Il y a plus d'un an, les conséquences négatives de la crise bancaire sur les principales économies mondiales semblaient maîtrisées. Les économistes parlaient alors de "croissance synchrone": Amérique du Nord, pays émergents, zone euro et Japon connaissaient une phase d'expansion. Début 2018, on espérait même que ce "printemps économique" se prolonge plusieurs années - sous la forme d'une croissance constante et modérée.
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Il y a plus d'un an, les conséquences négatives de la crise bancaire sur les principales économies mondiales semblaient maîtrisées. Les économistes parlaient alors de "croissance synchrone": Amérique du Nord, pays émergents, zone euro et Japon connaissaient une phase d'expansion. Début 2018, on espérait même que ce "printemps économique" se prolonge plusieurs années - sous la forme d'une croissance constante et modérée.C'était sans compter sur le président américain. En 2017, Donald Trump avait contribué à amorcer la croissance en abaissant nettement l'impôt sur les sociétés. En 2018 en revanche, les effets négatifs de sa politique mettant l'Amérique d'abord sont apparus au plein jour. Le président américain a mis le feu aux poudres en taxant les importations. A ce jour, aucun accord n'a encore été trouvé pour mettre fin au conflit commercial avec la Chine, alors que les dégâts sur l'économie mondiale sont déjà bien palpables. Comme nous l'indiquions déjà il y a plusieurs semaines, nous subissons actuellement le refroidissement économique le plus rapide de la décennie écoulée (soit depuis la crise financière), si bien que le terme de récession (deux trimestres consécutifs de croissance négative) est à nouveau évoqué. Ce spectre baissier réduit l'appétence au risque et incite les investisseurs à se tourner vers les obligations et à se défaire de leurs actions. Mais cette crainte de récession est-elle justifiée? Pour l'économie américaine, qui demeure la plus importante au monde, elle semble prématurée. Les observateurs pointent du doigt la courbe de taux plane, voire inversée (taux longs inférieurs aux taux courts). Cette évolution n'est certes pas rassurante, mais nous n'y voyons pas de raison suffisante de céder à la panique. La courbe de taux est loin d'être le seul indicateur révélateur de risque de récession. Le fameux Recession Risk Dashboard établi par le gérant de patrimoine Clearbridge Investments regroupe 12 indicateurs, dont la courbe de taux. Or huit d'entre eux sont encore au vert. Idem pour le modèle de la Fed, qui estime actuellement le risque de récession à 25%. La prudence est certes de mise, mais il est donc encore trop tôt pour s'inquiéter.Jusqu'à nouvel ordre, nous ne validons donc pas le scénario d'une récession mondiale, mais privilégions celui d'un ralentissement conjoncturel sensible à l'échelle planétaire. Cela ne signifie évidemment pas qu'une récession ne puisse survenir dans certaines régions - la zone euro, notamment. Nous disposons de moins de matière chiffrée pour estimer le risque de récession dans l'UEM, mais il se situe selon nous autour de 50%, soit deux fois celui de l'économie américaine. Le mouvement de panique qui a suivi la publication des indicateurs économiques de la zone euro, et particulièrement de l'Allemagne et de la France, a été trop important pour nous rassurer totalement.