Tandis que la Banque centrale européenne (BCE) a fait des promesses, sa collègue chinoise a agi effectivement en abaissant ses taux directeurs de 0,25%. Deux événements qui ont créé une euphorie sur les places financières. C'est qu'ils confirment que l'argent restera bon marché pour un bon moment encore. Pourtant, ils dénotent un malaise profond : l'économie ne redémarre pas.
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Tandis que la Banque centrale européenne (BCE) a fait des promesses, sa collègue chinoise a agi effectivement en abaissant ses taux directeurs de 0,25%. Deux événements qui ont créé une euphorie sur les places financières. C'est qu'ils confirment que l'argent restera bon marché pour un bon moment encore. Pourtant, ils dénotent un malaise profond : l'économie ne redémarre pas.L'attitude du président de la BCE, Mario Draghi, est plutôt inquiétante. Il est peu utile d'ouvrir grand les vannes monétaires si cette façon d'agir n'apporte rien. On se rappelle que l'expansion monétaire débutée en mars dernier avait pour but de redresser la conjoncture et d'accélérer l'inflation. Au bout de sept mois, aucun de ces objectifs n'évolue dans la direction escomptée. La croissance fait toujours défaut et l'inflation risque de sombrer sous le zéro.Selon les dires du président de la BCE, l'échec de la politique est imputable au manque d'efforts de la part des gouvernements. Aussi préconise-t-il que ceux-ci consentent à d'importants investissements. Une demande pour le moins grotesque. Quasiment aucun gouvernement ne dispose des moyens nécessaires pour procéder à de tels investissements. Leur endettement dépasse aujourd'hui les limites convenues et la Commission leur impose l'austérité. Comment faire rimer ces contradictions ?Chute de l'euroIl va de soi que la politique de la BCE vise surtout à rendre la monnaie commune meilleur marché afin de soutenir le secteur des exportations. Et effectivement, depuis l'annonce de la BCE, l'euro (EUR) a chuté, immédiatement imité par les devises de l'Europe de l'Est. Bien entendu, le mouvement sera de courte durée. Surtout depuis que la Chine a réduit ses taux directeurs au lendemain de l'annonce de la BCE. En clair, on assiste à une nouvelle phase de la guerre des devises.Peu avant son départ pour une tournée à travers le monde, le président chinois, Xi Jinping, affirmait que son pays enregistrera une croissance de 7% cette année. La majorité des analystes doutent de la pertinence de ce taux. Mais la Chine nous a habitués depuis plusieurs années à atteindre le taux de croissance qu'elle s'était fixé. On peut imaginer qu'elle adapte les chiffres en conséquence. Peu importe, en fait. Mais si la croissance est toujours là, pourquoi la Chine devait-elle abaisser ses taux directeurs ?Il devient évident que la Chine ne veut pas être victime des mesures monétaires prises par l'Occident. L'hésitation de la Banque centrale américaine (Fed) à changer de cap influe sur le dollar (USD), qui se raffermit de plus belle. Cette hausse hypothèque la reprise américaine et complique la politique à suivre par la Fed. Elle fragilise en outre la position concurrentielle des Etats-Unis. Ce qui n'est certainement pas pour déplaire à la Chine.Glissement vers l'EuropeLes déclarations de Draghi jeudi dernier ont déplacé le danger concurrentiel de l'Amérique vers l'Europe. La réduction des taux directeurs chinois, bien que propice à l'économie de ce pays, diminue l'avantage que la BCE souhaitait obtenir verbalement et a finalement eu pour effet de maintenir le statu quo. Draghi devra engager des mesures plus concrètes s'il veut rester crédible. Ajoutons que Yellen, la présidente de la Fed, devra en faire autant.Pour la Chine, il importe que le yuan (CNY) évolue parallèlement à l'USD, de sorte qu'aucun désavantage de change ne survienne. Et effectivement, les deux devises se sont raffermies de 2,5% face à l'EUR Leur parité se maintient donc. Les autres devises ont réagi en ordre dispersé. Deux camps sont apparus, le premier suivant la hausse de l'USD, comme la livre (GBP) ou le rouble (RUB), les dollars australien (AUD) et néo-zélandais (NZD); le second réduisant cette hausse autant que possible. Le yen (JPY) en était un exemple, avec un redressement de 1%, ou le franc suisse (CHF), qui l'a réduit à 0,15%.Activité soutenueL'esprit était par contre à la fête sur le marché des capitaux. Les titres à long terme et les souveraines périphériques européennes ont fortement grimpé. Les titres pourris étaient également prisés, surtout en USD, alors que les obligations industrielles étaient plutôt boudées. Les pharmaceutiques sont dans la tourmente et celles au nom de Nyrstar accusent de lourdes pertes. La tendance générale était modérément positive, sauf en GBP, AUD et NZD où l'on dénombrait jusqu'à cinq fois plus de valeurs orientées à la baisse qu'inversement. Les échelles des taux d'intérêt ont glissé vers le bas tout en s'aplatissant légèrement. Le mouvement dépassait rarement les 5 points de base (0,05%).Sur le marché primaire également l'activité était très soutenue, et elle s'accentuera probablement encore durant cette semaine. La plupart des nouvelles émissions s'adressent principalement aux investisseurs institutionnels. La qualité reste recherchée, hormis les émissions bancaires qui sont toujours soutenues. Cela se remarque aux différentiels entre les cours acheteur et vendeur pratiqués sur le marché gris.Deux emprunts en USDLa Roumanie (BBB-) lance deux emprunts en EUR. Celui à dix ans offre environ 1,9% de plus que la moyenne du marché, ce qui est conforme aux conditions de celui-ci. L'emprunt à 20 ans est moins généreux et ne donne que 1,4% de mieux que la moyenne du marché. Les deux émissions cotent déjà sur le marché gris, 1,5% au-dessus de leur prix de souscription. L'International Finance Corporation (AAA, supranationale), la filiale privée de la Banque Mondiale, offre un rendement de 12,23% à 5 ans en real brésilien (BRL). Ce qui est parfaitement correct. Le BRL s'est raffermi de 1,45% la semaine dernière. Ses perspectives restent toutefois moroses. La devise ne convient que dans les portefeuilles importants et ne s'adresse qu'à ceux qui sont disposés à renouveler leur position en cas de perte sur le change. Rothesay Life (sans notation) est un fonds de pension anglais. Vu le rendement proposé, l'émission fait partie des pourries. Ce qui n'empêche pas le titre de coter largement au-dessus de son prix de souscription, à 102%, sur le marché gris. Parmi les emprunts en USD, seuls ceux d'Export Development Canada (AAA, avec garantie d'Etat) et de la Bank Nederlandse Gemeenten (AA+, avec garantie d'Etat) méritent attention, à condition d'utiliser effectivement l'USD.