à 4,02 TRY pour 1 EUR).Malgré ses nombreux défauts, Erdogan apporte une stabilité politique qu'apprécient énormément les marchés financiers. De plus, la Turquie conserve des atouts importants à (très) long terme, avec une population très jeune (25% de la population a moins de 15 ans) et en forte croissance (80,3 millions d'habitants en 2016, contre 12 millions il y a cent ans).La Bourse turque a repris du poil de la bête. L'indice Borsa Istanbul 100 affiche un gain de 20% depuis le début de l'année et a atteint un record de 96.500 points après avoir franchi ces dernières semaines son pic précédent d'environ 93.200 points, qui datait de fin mai 2013. Depuis, l'indice de référence faisait du yoyo entre grosso modo 60.000 et 90.000 points. Après la forte hausse de ces derniers mois, une pause est possible, mais la Bourse turque reste une opportunité à long terme. D'autant que les banques turques sont saines et les dettes publiques faibles. Et surtout parce que les actions turques se négocient à seulement 9,5 fois le bénéfice attendu cette année, 1 fois le chiffre d'affaires et 1,3 fois la valeur comptable. Soit une valorisation moyenne inférieure de 35% à celle des grandes actions européennes de l'indice Stoxx600 (16 fois le bénéfice attendu cette année, 1,3 fois le chiffre d'affaires et 1,9 fois la valeur comptable), ce qui fait également de la Bourse turque l'un des marchés d'actions les moins chers d'Europe.