Le 22/2, désormais connu sous le nom de "vendredi noir", le cours du 5e groupe agroalimentaire mondial avait cédé 27,5% en une séance, quand un volume record de 135 millions d'actions avait été mis sur le marché. En cause: les mauvais résultats et, surtout, la dépréciation de 15,4 milliards de dollars du portefeuille de marques.
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Le 22/2, désormais connu sous le nom de "vendredi noir", le cours du 5e groupe agroalimentaire mondial avait cédé 27,5% en une séance, quand un volume record de 135 millions d'actions avait été mis sur le marché. En cause: les mauvais résultats et, surtout, la dépréciation de 15,4 milliards de dollars du portefeuille de marques. Aujourd'hui, les résultats désastreux du 4e trimestre de 2018 sont toujours les derniers à avoir été publiés par le groupe issu de la fusion opérée en 2015. Au grand dam de la SEC, l'organisme américain de contrôle des marchés financiers, la publication des résultats du 1er trimestre a en effet été différée à plusieurs reprises: Kraft voulait d'abord remettre de l'ordre dans sa comptabilité et réexaminer les résultats de 2016 et de 2017 à la lumière d'une analyse des pratiques comptables du département Achats. Le 10/6, il a annoncé que l'exercice était achevé et qu'il ne donnerait lieu qu'à quelques modifications mineures, lesquelles devraient être publiées le 1/8, avec les résultats des deux premiers trimestres. L'épisode est une véritable humiliation pour ce géant et ses deux prestigieux actionnaires (Berkshire Hathaway, de Warren Buffett, et 3G Global Food Holding des actionnaires brésiliens d'AB InBev, dont Jorge Paulo Lemann). La presse américaine fait d'ailleurs état de vives tensions entre Buffett (participation de 27%) et les Brésiliens (22%) sur la manière de gérer la crise. Le CEO Bernardo Hees a en tout cas été remplacé le 1/7 par Miguel Patricio. Cet ancien d'AB InBev a-t-il pour mission de gérer un Kraft Heinz indépendant ou faut-il s'attendre à une nouvelle fusion? Vu la forte dépréciation et le taux d'endettement relativement élevé, le premier scénario semble le plus plausible - à moins qu'il ne soit, justement, l'objet des tensions entre les actionnaires. En tout état de cause, l'offre lancée par Bernardo Hees sur Unilever en février 2017 est loin, désormais. Les analystes s'accordent à dire qu'une tâche immense attend Miguel Patricio. Nombre d'entre eux recommandent une nouvelle baisse, peut-être de 50%, du dividende. Kraft Heinz offre aujourd'hui l'un des dividendes les plus rentables du S&P 500, mais risque de ne plus pouvoir investir dans ses marques. En dépit d'un sous-investissement chronique ces dernières années, l'endettement, à 4,5 fois le cash-flow opérationnel (Ebitda), est considérable. Or selon les analystes, il faudrait investir 700 à 800 millions de dollars dans la publicité et le marketing en 2019 et en 2020 (surtout) pour relancer les ventes. Pour réduire le taux d'endettement, une solution serait de céder certaines marques, dont les plus citées sont les américaines Maxwell House, Planters et Ore-Ida. La dépréciation a provoqué une perte nette de 12,61 milliards de dollars, soit -10,34 dollars par action, fin 2018.Kraft Heinz Company traverse une crise quasi existentielle, symbolisée par l'absence de publication des résultats du 1er trimestre. La dépréciation est une première étape de la reprise en main, mais Miguel Patricio va devoir multiplier les mesures drastiques. Cette thérapie de choc a eu le mérite de ramener la valorisation à un niveau très raisonnable. Kraft est en effet le seul géant du secteur à se négocier sous sa valeur comptable (0,7 fois), et à 11 fois le bénéfice escompté (revu à la baisse) pour 2019, alors que le rapport valeur d'entreprise (EV)/Ebitda de 11 laisse penser que le recul n'est peut être pas terminé. Nous attendons les décisions de Miguel Patricio et gardons le groupe à l'oeil. Conseil: conserver/attendreRisque: élevéRating: 2CCours: 31,04 dollarsTicker: KHC USCode ISIN: US500751064Marché: NasdaqCapit. boursière: 37,9 milliards USDC/B 2018: 9C/B attendu 2019: 11Perf. cours sur 12 mois: -48%Perf. cours depuis le 01/01: -28%Rendement du dividende: 4,6%