Pourtant, pour le monde financier, ce jour pourrait être à marquer d'une pierre blanche car il correspond à la baisse du taux américain à 10 ans des Treasuries (obligations d'Etat) à 1,3875%, qui pourrait constituer le cours de clôture le plus bas du taux américain de ces dernières années (voire de la dernière décennie). Depuis que les investisseurs craignent que la Réserve fédérale soit sur le point de rigidifier progressivement sa politique monétaire, le taux sur les titres américains à long terme a déjà progressé de 1,60% début mai à 2,15% début juin. En termes absolus, cela représente une augmentation de 35% (!) en l'espace de quatre semaines. Par rapport au plancher de ...

Pourtant, pour le monde financier, ce jour pourrait être à marquer d'une pierre blanche car il correspond à la baisse du taux américain à 10 ans des Treasuries (obligations d'Etat) à 1,3875%, qui pourrait constituer le cours de clôture le plus bas du taux américain de ces dernières années (voire de la dernière décennie). Depuis que les investisseurs craignent que la Réserve fédérale soit sur le point de rigidifier progressivement sa politique monétaire, le taux sur les titres américains à long terme a déjà progressé de 1,60% début mai à 2,15% début juin. En termes absolus, cela représente une augmentation de 35% (!) en l'espace de quatre semaines. Par rapport au plancher de l'été 2012, la hausse est même supérieure à 50%. Le mois de mai qui vient de s'écouler fut le plus mauvais des neuf dernières années pour les marchés obligataires internationaux. Les investisseurs en obligations réagissent de plus en plus nerveusement face à l'actualité économique (très) favorable en provenance des Etats-Unis. Car cette actualité représente systématiquement un pas de plus de la Fed en direction d'un changement majeur. Aujourd'hui, vendredi 7 juin, le rapport sur l'emploi pour le mois de mai sera dévoilé au public. De nombreux investisseurs se montreront probablement - paradoxalement - rassurés si les créations d'emplois sont en ligne, voire inférieures aux attentes.Bulles spéculatives à travers l'histoireNous n'avons jamais applaudi des deux mains la politique monétaire extrêmement souple, excessive et de longue durée de la Fed en raison de ses effets néfastes sur le long terme. L'argent imprimé massivement a certes stabilisé l'économie réelle, mais ne l'a pas ramenée sur la voie " normale " de la croissance. Ce surcroît d'activités des presses monétaires a constitué cependant la meilleure excuse, pour le politique, pour reporter les décisions difficiles, ce qui explique que de nombreuses interventions de nature structurelle n'aient pas eu lieu. Le fossé entre " Main Street " et Wall Street s'est creusé au fil des mois, ce qui donne lieu aujourd'hui à une très grande inégalité en termes de revenus. La principale conséquence néfaste de cette politique monétaire durablement souple est l'éclatement, pour la troisième fois en une décennie et demie, d'une bulle spéculative. Même la Banque des Règlements Internationaux (BRI), le banquier des banques centrales, commence à s'inquiéter sérieusement. La première bulle fut celle des actions à la fin des années nonante. Elle fut suivie par la bulle immobilière de la moitié de la décennie passée. Voilà qu'à présent la fameuse bulle obligataire commence à prendre une orientation contraire. Cela dit, nombre d'autres actifs d'investissement tels que les actions, le vin ou encore l'art sont eux aussi globalement survalorisés. La fuite vers la qualité s'est transformée ces 18 derniers mois en fuite vers le rendement, diminuant la conscience du risque.On aurait tort d'espérer que cette énorme bulle obligataire se dégonfle progressivement et sans heurts. L'histoire prouve que les bulles spéculatives éclatent violemment en faisant beaucoup de dégâts, infectant les autres marchés financiers. La théorie selon laquelle le taux est appelé à augmenter tout doucement et progressivement sans effets ou presque sur les marchés boursiers nous semble peu réaliste. La sensible hausse de taux du mois dernier tend d'ailleurs à démontrer le contraire.