Début 2018, la plupart des économistes et des investisseurs semblaient obsédés par la hausse des taux, surtout aux Etats-Unis. Le dépassement du seuil de 3% avait provoqué beaucoup d'agitation. Plus tard dans l'année, les taux d'intérêt américains à dix ans se sont même hissés jusque 3,2%, tirés surtout par la hausse des taux courts sous l'effet des relèvements successifs de taux par la banque centrale américaine.
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Début 2018, la plupart des économistes et des investisseurs semblaient obsédés par la hausse des taux, surtout aux Etats-Unis. Le dépassement du seuil de 3% avait provoqué beaucoup d'agitation. Plus tard dans l'année, les taux d'intérêt américains à dix ans se sont même hissés jusque 3,2%, tirés surtout par la hausse des taux courts sous l'effet des relèvements successifs de taux par la banque centrale américaine.Depuis, la Réserve fédérale a suspendu, du moins temporairement, ses tours de vis. La Banque centrale européenne (BCE) a pour sa part mis un terme au processus d'assouplissement quantitatif (rachats d'obligations), mais un premier relèvement de taux en début d'automne semble de moins en moins probable et on évoque même désormais une nouvelle vague de TLTRO (Targeted Long-Term Refinancing Operations, soit des crédits bon marché aux banques européennes). Les taux américains à dix ans ne s'établissent plus à 3,2, mais à 2,7%, et les taux allemands à dix ans flirtent de nouveau avec le 0%. Dans ce contexte, il semble logique que les investisseurs ne voient aucune alternative aux actions: le principe boursier TINA (There is no alternative) a certainement joué un rôle important dans le redressement général des cours amorcé la veille de Noël. Etonnamment, le rapide endettement des autorités publiques partout dans le monde n'est pas intégré dans les cours des obligations souveraines. Les Etats sont encore considérés comme des émetteurs solides, alors que l'évolution des mois écoulés confirme la thèse d'une croissance structurellement molle en Occident, tandis que la phase de supercroissance des pays émergents est révolue - et que même la Chine a accumulé une énorme dette en dix ans. Mais c'est le risque d'explosion de la dette aux Etats-Unis qui inquiète le plus actuellement. Avant la crise bancaire, l'endettement américain s'établissait à quelque 4.000 milliards de dollars. Du fait de l'abaissement substantiel de l'impôt des sociétés décidé par le président Donald Trump (qui a entraîné un déficit de 779 milliards de dollars rien que sur la première année fiscale), il a quadruplé en dix ans, atteignant aujourd'hui près de 16.000 milliards de dollars. Si la politique ne change pas, les Etats-Unis afficheront 1.000 milliards de dette supplémentaire pour la seule année 2022. Homme d'expérience, puisqu'il est âgé de 92 ans, Alan Greenspan, président de la Fed entre 1987 et 2006, a exprimé son inquiétude. Si au niveau politique, les déficits budgétaires ne constituent pas un problème à proprement parler, leurs conséquences peuvent en revanche être dramatiques. Or, selon lui, les marchés prennent cette explosion de l'endettement trop à la légère. L'ancien gouverneur craint ainsi que les Etats-Unis ne soient touchés par une stagflation (une situation de stagnation économique et d'inflation concomitantes), un scénario largement défavorable notamment pour Wall Street.