Les investisseurs achètent des francs suisses (CHF) quand l'évolution de l'Europe et des marchés émergents les inquiète. C'est pourquoi la devise a gagné 8% par rapport au dollar et 0,5% face à l'euro. Certes, le dollar s'est considérablement déprécié en 2020: les banquiers centraux américains ont davantage assoupli leur politique monétaire que ne l'ont fait leurs confrères su...

Les investisseurs achètent des francs suisses (CHF) quand l'évolution de l'Europe et des marchés émergents les inquiète. C'est pourquoi la devise a gagné 8% par rapport au dollar et 0,5% face à l'euro. Certes, le dollar s'est considérablement déprécié en 2020: les banquiers centraux américains ont davantage assoupli leur politique monétaire que ne l'ont fait leurs confrères suisses, ce qui a fait perdre du terrain au billet vert. La banque centrale suisse est en revanche beaucoup intervenue sur le marché des changes, pour endiguer l'appréciation du franc. Par ailleurs, la pandémie a causé plus de dégâts aux Etats-Unis qu'en Suisse. L'état helvétique affiche depuis un certain temps une inflation négative (-0,68%). C'est exceptionnel. Le franc devrait donc s'apprécier, puisque l'inflation entraîne une perte de valeur de la monnaie dans presque tous les autres pays. Le taux directeur s'inscrit à l'encre rouge lui aussi (-0,75%).La Suisse est un des principaux blocs monétaires mondiaux à afficher un budget solide. La pandémie a creusé son déficit budgétaire, qui reste toutefois limité par rapport à celui d'autres Etats. La Confédération peut de surcroît se prévaloir d'un important excédent courant. Son économie a moins souffert de la crise sanitaire que celle des autres pays et la reprise devrait être plus dynamique qu'ailleurs en 2021. L'inflation va selon toute vraisemblance s'accélérer l'an prochain, tout en restant négative (à -0,2%).Le franc suisse n'a pas la liquidité du dollar. La Suisse est une économie ouverte, dont une monnaie vigoureuse pèse sur la croissance - d'où les tentatives de la banque centrale de freiner son appréciation. L'institution agit ainsi depuis des années et il est peu probable qu'elle modifie sa politique en 2021. Elle ne le ferait sans doute que si le franc s'affaiblissait de lui-même face à l'euro; ce qui n'est, pour 2021, pas exclu.