L'avenir glorieux auquel est promis le secteur agricole ne se reflète absolument pas dans l'évolution des prix des matières premières ces dernières années. Plusieurs années marquées par des récoltes records se sont traduites par une sensible baisse des cours d'à peu près tous les actifs agricoles. Or ce sont les prix des matières premières qui continuent de définir les cours de Bourse des entreprises actives dans ce secteur.
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L'avenir glorieux auquel est promis le secteur agricole ne se reflète absolument pas dans l'évolution des prix des matières premières ces dernières années. Plusieurs années marquées par des récoltes records se sont traduites par une sensible baisse des cours d'à peu près tous les actifs agricoles. Or ce sont les prix des matières premières qui continuent de définir les cours de Bourse des entreprises actives dans ce secteur.Pour autant, la donne pourrait bien changer bientôt, avec le passage d'El Niño. De plus en plus de signes trahissent l'arrivée du " courant de l'enfant Jésus " (un surnom attribué par les pêcheurs péruviens du fait que le phénomène survient généralement aux environs de Noël). La dernière prévision du Climate Prediction Centre à la mi-août a revu à la hausse la probabilité de survenance d'El Nino à plus de 90% pendant l'hiver 2015-2016, et à 85% la probabilité que le phénomène soit puissant et persiste jusqu'au printemps de l'an prochain. La dernière fois, El Niño avait sévi de juin 2009 à mai 2010. Normalement, dans le Pacifique, l'eau de surface chauffée par le soleil est poussée par les alizés de l'Amérique Latine vers l'Asie (où elle s'évapore et se transforme en pluie). El Niño survient tous les deux à neuf ans, lorsque les alizés se heurtent à un vent d'ouest puissant, qui bloque les eaux de surface chaudes près de l'Amérique Latine et cause sécheresse en Asie et fortes précipitations en Amérique Latine. Son paroxysme survient généralement pendant cette période (septembre-novembre), et a un impact sur les prix du café, de l'huile de palme, du cacao, du caoutchouc et, dans une moindre mesure, des céréales (soja), effet indirect de récoltes moins abondantes. Lors de la précédente vague, entre 2009 et 2010, les récoltes d'huile de palme ont par exemple baissé de 5,9%; en 1997-1998, de 16,8%.Amélioration du sentimentLa probabilité augmente, dès lors, que le plancher de la plupart des producteurs agricoles ait été atteint, ce qui devrait profiter aux bénéfices et aux cours de Bourse de leurs actions. Ce n'est probablement pas un hasard si le spécialiste des semences Monsanto et le géant des engrais Potash Corporation ont choisi précisément cette période moins clémente pour renforcer leur position de marché de manière substantielle par des offres de reprise sur, respectivement, Syngenta et K+S. Les Suisses ont refusé l'offre pour la deuxième fois. Mais ils devront créer de la valeur pour l'actionnaire en contrepartie. D'où leur projet de racheter pour 2 milliards USD d'actions propres, afin de soutenir la croissance attendue du bénéfice. Nous relevons dès lors notre conseil pour Syngenta à " digne d'achat " (rating 1A). Pour la première fois depuis longtemps, le producteur de sucre Suedzucker a pu relever son chiffre d'affaires et son résultat pour l'exercice 2015-2016 : il table désormais sur un CA de 6,2 à 6,4 milliards EUR et un bénéfice opérationnel (EBIT) compris entre 180 et 230 millions EUR. Les investisseurs se sont montrés agréablement surpris par ces résultats.