En début d'année, les stratèges boursiers étaient à peu près unanimes sur un point : les actions européennes devaient être préférées aux américaines. Plus faiblement valorisées, ces valeurs devaient par ailleurs profiter d'un redressement de l'économie européenne alors que les résultats d'entreprises avaient un important retard à rattraper sur les sociétés d'outre-Atlantique.
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En début d'année, les stratèges boursiers étaient à peu près unanimes sur un point : les actions européennes devaient être préférées aux américaines. Plus faiblement valorisées, ces valeurs devaient par ailleurs profiter d'un redressement de l'économie européenne alors que les résultats d'entreprises avaient un important retard à rattraper sur les sociétés d'outre-Atlantique. A la fin de l'été cependant, c'est-à-dire aux deux tiers de l'année, force est de constater que ces arguments ne tiennent pas la route. Les marchés européens (indice Eurostoxx50) accusent actuellement un retard de pas moins de 7% par rapport aux Bourses américaines. Le fossé se réduit certes à près de 5% lorsque l'on utilise comme paramètre l'indice plus large du Stoxx600 pour l'Europe, mais demeure notable. Loin de nous l'idée de donner des leçons : nous-mêmes partagions l'avis des observateurs sur ce point.Spectre japonais non encore écartéEvidemment, l'Ukraine est un élément perturbateur. Cela dit, il serait intellectuellement malhonnête d'imputer toute la responsabilité de la contreperformance des Bourses européennes cette année au conflit avec la Russie. Selon nous, l'économie de la zone euro, après un bref rebond, est à nouveau en recul alors que l'Italie, troisième économie de la zone, atterrit à nouveau en récession. Par ailleurs, le risque de déflation demeure réel.Hélas, nous ne pouvons que craindre que le scénario japonais se reproduise pour la zone euro. Cette menace n'est en effet toujours pas écartée. Certes, il y a deux ans, le discours, à Londres, de Mario Draghi, avait permis d'apaiser quelque peu les tensions. Mais cette intervention a aussi freiné la dynamique susceptible de contribuer à l'émergence d'une union non seulement monétaire mais également économique, fiscale et politique. Les leaders européens doivent une bonne fois pour toutes comprendre le sens de l'expression " Aux grands maux les grands remèdes ". L'Europe a un besoin urgent d'action, de débat sur la convergence, de réformes structurelles, etc. Jusqu'ici, ces éléments ont cruellement fait défaut. Les politiques européens ont décidément besoin d'un " wake-up call ", mais l'importante fraction anti-européenne au sein du Parlement freine la prise de mesures concrètes. La BCE, donc, doit à nouveau intervenir. D'abord en septembre, avec la nouvelle version de LTRO, cette fois baptisée TLTRO ('Targeted Long Term Refinancing Operations'). Des capitaux frais pour les banques européennes, associés à des mesures plus nombreuses de manière à soutenir effectivement la croissance. Le monde anglo-saxon continue pour sa part d'espérer que la BCE emboîte le pas aux autres grandes banques centrales. Toutes voiles dehors, autrement dit, et l'ouverture permanente des vannes monétaires. En conséquence, une économie à nouveau chancelante ne forme pas encore, jusqu'à nouvel ordre, une menace importante pour les marchés boursiers européens.