Il faut se méfier des thèmes d'investissement devenus extrêmement populaires: souvent, leur apogée a déjà eu lieu et lui succèdent de (très) nombreuses années de rendements décevants. C'est le cas des investissements dans les marchés émergents en général, et en particulier dans les BRIC, un acronyme désignant le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, inventé au début du siècle par l'économiste Jim O'Neill, qui estimait que ces quatre économies de pointe afficheraient vers 2050 le produit intérieur brut (PIB) le plus élevé au monde, symbolisant l'avantage de croissance d...

Il faut se méfier des thèmes d'investissement devenus extrêmement populaires: souvent, leur apogée a déjà eu lieu et lui succèdent de (très) nombreuses années de rendements décevants. C'est le cas des investissements dans les marchés émergents en général, et en particulier dans les BRIC, un acronyme désignant le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, inventé au début du siècle par l'économiste Jim O'Neill, qui estimait que ces quatre économies de pointe afficheraient vers 2050 le produit intérieur brut (PIB) le plus élevé au monde, symbolisant l'avantage de croissance des marchés émergents par rapport aux économies développées. Cette croissance supérieure devait être synonyme de rendements supérieurs.Hélas, sur les 10 dernières années, la promesse n'a pas été tenue. Certes, le Sensex, l'indice de référence de la Bourse indienne, a affiché une performance voisine de celle de l'indice Standard & Poor's 500 en monnaie locale sur 10 ans, mais en euros, le S&P 500 a généré un rendement total (hausse des cours + dividendes) de 318% (15,4% par an en moyenne), contre 213% pour le marché indien (12,1% par an en moyenne) et, après deux années très difficiles, seulement 126% (8,5% par an en moyenne) pour l'indice chinois CSI300. La performance de l'indice russe RTS est encore plus faible, avec 84% (6,3% par an) et la lanterne rouge, l'indice brésilien Ibovespa, affiche un rendement symbolique de 1% (0,05% par an) en euros sur 10 ans!Les BRIC ont surpassé les marchés émergents dans leur ensemble. Sur la décennie, le S&P 500 devance le MSCI Emerging Markets de 216%. Aujourd'hui, le populaire tracker iShares MSCI Emerging Markets ETF (36,20 dollars, coté au NYSE sous le ticker EEM et le code ISIN US4642872349), par exemple, se négocie en dessous de ses niveaux de 2010.Le MSCI Emerging Markets affiche à ce jour, malgré la vigueur du dollar, un rendement inférieur de 9% à celui du S&P 500, dont la performance depuis le début de l'année est pourtant médiocre. Investir dans les marchés émergents se justifie néanmoins. Alors que la classe moyenne occidentale est sous pression, celle des pays émergents connaît toujours une croissance régulière et voit donc son pouvoir d'achat augmenter. Par ailleurs, l'on compte 800 millions de milléniaux rien qu'en Asie, et des centaines de millions en Afrique et en Amérique latine également. Cette population jeune offre un beau potentiel de croissance pour les décennies à venir. Le marché chinois du commerce électronique est déjà le plus important au monde. En outre, les marchés boursiers émergents sont nettement sous-valorisés, à seulement 10 fois les bénéfices et 1,1 fois la valeur comptable attendus, et à 1,1 fois le chiffre d'affaires. Ces ratios sont inférieurs de plusieurs dizaines de points de pourcentage à la moyenne historique. Dès lors, ces marchés pourraient bien nous surprendre agréablement en 2023.