Les réunions préliminaires du G-20 furent particulièrement houleuses. Ministres des finances et gouverneurs de banque centrale ne sont pas parvenus à s'entendre. Tous se sont reproché notamment de n'entreprendre rien d'efficace pour relancer la conjoncture ou de se livrer à une guerre sur le marché des changes. Le Fonds monétaire international (FMI), flanqué de la Banque Mondiale, toujours présents lors de pareilles réunions pompeuses, ont martelé à qui les écoutait que les taux d'intérêt négatifs favorisaient, sinon la récession, tout au moins le déclin économique.
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Les réunions préliminaires du G-20 furent particulièrement houleuses. Ministres des finances et gouverneurs de banque centrale ne sont pas parvenus à s'entendre. Tous se sont reproché notamment de n'entreprendre rien d'efficace pour relancer la conjoncture ou de se livrer à une guerre sur le marché des changes. Le Fonds monétaire international (FMI), flanqué de la Banque Mondiale, toujours présents lors de pareilles réunions pompeuses, ont martelé à qui les écoutait que les taux d'intérêt négatifs favorisaient, sinon la récession, tout au moins le déclin économique.La réunion avait pourtant débuté sous de bons auspices. Les États-Unis venaient précisément de publier des chiffres correctifs au sujet de la croissance au dernier trimestre de l'année passée. Le pays aurait progressé de 1% au lieu des 0,7% annoncés précédemment. Et ce, malgré les prévisions pessimistes du FMI qui venait de les revoir à la baisse pour la seconde fois. L'embellie américaine a fait long feu. Et pour cause. En y regardant de plus près, l'on s'aperçoit que l'amélioration provient d'un stockage plus important. L'économie américaine produit donc plus pour stocker plus.Les banques centrales occidentales reprochaient quant à elles à leurs collègues chinois une communication insuffisante sur leur politique monétaire. Elles ne supportent manifestement pas d'être prises au dépourvu lors d'une adaptation de cette politique. Les États-Unis ne comprennent pas pourquoi il a fallu remplacer le panier de référence ne comprenant que le dollar (USD) par un nouveau qui comprend douze autres monnaies supplémentaires. Ils ont aussi sévèrement critiqué les pays disposant d'un surplus sur leur balance des paiements qui ne l'utilisent pas pour accélérer la reprise mondiale. Le reproche visait la Chine et l'Allemagne.La Grande-Bretagne, de son côté, affirme qu'elle souffre des taux d'intérêt négatifs et de la baisse des taux de change pratiqués par d'autres pays. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre s'active pour obtenir des garanties dans ce domaine en vue de réduire la volatilité des taux de change. Le ministre allemand Schäuble lui a emboîté le pas, confirmant l'inefficacité de taux négatifs. Tant que la demande fera défaut, la croissance restera absente.En clair, chacun est venu défendre son point de vue et ses priorités sans accepter ceux des autres. Ils n'ont pas facilité la tâche des dirigeants qui leur succédaient. Il ne faut donc pas s'attendre à quelque déclaration mirobolante. Les marchés réagiront avec violence dans le courant de cette semaine. Car, en dépit du fait qu'on tente par tous les moyens de taire la précarité dans laquelle le système se trouve, tous savent qu'il est impossible de continuer de la sorte. Des mesures draconiennes sont indispensables. La géopolitique les influencera incontestablement.Le G-20 est en fait composé de deux groupes distincts. Le premier comprend les pays industrialisés (G-7), qui souhaitent que rien ne change et conserver leurs privilèges. L'autre groupe, en revanche, veut changer le système. Ses membres comprennent que, faute de changement, ils n'ont aucune emprise sur ce qui se passe. Le prix de ce qu'ils produisent, par exemple, est fixé en Occident. Le paiement de leurs transactions se fait essentiellement en USD. Ce qui leur procure un risque de change qu'ils souhaitent mieux maîtriser.Ce second groupe, comprenant les membres des BRICS, s'active déjà depuis plus de deux ans pour instaurer de nouvelles mesures. La crise actuelle a ralenti leur implantation, mais pas leur volonté d'y parvenir. Dès que les voix seront comptées en Iran, on peut s'attendre à une nouvelle attaque contre l'USD. L'Iran est l'un des premiers producteurs de pétrole qui vend son or noir en euro (EUR) ou, sur demande, dans une autre monnaie. Il est aussi prévu que la fixation du prix ne se fera plus en Occident, comme c'est déjà le cas pour d'autres pays producteurs.Tout ceci inquiète fortement les banques. Elles ont envoyé leurs représentants pour forcer les délégations à trouver des compromis. Elles craignent sinon que les banques centrales perdront toute crédibilité. La confiance disparaît lentement. On le constate déjà sur les marchés de l'argent au jour le jour, là où les banques s'épaulent mutuellement. L'activité s'y est sensiblement réduite. On l'a vu aussi sur le marché obligataire où, malgré la baisse des taux d'intérêt, les titres bancaires restent chahutés. Les semaines à venir seront plus chaotiques encore qu'elles ne l'ont été jusqu'ici.Les incertitudes étaient les plus palpables sur le marché des changes. Les devises y ont été bousculées toute la semaine. La remontée inopinée du prix du pétrole a toutefois amélioré quelque peu la confiance. L'USD en a profité, se redressant de 0,8% face à l'EUR. L'inquiétude concernant le résultat du referendum anglais du 23 juin prochain pèse sur la livre (GBP) qui a cédé 1,3%. Les devises liées aux matières premières ont bondi en avant suite à la hausse du prix du baril. Notons cependant que cette hausse est fortuite et provient de pannes dans des pipelines turcs et nigériens, réduisant la production quotidienne de 1% en tout. Cela n'a pas empêché le réal brésilien (BRL) de gagner 3,5% d'un coup. Le rouble (RUB) a progressé de 2,6%, le dollar canadien (CAD) de 2,45% et le peso mexicain (MXN) de 1,85%. Les autres devises liées aux matières premières ont elles aussi bénéficié d'un regain d'intérêt. Le dollar australien (AUD) a gagné 2,2%, le néo-zélandais (NZD) 2,5%. Seul le rand (ZAR) a abandonné 0,7%, affaibli par les complications budgétaires du pays. Sur le marché des capitaux, on a remarqué une forte baisse du volume traité. Les oscillations des cours sont toutefois restées importantes dans plusieurs secteurs du marché. Les souveraines européennes de longue durée, par exemple, ont fortement grimpé, tout comme les titres des émetteurs liés au négoce des matières premières, mais non ceux des producteurs de celles-ci. Les obligations émises par la Bourse de Londres ont progressé suite à l'annonce d'une fusion avec la Bourse de Francfort. Les titres à long terme en GBP, par contre, ont chuté. Les échelles des taux d'intérêt ont poursuivi leur lente descente sur le continent européen, alors qu'elles remontaient légèrement dans la zone dollar. Cela fait que les différentiels de taux d'intérêt entre les principales devises augmentent, ce qui ne contribuera pas à apaiser le marché des changes.Les émetteurs de renom se pressent toujours sur le marché primaire. Ils y placent d'importantes émissions, profitant ainsi de la faiblesse relative des taux d'intérêt tant que celle-ci sévit encore. Les émissions se font dans toutes les devises disponibles avec, cependant, une préférence pour l'USD. De toutes les nouvelles émissions proposées la semaine passée, une seule mérite attention et encore, elle ne convient qu'à ceux qui utilisent effectivement l'USD. Il s'agit de la supranationale Banque Africaine de Développement (AAA) qui lance un emprunt à trois ans dont les conditions sont conformes à ce qui s'obtient sur le marché secondaire. Le titre se négocie déjà aux alentours de son prix de souscription sur le marché gris.