Sur les marchés financiers, quand il pleut sur une région du monde, quelques gouttes finissent toujours par tomber sur les autres continents. Plus que jamais, les marchés évoluent en effet en parallèle, et suivent une orientation globalement similaire. Dans ce contexte, l'année 2016 risque d'être intéressante car la politique monétaire des (principales) banques centrales n'évolue, elle, pas du tout dans le même sens.
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Sur les marchés financiers, quand il pleut sur une région du monde, quelques gouttes finissent toujours par tomber sur les autres continents. Plus que jamais, les marchés évoluent en effet en parallèle, et suivent une orientation globalement similaire. Dans ce contexte, l'année 2016 risque d'être intéressante car la politique monétaire des (principales) banques centrales n'évolue, elle, pas du tout dans le même sens.Le monde anglo-saxon (Federal Reserve et Bank of England) fut le premier à lancer le programme d'assouplissement quantitatif (QE) dans le but de réanimer son économie. La Bank of Japan lui a emboîté le pas, puis, cette année, la Banque centrale européenne (BCE). Alors qu'au même moment le processus de tapering (allègement du QE) était finalisé aux Etats-Unis.La littérature financière ne parle plus désormais que de la divergence des politiques monétaires entre le monde anglo-saxon d'une part et le Japon et l'Europe d'autre part. Car comme nous l'avons déjà expliqué dans de précédentes éditions, nous sommes à l'aube d'un resserrement monétaire aux Etats-Unis, et le Royaume-Uni suivra très probablement juste après. Ce, alors que le président de la BCE Mario Draghi ne manque pas une occasion d'affirmer son intention de prendre de nouvelles mesures de soutien et que le Japon, qui connaît sa quatrième année consécutive de récession, n'a certainement pas davantage le projet de relever ses taux à court terme.Un moment historiqueCela fait plus de 21 ans que cette situation ne s'était plus présentée. En mai 1994, Alan Greenspan relevait les taux de base américains de 3 à 3,5 %, tandis que le président de la Bundesbank allemande Hans Tietmeyer (la BCE et l'euro n'existaient pas encore ; l'Allemagne menait la danse en termes de formation de taux au niveau européen) abaissait le taux de base allemand de 5 à 4,5 %. Greenspan voulait contenir l'inflation alors que Tietmeyer s'était fixé l'objectif de relancer son économie. Tous deux souhaitaient néanmoins un raffermissement du dollar par rapport aux diverses monnaies européennes.De l'avis de la plupart des observateurs de marché, la courbe de taux américaine va s'aplanir et le dollar évoluer à la hausse vers la parité et partant, les actions européennes sont à préférer à leurs homologues américaines. La situation de 1994 a déjà démontré qu'il n'est pas toujours simple d'anticiper la réaction du marché vis-à-vis du dollar. Il y a vingt ans, il avait fallu attendre plus d'une année complète pour que le billet vert amorce enfin une hausse - qui durerait plusieurs années - face aux devises européennes.L'évolution des taux est intéressante, particulièrement celle des taux longs. Si le taux long US progresse de manière tendancielle, il serait intéressant de savoir si l'Europe suivra le mouvement. En règle générale, les Treasuries dictent la tendance. Vu le contraste dans les politiques monétaires et l'objectif de la BCE de maintenir les taux longs également à faible niveau, ces derniers pourraient bien connaître une évolution divergente l'an prochain. On pourrait alors se demander si les fonds afflueront ou non vers les Etats-Unis dans ce scénario, une évolution que la hausse des marchés (boursiers) européens pourrait freiner. Nous avons donc franchi une nouvelle étape depuis la crise financière de 2008 : la phase expérimentale de la politique monétaire.