La Banque Centrale Européenne (BCE) vient de passer le cap des 1.000 milliards d'euros (EUR) d'achats de titres sur le marché obligataire dans le cadre de sa politique d'assouplissement monétaire. À l'instar de ses collègues, Mario Draghi ne voit aucune raison de changer de cap. Il estime que l'amélioration est manifeste quoique lente. Il attribue cette lenteur au laxisme des gouvernements. Quoi qu'il en dise, sa politique monétaire laisse cependant à désirer. Le doute s'installe partout. On a pu s'en rendre compte la semaine passée sur le marché des capitaux.
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La Banque Centrale Européenne (BCE) vient de passer le cap des 1.000 milliards d'euros (EUR) d'achats de titres sur le marché obligataire dans le cadre de sa politique d'assouplissement monétaire. À l'instar de ses collègues, Mario Draghi ne voit aucune raison de changer de cap. Il estime que l'amélioration est manifeste quoique lente. Il attribue cette lenteur au laxisme des gouvernements. Quoi qu'il en dise, sa politique monétaire laisse cependant à désirer. Le doute s'installe partout. On a pu s'en rendre compte la semaine passée sur le marché des capitaux.On sait que la BCE peine de plus en plus à récolter les 80milliards EUR mensuels. Il est vrai que la Banque s'est compliqué inutilement la vie en refusant d'acheter des titres rapportant moins que son taux minimal (-0,4%). Elle refuse aussi d'acheter des titres bancaires. Or ces derniers constituent la part la plus importante du marché, après les titres souverains. Les professionnels s'attendaient donc à ce que la BCE diminue son tarif minimal pour s'octroyer une marge de manoeuvre plus large. Certains espéraient même qu'elle mit fin à ces achats d'emblée, alors que leur terme est maintenu jusqu'à fin mars 2017.Cette politique est suicidaire. Elle pousse les taux de rendement toujours plus bas, sans effet de croissance apparent. Ni les ménages, ni les entreprises ne dépensent leurs avoirs en comptes, comme on pouvait s'y attendre. Tous préfèrent conserver cet argent. On a observé d'innombrables émissions d'entreprises la semaine dernière. Henkel, Royal Dutch Shell, Sanofi, Siemens, Schaeffer, Schneider Electric ont émis toute une série de nouveaux emprunts, essentiellement en EUR. Henkel et Sanofi sont même parvenues à émettre leurs emprunts à taux négatif!Ce qui surprend, c'est qu'aucune de ces entreprises n'a besoin d'argent frais. Leur trésorerie abondante leur permet de financer n'importe quel investissement ou acquisition. Mais elles préfèrent lancer de nouveaux emprunts qui leur rapportent plutôt que de conserver leur argent sur des comptes courants coûteux. Telle est la principale raison de ces émissions.Tous ces nouveaux titres ont facilement trouvé acquéreurs. Les investisseurs intéressés ont d'ailleurs vendu à cet effet les titres souverains à long terme qu'ils possédaient. De cette manière, ils ont encaissé les fortes plus-values que ces titres dégageaient du fait de la baisse continue des taux d'intérêt. Leur vente a toutefois raidi légèrement les échelles des taux d'intérêt, pas uniquement en EUR d'ailleurs. Cela faisait longtemps que le taux de rendement du Bund à dix ans n'était repassé au-dessus de la barre de 0%.Il est clair que la poursuite de cette politique monétaire favorisera l'émission d'emprunts industriels sans que l'économie dans son ensemble en profite. Ce genre d'émissions fait partie de la gestion active de la trésorerie. Les entreprises ayant une trésorerie bien fournie trouveront aisément des acheteurs. Ces derniers savent qu'ils ne courront aucun risque de non-remboursement. Et s'ils sont obligés de se défaire prématurément de leurs obligations, ils savent qu'ils pourront toujours les présenter à la BCE.Tous ne sont bien sûr pas logés à la même enseigne. Les émetteurs de qualité médiocre n'ont pas la possibilité d'émettre à taux négatif. Le différentiel de rendement diminue, certes, mais il impliquera toujours un minimum de croissance pour s'en acquitter. S'il ressort des chiffres macroéconomiques que la croissance est revenue, bien que très modeste, force est d'admettre qu'elle ne provient pas d'augmentations de chiffres d'affaires mais plutôt de revalorisations et stockages. Il est clair qu'amasser de l'argent ou des produits ne rendra personne plus riche.La déception était grande sur les places financières. Tous les regards sont dorénavant tournés vers la Banque centrale américaine (Fed), dont le comité monétaire se réunira ce 21septembre. Sur le marché des changes, l'EUR a progressé, maintenant que tout le monde sait qu'il ne sera pas affecté par une baisse des taux d'intérêt. Il s'est raffermi de 0,7% face au dollar (USD) et de 0,35% face à la livre (GBP). Les devises à haut rendement ont excellé. Le rouble (RUB) a gagné 1,45% et le rand (ZAR) 0,7%. Seule la lire turque (TRY) a fléchi de 0,9%. Les devises liées aux matières premières ont bien résisté.D'importants glissements ont eu lieu sur le marché des capitaux. Les titres de pacotille ont progressé dans toutes les devises principales, tandis que les emprunts à long terme des souverains de qualité ont reculé. On comptait deux fois plus de titres orientés à la baisse qu'inversement dans les principales devises. Pour les devises à haut rendement, par contre, la tendance était inverse.Les émissions industrielles ont fortement concurrencé les bancaires sur le marché primaire. Elles rencontraient nettement moins de difficultés que ces dernières, pourtant dûment soutenues. Le petit porteur reste délaissé. Quand des emprunts lui sont destinés, leur rendement est insuffisant. C'est le cas, par exemple, de la RCI Banque (BBB), la filiale financière de Renault. Son rendement est par trop modeste et accuse un manque de l'ordre de 0,6% par rapport à ce qui convient sur le marché secondaire.Kudelski (sans notation) est une entreprise de sécurisation électronique suisse. Son émission de 150millions de francs suisses (CHF) affiche un rendement de 1,5%. L'émission est très recherchée et s'échange déjà largement au-dessus du pair (100%) sur le marché gris, à 101,6%, ce qui lui procure encore un rendement de 1,29%. Cette générosité trahit bien entendu une qualité plus que médiocre. Les conditions de l'émission de la BEI (AAA, supranationale) en GBP sont correctes. Nous la déconseillons toutefois. Il est en effet trop tôt pour investir en GBP.