L'assaut mené par des utilisateurs de la plateforme Reddit, qui a fait gonfler la valeur d'une série d'actions de moindre qualité, incite de plus en plus de stratèges et d'analystes à comparer la Bourse américaine à une bulle. Mue par un incroyable optimisme, Wall Street pulvérise un record après l'autre. Joe Biden accède à la Maison-Blanche: no problem. Le Congrès est intégralement démocrate: no problem. Chaque risque est perçu comme une opportunité. D'autant que la politique budgétaire extrêmement accommodante est appelée à soutenir plus vigoureusement encore l'économie que si le Sénat avait ét...

L'assaut mené par des utilisateurs de la plateforme Reddit, qui a fait gonfler la valeur d'une série d'actions de moindre qualité, incite de plus en plus de stratèges et d'analystes à comparer la Bourse américaine à une bulle. Mue par un incroyable optimisme, Wall Street pulvérise un record après l'autre. Joe Biden accède à la Maison-Blanche: no problem. Le Congrès est intégralement démocrate: no problem. Chaque risque est perçu comme une opportunité. D'autant que la politique budgétaire extrêmement accommodante est appelée à soutenir plus vigoureusement encore l'économie que si le Sénat avait été républicain.Cela signifie également que l'endettement mondial va s'aggraver cette année, alors que l'emballement constaté en 2020 s'était lui-même greffé sur une hausse structurelle déjà longue. La dette atteint des niveaux oubliés depuis la Seconde Guerre mondiale; il n'est donc pas surprenant que beaucoup s'inquiètent de la situation et évoquent l'émergence d'une bulle. Nous ne pouvons que partager ces craintes. La politique monétaire que mènent les banques centrales depuis plus d'une décennie a soutenu de nombreuses formes d'investissement, dont les actions. Les aides indirectes (rachats d'obligations; assouplissement quantitatif) ont également - et surtout - propulsé la valeur des actifs d'investissement vers le haut. Actions, obligations, immobilier, art, ancêtres: leurs prix approchent, voire atteignent, des records historiques, sur fond d'augmentation exponentielle de la dette et de recul structurel de la croissance économique mondiale. Or rappelons que si la dette en soi n'est pas un problème, elle le devient dès lors que la croissance ralentit.La question n'est donc pas de savoir si, mais quand, surviendront le krach et l'amorce, aussitôt après, d'un marché baissier de long terme (séculaire). Nous ignorons pour l'heure quel sera l'élément déclencheur du choc, mais la cause en sera à l'évidence le laxisme excessif de la politique monétaire et fiscale. Les signes de formation d'une bulle (les valorisations extrêmement tendues de tout ce qui participe aux phénomènes de mode, comme la numérisation et l'écologisation de l'économie, le nombre et le succès des introductions en Bourse aux Etats-Unis, etc.) se multiplient.L'effervescence n'épargne pas l'Europe. Songeons à l'envolée d'une action comme Fastned (stations de recharge; Euronext Amsterdam), dont la capitalisation boursière atteint un milliard d'euros, pour un chiffre d'affaires qui ne dépasse pas 1,9 million d'euros par trimestre. Ridicule. Ceci dit, nombre de valeurs classiques demeurent abordables; or aux dernières heures d'un marché haussier prolongé, aucune action n'échappe à la surchauffe. Le sommet historique ne devrait donc, selon nous, être atteint que dans quelques années. L'histoire boursière nous apprend que la dernière ascension est toujours la plus intense... mais gare à la chute!