L'entrée en Bourse, ce 9 mai, d'Uber Technologies, marque un nouveau climax dans le flux d'introductions récemment enregistrées à Wall Street. L'application qui met en contact utilisateurs et conducteurs réalisant des services de transport était valorisée à 75,5 milliards de dollars sur la base d'un prix de souscription de 45 dollars, ce qui a permis au groupe de lever 8,1 milliards de dollars. Uber est l'une des 10 plus grandes introductions, et la plus importante des cinq dernières années ou presque, opérées en Bourse de New York. Reste qu'elle s'est effectuée sans gloire et que les nouv...

L'entrée en Bourse, ce 9 mai, d'Uber Technologies, marque un nouveau climax dans le flux d'introductions récemment enregistrées à Wall Street. L'application qui met en contact utilisateurs et conducteurs réalisant des services de transport était valorisée à 75,5 milliards de dollars sur la base d'un prix de souscription de 45 dollars, ce qui a permis au groupe de lever 8,1 milliards de dollars. Uber est l'une des 10 plus grandes introductions, et la plus importante des cinq dernières années ou presque, opérées en Bourse de New York. Reste qu'elle s'est effectuée sans gloire et que les nouveaux actionnaires n'ont pas encore beaucoup profité de leur investissement: l'action a en effet rapidement piqué du nez.Au cours des semaines précédentes, à l'inverse, plusieurs autres licornes (jeunes entreprises affichant une valeur boursière d'un milliard de dollars au moins) étaient très vite parties à la hausse. Zoom Video Communications, en particulier, avait bondi de 72% en une séance, tandis que le cours de Beyond Meat se hissait d'emblée de 25 à 65,75 dollars, ce qui représente une envolée de non moins de 163%.Les analystes et stratégistes sont à l'affût des signes de surchauffe. Lorsque fusions et acquisitions, ou introductions, se multiplient, c'est que l'appât du gain inhibe toute prudence et que les marchés sont mûrs pour un repli, potentiellement sensible. Or la Bourse de New York enchaîne actuellement les introductions; alors que le second semestre est loin d'être bouclé, la somme des fonds levés durant cette période a atteint le niveau le plus élevé des cinq dernières années (depuis le troisième trimestre de 2014 précisément, soit l'époque à laquelle le groupe Alibaba avait fait son entrée en Bourse).L'emballement peut également être déduit de la combinaison de deux facteurs: la piètre qualité des nouveaux venus, conjuguée à la hausse spectaculaire de leur cours dès les premières séances. Or ces derniers temps, la quasi-totalité des introductions concerne des actions de croissance déficitaires, d'entreprises qui ont encore tout à prouver et dont la position sur le marché est généralement trop faible pour qu'elles puissent espérer devenir rentables à moyen terme. Ce qui ne les a pas empêchées de rebondir très vigoureusement dans la plupart des cas, le record absolu étant détenu par Beyond Meat. Ces hausses insensées nous rappellent "la folie dotcom" des années 1999 et 2000 (le phénomène s'était produit à une vingtaine de reprises à l'époque). Il faut savoir que les organismes financiers qui encadrent les IPO font tout pour obtenir le prix d'introduction le plus élevé possible, et qu'ils attendent que le cours soit arrivé à un sommet pour organiser l'opération - les introductions en Bourse n'ont pas, tant s'en faut, pour objectif premier de satisfaire les acquéreurs. C'est pourquoi nous considérons cette ruée comme un signal d'alarme.