Depuis quand une hausse des prix des matières premières serait-elle une bonne nouvelle? Et en quoi l'accélération de la croissance en Chine _ qui, soulignons-le, n'a jamais souffert _ serait-elle bénéfique à nos pays? L'euphorie qui a gagné les marchés la semaine dernière est irréfléchie. Ignore-t-on que d'importants problèmes en suspens risquent de tout faire chavirer ?
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Depuis quand une hausse des prix des matières premières serait-elle une bonne nouvelle? Et en quoi l'accélération de la croissance en Chine _ qui, soulignons-le, n'a jamais souffert _ serait-elle bénéfique à nos pays? L'euphorie qui a gagné les marchés la semaine dernière est irréfléchie. Ignore-t-on que d'importants problèmes en suspens risquent de tout faire chavirer ?Sur le plan monétaire, on prétend qu'il faut un minimum d'inflation pour permettre une relance durable de la conjoncture. Aucune preuve de cette assertion n'a jamais été fournie. Certes, la politique monétaire conventionnelle n'est applicable que dans un environnement connaissant un certain degré d'inflation. Économiquement, l'inflation permet aussi de supporter plus aisément la charge des dettes. Et comme les économies occidentales tournent grâce à leur endettement, on comprend que la majorité des économistes épousent cette thèse.De ce point de vue, on ne peut qu'acclamer la hausse du prix du baril. Ne doit-on pas craindre cependant qu'une telle hausse déséquilibre davantage l'économie qu'elle ne la fortifie? Qui en assumera le coût? Les théories et modèles économiques ne nous éclairent pas à ce niveau. L'inflation ne peut agir sélectivement. La politique conjoncturelle actuelle vise à diminuer les coûts (sauf dans le domaine militaire). Il est par conséquent peu probable que tout un chacun profitera de ces hausses de prix. Et si elle n'est pas équitablement répartie dans la société, il est impossible qu'elle favorise une croissance durable.Et ceci d'autant moins que la hausse repose sur des appréciations subjectives. Mieux vaut attendre le résultat de la réunion de l'OPEP à Doha pour en mesurer la portée. On risque d'être surpris. Pour ce qui est de la Chine, l'euphorie est encore moins compréhensible. Il est clair que s'il y a accélération conjoncturelle dans ce pays, ce sera lui qui en profitera le premier. Les entreprises étrangères ne seront sollicitées que marginalement, devant se contenter des miettes. Elles ne pourront véritablement profiter de l'aubaine que si les ménages chinois gagnent suffisamment et préféreront consacrer leur argent aux produits étrangers. Mais vu la situation géopolitique actuelle, ces dépenses seront peu probables.Les marchés ont en outre fait fi des problèmes latents qui les submergent. Les principaux concernent la Grèce et le Brésil. Mais n'oublions pas la crise migratoire en Europe, celle du refinancement des banques en Italie et celle du Brexit en Angleterre. Taisons aussi les méfaits des politiques d'assouplissement monétaire menées par les banques centrales occidentales. Ce qui inquiète le plus est que les décideurs ne savent plus comment s'y prendre. Si l'on se fie aux déclarations des banques centrales occidentales, nous serions sur la bonne voie pour ce qui concerne la relance économique. Par contre, si l'on se réfère aux derniers rapports publiés par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque des règlements internationaux (BRI) ou encore l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), on remarquera que ces institutions arrivent à des conclusions diamétralement opposées mais qu'elles tirent toutes la sonnette d'alarme.Les banques manipulent à leur gré les cours. En tant que teneurs de marché principaux, elles déterminent la direction que prendront les cotations. Elles amplifieront et accéléreront le mouvement à l'aide de produits dérivés. Et dès que les oscillations ont atteint le niveau qu'elles visaient, elles écument les marchés. Ne perdons pas de vue qu'une majorité de banques américaines doivent augmenter leurs fonds propres afin de passer avec succès les tests de résistance qu'elles subiront bientôt.Les mouvements les plus importants durant la semaine écoulée ont été enregistrés sur le marché des changes. Le dollar (USD) a gagné 0,7% par rapport à l'euro (EUR), poussé par la hausse du prix du baril. Cette hausse assortie à l'accélération de croissance en Chine a favorisé la livre (GBP) qui a terminé 1,45% plus haut alors que les incertitudes concernant un possible Brexit devraient peser sur la devise. Les monnaies liées aux matières premières ont elles aussi bénéficié de cette hausse. La palme revenait au réal brésilien (BRL) qui a progressé de 5,5%, malgré le danger d'une destitution de la présidente. Le rand sud-africain (ZAR) a gagné pas moins de 4,1%. Les dollars australien (AUD) et néo-zélandais (NZD) ont bondi en avant grâce à l'amélioration conjoncturelle chinoise. Ils ont gagné respectivement 3 et 2,6%. Le rouble (RUB) aussi a profité de l'aubaine, se redressant de 2%. Tous ces mouvements sont exagérés. Il y a lieu de les mettre à profit et d'ajuster ses positions.La situation était encore plus déséquilibrée sur le marché des capitaux. Les investisseurs ont conclu qu'une hausse des taux d'intérêt devenait inévitable. Le marché des capitaux s'est en conséquence tassé, avec pour conséquence une légère hausse des courbes de rendement. Cela n'a pas empêché certains émetteurs d'exceller. Les banques italiennes, par exemple, se sont envolées, gagnant aisément plus de 5% en une semaine. Les valeurs pétrolières se sont aussi excellemment comportées, tout comme les titres des pays émergents. Tout ceci s'est fait au détriment des emprunts souverains européens à long terme. Une étrangeté est apparue en USD: les obligations émises par les entreprises produisant du pétrole ont fortement progressé tandis que celles des entreprises distribuant de l'énergie se sont tassées.Les titres libellés dans les devises à haut rendement sont les seuls qui ont profité de l'euphorie, à l'exception de ceux exprimés an AUD et NZD. On comptait en moyenne trois unités orientées à la hausse dans ce premier groupe contre une à la baisse. Ce rapport était inverse pour ce qui est des devises principales. Ici aussi, les mouvements étaient de caractère intempestif et doivent être mis à profit pour ajuster les positions.Le marché primaire n'a pas échappé à la tendance générale. Les banques y émettent toujours à tour de bras, essentiellement en EUR et en USD. Les entreprises avec pignon sur rue profitent de la faiblesse relative des taux d'intérêt et de la perspective des achats réguliers dans le cadre de l'assouplissement monétaire de la Banque centrale européenne pour lancer de nouvelles émissions. Le géant de l'assurance allemand Allianz (Aa3) en est un exemple. La société immobilière espagnole Merlin (BBB) émet un emprunt à 7ans en EUR rapportant 2% de plus que la moyenne du marché. Acceptable si vous croyez au redressement immobilier dans ce pays. Le distributeur de gaz et d'électricité hollandais Enexis (A-) offre 28points de base de plus que la moyenne du marché avec son émission à 10ans en EUR, moitié moins que ce que propose l'espagnole Iberdrola (BBB). La Hongrie (BB+) vous offre la possibilité d'investir en yuan (CNY) à partir de Londres. Il est toutefois peu probable qu'on obtienne encore des titres aux conditions de souscription. Ils cotent déjà à 101,6% sur le marché gris.