Le distributeur gâte ses actionnaires depuis plusieurs années. Le dividende brut par action est passé de 0,63 euro pour l'exercice 2017 à 0,95 euro pour l'exercice 2021. Il entend continuer à verser 40 à 50% de ses bénéfices sous-jacents; si ce n'est pas rien, ce n'est pas non plus exceptionnel. Par ailleurs, il rachète pour au moins 1 milliard d'euros de ses propres actions chaque année - en 2018, c'était pour 2 milliards d'euros. L'an passé, il a racheté 38,6 millions d'actions, environ 3,5% du flottant. En janvier 2022, il a initié un nouveau programme pour l'exercice, d'un montant...

Le distributeur gâte ses actionnaires depuis plusieurs années. Le dividende brut par action est passé de 0,63 euro pour l'exercice 2017 à 0,95 euro pour l'exercice 2021. Il entend continuer à verser 40 à 50% de ses bénéfices sous-jacents; si ce n'est pas rien, ce n'est pas non plus exceptionnel. Par ailleurs, il rachète pour au moins 1 milliard d'euros de ses propres actions chaque année - en 2018, c'était pour 2 milliards d'euros. L'an passé, il a racheté 38,6 millions d'actions, environ 3,5% du flottant. En janvier 2022, il a initié un nouveau programme pour l'exercice, d'un montant de 1 milliard d'euros, soit environ 3,5% de sa capitalisation boursière (28,6 milliards d'euros); mi-avril, il avait racheté 10 millions d'actions, pour un montant de 281,2 millions d'euros. Dans le plan stratégique qu'il a dévoilé en novembre, le groupe pronostique pour 2025 une croissance de son chiffre d'affaires (CA) de 10 milliards d'euros par rapport à celui de 2022 (75,6 milliards en 2021) et un doublement, par rapport à 2021, du CA et du cash-flow d'exploitation issus des ventes en ligne, notamment grâce à Bol.com; à cet horizon, le commerce électronique devrait être devenu rentable. Le groupe entend continuer à dégager des marges bénéficiaires sous-jacentes d'au moins 4%; on fait rarement mieux, dans le secteur. Il compte investir non plus 3% mais 3,5% du CA dans la numérisation et les offres en ligne. Le cash-flow disponible cumulé des quatre prochaines années s'élèvera à 6 milliards d'euros au bas mot, soit une moyenne de 1,5 milliard d'euros au minimum, contre 1,9 milliard pour chacune des trois dernières années. Cette année, la rémunération des actionnaires (quelque 950 millions d'euros en dividendes et 1 milliard d'euros en rachats d'actions) dépasse effectivement le cash-flow disponible attendu (1,7 milliard). La dette nette (13,9 milliards d'euros à fin 2021) augmentera certes, mais le ratio d'endettement net (2,2 fois le cash-flow d'exploitation escompté en 2022) n'est pas inquiétant. En outre, le groupe prévoit d'introduire en Bourse Bol.com au cours du 2e semestre de l'exercice, tout en conservant une participation importante dans celui-ci; il vaudrait quelque 5 milliards d'euros, selon le consensus. Si les résultats de 2021 d'Ahold Delhaize ont agréablement surpris le marché (marge bénéficiaire sous-jacente de 4,4%, contre 4,2% au 4e trimestre, par exemple), ses perspectives prudentes pour 2022 l'ont déçu. La marge bénéficiaire retombera à 4% et le bénéfice par action baissera de 5% (2,19 euros en 2021). Alors que quelques semaines plus tard, le cours de l'action n'intégrait déjà plus cette déception, il a cédé du terrain après que Tesco a signalé que l'inflation élevée mettait ses marges sous pression. C'est sur tout le secteur qu'elle peut peser. La politique de rémunération des actionnaires, elle, nous préoccupe bien moins; au besoin, elle sera réajustée. L'action demeure digne d'achat (rating 1A).