L’après-ruée vers l’intelligence artificielle

Désormais, les investisseurs suivent de près les bénéfices des acteurs de la robotique et de l’intelligence artificielle.

La robotique et l’intelligence artificielle (IA) sont deux disciplines relativement jeunes qui connaissent une évolution très rapide. Si la valorisation des entreprises du secteur s’est envolée l’an dernier, elle est revenue, pour la plupart d’entre elles, à des niveaux plus réalistes. Les investisseurs sont plus critiques. Il ne suffit plus qu’un acteur se spécialise dans ces domaines pour qu’ils portent aux nues son action. Ses bénéfices ou à défaut, ses perspectives de rentabilité, sont un élément crucial, désormais.

Des robots? Oui, mais utiles

Tout le monde ou presque se souvient d’Atlas, le robot humanoïde capable de faire des saltos arrière. Il a été créé par Boston Dynamics, filiale du géant japonais Softbank. Le constructeur de robots appartenait auparavant à Google. Pour autant, le géant ne s’est pas retiré du marché de la robotique. A ses yeux, cette niche-là n’est pas la plus prometteuse. Atlas et ses semblables ont certes fait le buzz parce qu’ils suscitent l’admiration. Mais ils ne sont pas d’une grande utilité. Et tel est le sentiment de nombre d’experts: la robotique (relativement) simple a un plus grand avenir. Ainsi le laboratoire Robotics at Google oeuvre-t-il au développement de robots utiles, par le biais du machine learning (techniques d’apprentissage automatique). Il met au point des systèmes autonomes, aptes à accomplir des tâches et à apprendre de leurs erreurs.

Leaders

Tout le monde s’accorde à dire que la robotique et l’IA recèlent un potentiel gigantesque. Mais toute entreprise qui se spécialise dans ces disciplines n’est pas nécessairement gagnante. Il faut pouvoir s’imposer sur ce marché, où rivalisent aussi des géants. Outre Google, il y a Amazon, Apple, Facebook, IBM et Microsoft, qui, disposant tous déjà de quantités gigantesques de données, ont une longueur d’avance : grâce à elles, leurs nouveaux systèmes apprendront plus vite.

Microsoft a d’ailleurs présenté récemment son casque HoloLens 2, une version plus aboutie de ses lunettes de réalité augmentée, mais destinée cette fois au monde de l’entreprise (chirurgiens, ingénieurs, etc.). S’il est relié au service cloud Azure de Microsoft, l’appareil verra ses capacités de calcul décuplées. Dans ce segment, Amazon Web Services (AWS) peine déjà à rattraper Microsoft; il faut dire que la firme de Redmond fait appel à bien plus de développeurs d’applications qu’AWS, que Google ou que Salesforce.

Les experts estiment que d’ici à 2035, l’IA va accroître de 10 à 40% la productivité de la main-d’oeuvre dans onze pays industrialisés occidentaux et au Japon. Selon l’institut McKinsey, 70% des entreprises recourront à au moins une forme d’IA d’ici à 2030. Ce qui risque bien de renforcer encore la position des acteurs dominant le marché.

Infinité d’applications

L’IA s’immiscera rapidement dans un nombre croissant de secteurs. Le système de santé n’y échappe pas. Chaque jour ont lieu, dans nos hôpitaux, des opérations assistées de robots. Demain, ceux-ci seront sans doute complètement autonomes. Sur ce marché, le géant pharmaceutique américain Johnson & Johnson a annoncé récemment l’acquisition, pour trois milliards d’euros, d’Auris Health, qui a développé un robot télécommandable capable de dépister des tumeurs dans les poumons. Il identifie ces dernières sans chirurgie (observation grâce à des caméras introduites dans les ouvertures naturelles du corps). Sa plateforme Monarch a été approuvée par la FDA l’an dernier. Comme l’a dit le chirurgien belge spécialisé dans la robotique et illustre médecin Alex Mottrie, “les applications de l’IA sont infinies”.

La robotique et l’IA façonnent par ailleurs l’avenir du secteur automobile. Depuis des années déjà, des robots fabriquent des voitures. Mais principalement des robots non intelligents, qui exécutent inlassablement de mêmes tâches simples, certes vite et bien. A présent, l’on recourt à l’IA en vue d’améliorer les processus de production. L’IA dope également les véhicules robotisés, segment où des progrès rapides sont attendus. Une foule de capteurs, radars, caméras et logiciels les équipe afin de les rendre autonomes. Equipement qui doit être alimenté par une multitude de données… Rien d’étonnant à ce que Google et Apple portent un tel intérêt au secteur automobile.

Spécialistes

Sur les marchés de l’IA et de la robotique, l’on trouve, outre les grandes groupes technologiques cités, des entreprises plus spécialisées.

Nvidia est un producteur de matériel informatique (cartes graphiques, puces pour cartes mères et appareils mobiles). On trouve des éléments Nvidia dans presque tous les ordinateurs de presque tous les grands fabricants de matériel informatique. Bien que l’action ait reculé de près de 20% sur les douze derniers mois, elle constitue l’un des meilleurs investissements de l’indice S&P 500 sur les deux dernières décennies. Nous gardons un oeil sur elle.

Salesforce, qui propose des solutions de gestion de la relation client, est une incroyable success-story. Alors que son action s’échangeait à huit dollars il y a dix ans, elle vaut 154 dollars aujourd’hui. Au cours de la décennie passée, elle n’a connu qu’un léger accès de faiblesse, et ce fut à la fin de l’an dernier. Sur les douze derniers mois, son cours a gagné 40%, tandis que les valeurs technologiques cédaient de plus en plus de terrain. Ce titre de qualité se paie au prix fort actuellement. Nous conseillons d’attendre un repli, pour l’acquérir.

Son nom a une consonance japonaise, mais Kuka est une entreprise allemande qui a été achetée récemment par des Chinois. Elle est l’un des plus grands fournisseurs mondiaux de robotique, de techniques d’assemblage et d’ingénierie de systèmes. En octobre 2017, l’action a culminé à 248 euros. Depuis, elle a perdu environ trois quarts de sa valeur, le rapport cours/bénéfice a diminué de moitié, à 35. Le consensus attend un redressement du bénéfice cette année. Toute baisse de cours constituera dès lors une fenêtre d’entrée.

Fanuc est spécialisée dans l’automatisation de toutes les activités opérationnelles possibles à l’aide de robots. L’entreprise est basée à Tokyo, mais ses actions se négocient également sur le Nasdaq. Début 2018, l’action coûtait deux fois plus cher qu’aujourd’hui. Nous conseillons d’attendre.

Le groupe japonais Yaskawa Electric Corporation produit notamment des servosystèmes et robots industriels destinés à l’assemblage, au revêtement, etc. L’action, qui cote sur plusieurs Bourses, dont le Nasdaq, se portait très bien sur la place de Tokyo jusqu’à l’exercice dernier, catastrophique. L’action semble retrouver une valorisation convenable et offrir des opportunités pour l’investisseur actif, conscient des risques.

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