Oxurion: sonnée, pas KO

L'entreprise biotechnologique louvaniste Oxurion

En Bourse, l’émotion est mauvaise conseillère… Après la publication toute récente de résultats cliniques décevants par Oxurion, le marché a manqué totalement d’objectivité à l’égard de l’entreprise. Les investisseurs auraient-ils perdu de vue qu’il est inévitable que des essais cliniques déçoivent? Il existerait sinon déjà un traitement pour chaque maladie.

L’entreprise biotechnologique louvaniste Oxurion, qui se concentre exclusivement sur le développement de molécules destinées au traitement de maladies oculaires dues au diabète, conduit actuellement quatre essais cliniques. Début juillet, elle a annoncé d’excellents résultats au terme de la phase I de l’étude consacrée au traitement de l’oedème maculaire diabétique (OMD) avec le THR-149, un inhibiteur de kallicréine plasmatique. L’action a gagné 50% au cours des semaines suivantes. Malheureusement, la publication d’autres résultats a mis un terme à l’euphorie.

Il s’agit des résultats provisoires d’une étude de phase IIa portant sur le traitement de sujets atteints d’un OMD, à l’aide à la fois du THR-317, une molécule bien plus avancée encore, qui bloque le facteur de croissance placentaire (“anti-PLGF”, dans le jargon), et du Lucentis (l’anti-VEGF de Novartis; ce médicament bloque pour sa part le facteur de croissance endothélial vasculaire). Les sujets présentant un OMD sont pour l’heure traités avec des anti-VEGF, lesquels n’améliorent toutefois pas systématiquement la vue. D’où l’intérêt de l’étude d’Oxurion: établir si, combinées, ces deux molécules entraînent une amélioration plus significative de la vue. Pour la mesurer, le paramètre MAVC (“meilleure acuité visuelle corrigée”) a été observé. Septante sujets ont été recrutés dans le cadre de l’étude: deux tiers d’entre eux n’avaient encore bénéficié d’aucun traitement anti-VEGF, les autres n’avaient pas réagi suffisamment (ou pas du tout) à un tel traitement. Deux tiers des sujets se sont vu administrer trois injections mensuelles de THR-317 et de Lucentis, l’autre tiers n’a reçu que du Lucentis. Hélas, trois mois après la première injection, aucune différence significative n’a été constatée entre les deux groupes: la thérapie combinée a donné lieu à une amélioration moyenne de la MAVC de 8,71 lettres, contre une amélioration de 8,18 lettres pour la monothérapie. Une amélioration d’au moins trois lettres et de préférence cinq était nécessaire pour être considérée comme pertinente. L’effet a été légèrement plus marqué dans deux sous-groupes, avec une amélioration supplémentaire de 1,65 lettre parmi les patients qui n’avaient pas réagi suffisamment (ou pas réagi du tout) à un traitement antérieur à l’anti-VEGF, et de 2,26 lettres chez les patients malvoyants (MAVC de moins de 65 lettres).

Une deuxième étude de phase II est en cours avec le THR-317. La molécule est administrée à des sujets souffrant d’une télangiectasie maculaire de type 1, une maladie rare de la macula qui peut mener à la cécité et dans laquelle le facteur de croissance placentaire joue clairement un rôle. Il n’existe encore aucun médicament pour cette maladie. Les résultats sont attendus fin 2019, début 2020. La direction décidera, lorsqu’elle disposera de l’ensemble des résultats, si et comment le développement du THR-317 sera poursuivi. Il est trop tôt pour considérer que la molécule n’est pas indiquée pour soigner l’OMD.

A la fin de l’année, nous connaîtrons les résultats d’études de phase I portant sur le traitement, avec le THR-687, un inhibiteur d’intégrines, de la rétinopathie diabétique. Les résultats précliniques furent en tout cas très bons. La molécule n’a pour l’heure qu’un concurrent, l’Allegro. Oxurion entend en faire, comme pour le THR-149, un médicament constituant une amélioration majeure (best-in-class). Le THR-149 n’est en concurrence qu’avec le KVD001 de l’américain Kalvista, qui publiera au 4e trimestre les résultats d’une étude de phase II y consacrée.

Conclusion

Toujours très émotifs, les actionnaires particuliers d’Oxurion ont fait plonger l’action de près de 50%. La valeur de l’entreprise est ainsi retombée à environ 50 millions d’euros. C’est trop peu à nos yeux compte tenu des succès enregistrés avec le THR-149 et du pipeline. Par ailleurs, sa filiale Oncurious recèle un beau potentiel (développement préclinique d’un pipeline en immuno-oncologie). Oxurion dispose de suffisamment de réserves pour fonctionner convenablement environ deux ans. Nous maintenons que le titre est digne d’achat, mais soulignons à nouveau le profil de risque élevé.

Conseil: acheter

Risque: élevé

Rating: 1C

Cours: 3,04 euros

Ticker: THR BB

Code ISIN: BE0974281132

Marché: Euronext Bruxelles

Capit. boursière: 116 millions EUR

C/B 2018: –

C/B attendu 2019: –

Perf. cours sur 12 mois: -58%

Perf. cours depuis le 01/01: -16%

Rendement du dividende: –

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